BOSSARD Jacques
BOSSARD Jacques Marie (1891-1982)
Profession : veilleur de nuit dans l’usine de la Grande-Palud
Lien avec l’affaire : témoin puis suspect avant de bénéficier d’un non-lieu
Rôle dans l’affaire
Bossard est le veilleur de de l’usine, dont les déclarations contradictoires, parfois fantaisistes, l’ont placé au cœur de l’affaire Cadiou, avant qu’il ne rétracte tout et soit finalement considéré comme un témoin peu fiable n’apportant rien à l’enquête.
Sources : BnF Gallica et Archives départementales du Finistère
Table des matières
ToggleJeunesse
En 1905, à l’âge de 14 ans, après quelques larcins et s’être promené nu devant des filles, il est envoyé en maison de correction. Pupille de l’école de réforme de Saint-Hilaire (Vienne), il s’évade en janvier 1909. Le 8 janvier, il incendie une meule de paille à Bréviandes (La Roche-Clermault) pour attirer les habitants, puis cambriole la maison de son ancien employeur, Paul Petit, dérobant plus de 1 200 francs, des bijoux et des billets à ordre. Il fuit ensuite à Chinon, Tours, Saumur puis Brest sous un faux nom. Repéré, il revient rôder près de la colonie, agresse un gardien et finit arrêté le 21 janvier 1909 avec argent et bijoux. En mars 1909, jugé aux assises d’Indre-et-Loire, il est reconnu coupable d’incendie et de vol qualifié mais déclaré « sans discernement » ; il est acquitté et renvoyé en maison de correction jusqu’à sa majorité.
Plus tard soldat au 2ᵉ régiment d’infanterie coloniale, Bossard se distingue en 1911-1912 par plusieurs tentatives de suicide et une spectaculaire évasion : pour éviter un transfert en asile, il grimpe sur le toit de l’hôpital maritime de Brest avant d’être maîtrisé et finalement conduit à l’asile de Quimper. Il est réformé pour dégénérescence mentale le 15 février 1912.
En juillet 1913, il est embauché comme veilleur de nuit dans l’usine de la Grande-Palud et se voit confier un revolver pour assurer sa protection.
Le 6 octobre 1913, Jacques Bossard est condamné à une amende pour une rixe avec deux ouvriers de l’usine au mois d’août précédent.
Affaire Cadiou
Résumé
Âgé de 22 ans au moment des faits, Jacques Bossard, originaire de Kersaint-Plabennec et vivant alors à Saint-Divy chez sa mère, occupe une place singulière dans l’affaire Cadiou.
À la fin de décembre 1913, au moment où l’affaire commence à émerger, Bossard tombe malade (lumbago) et arrête de travailler. Il passe la nuit du 29 au 30 décembre chez un logeur à Brest, achète un réveil rue de Siam, mange des crêpes dans une petite crêperie, puis prend le train de 13 h 42 en disant avoir voyagé avec un prêtre et d’autres passagers. Plusieurs témoins confirmeront ces déplacements, ce qui lui fournira un alibi solide et l’éloignera du lieu du crime supposé.
Au début de janvier 1914, tandis que le corps de Louis Cadiou n’a pas encore été retrouvé, Bossard participe à des recherches dans le bois aux côtés d’un inspecteur de police. Il signale une « odeur suspecte », qui s’avérera provenir d’un moulin voisin et de ses poulaillers. Dans les semaines qui suivent, il multiplie les déclarations, souvent à charge contre l’ingénieur Pierre, parfois contradictoires ou embellies. Son imagination débordante, le besoin de se rendre utile ou de paraître informé, et même certaines tendances hallucinatoires relevées par le juge brouillent la crédibilité de ses propos. C’est ainsi qu’il est à l’origine de l’épisode de « l’homme cadavérique », qu’il affirme avoir aperçu M. Cadiou à la gare le 27 décembre — alors que Bossard ne pouvait s’y trouver —, ou encore qu’il raconte aux ouvriers du Gorbea-Mendi qu’un seul mot de lui innocenterait Pierre. Il finit même par décrire un prétendu rêve dans lequel il aurait vu l’endroit où le corps de Louis Cadiou était enfoui, avant sa découverte. La poursuite cocasse dont il fait l’objet par des journalistes cherchant à vérifier ses dires, relatée dans La Dépêche de Brest du 16 mars 1914, en témoigne. Malgré ces affabulations, Bossard fournit néanmoins un renseignement utile : il révèle le nom de personnes ayant aperçu, fin janvier, des lumières près du lieu où le corps fut retrouvé.
Cette instabilité le conduit à être brièvement arrêté en avril 1914, inculpé de complicité d’assassinat et de recel de cadavre — conséquences directes de ses « visions ». Lors de son interrogatoire, il finit par se rétracter, admettant s’être laissé emporter et ne détenir aucune information déterminante. La presse intervient alors pour réclamer sa libération, rappelant qu’il est le seul soutien de sa mère, vivant dans une grande précarité. Relâché après onze jours d’emprisonnement, Bossard déclare vouloir retrouver la tranquillité et ne plus être mêlé à cette affaire qui lui a « causé tant d’ennuis ». Son nom disparaît ensuite peu à peu du dossier, les magistrats reconnaissant qu’il n’a rien apporté de réellement substantiel à l’enquête.
Aujourd’hui, Jacques Bossard apparaît comme une figure secondaire mais néanmoins marquante de l’affaire Cadiou.
Première guerre mondiale
Dès août 1914, il s’engage volontairement au 1er régiment de dragons. Il est blessé à la tête et au côté gauche par un éclat d’obus le 6 octobre 1915. Il est réformé en 1918 avec une pension permanente de 40%.
Procès
Lors du procès, il est appelé à témoigner le 29 octobre 1919. Vexé par l’attitude du président à son égard, il décide de quitter le tribunal sans s’exprimer. D’un commun accord entre l’accusation, la défense et la partie civile, il ne sera pas retenu et amené à témoigner.
À partir de cette époque, Jacques Bossard disparaît des radars. On ne le retrouve mentionné qu’en 1939 dans un article de presse : alors ouvrier à la pyrotechnie de Guipavas, il y reçoit la médaille militaire pour sa conduite durant la guerre.
Chronologie des actions de Jacques Bossard
27 décembre 1913
Bossard va à landerneau consulter un docteur pour un problème de lumbago.
28 décembre
Bossard va chez l’ingénieur Pierre et aperçoit « l’homme cadavérique ». Bossard est malade et absent de l’usine jusqu’au 6 janvier. Le crime supposé se déroule pendant cette période.
29 décembre
Il affirme avoir dormi chez M. Baron, logeur rue Monge à Brest (Le logeur confirme). Il est donc absent de la Grande-Palud à cette date.
30 décembre
Achète un réveil rue de Siam (maison Chevassu).
Va manger des crêpes chez Mme Kermeleguin (témoin : Mlle Louise) et montre sa boîte (avec le réveil) à la crêpière.
Prend le train à Brest. (Un prêtre de Crozon confirme ses dires)
6 janvier 1914
Reprend son poste de veilleur.
16 janvier
Il s’enfuit à l’arrivée des gendarmes à l’usine. Il pensait qu’ils venaient l’arrêter suite à sa condamnation pour la rixe du 18 août avec deux ouvriers car il n’avait payé l’amende. Il est aussi congédié par l’ingénieur Pierre comme les autres ouvriers.
17 janvier
Restitue à l’ingénieur Pierre le revolver de calibre 8m/m. Il décharge 8 balles du revolver avec Bignard avant de le rendre.
Participe à des recherches dans le bois avec l’inspecteur Lemez. Parle d’une « odeur nauséabonde ». (les odeurs venaient du moulin et des poules)
26 janvier
Embauche au port de commerce pour travailler sur le navire Gorbea Mendi.
9 février
Informe la police que Louis Pierre a reçu une visite suspecte d’un homme cadavérique le 28 décembre. Après vérification, il s’agissait de l’oncle de Julia Juzeau.
20 février : dépose devant le juge que Louis Pierre lui a déclaré courant juillet 1913 qu’il avait un autre revolver (ce témoignage va à l’encontre de la version de l’ingénieur qui dit l’avoir vendu à un voyageur)
9 mars
Il prétend avoir vu le 27 décembre M. Cadiou à la gare puis discuté avec Henri Marcou qui lui aurait fait des confidences sur le futur de l’usine.
12 mars
Affirme avoir vu, dans un songe, l’assassin enterrer le revolver. Effectue des fouilles avec un policier qui ne donnent aucun résultat.
15 mars
Il est accusé par des ouvriers du port de commerce (Gorbea Mendi), avec qui il a travaillé, d’avoir déclaré qu’un mot de lui suffirait à innocenter Pierre. Il nie avoir tenu ces propos.
23 mars
Adresse un courrier au juge pour l’informer qu’il a le nom de personnes qui ont vu des lumières la nuit à l’endroit où fut enterré Cadiou.
22 avril
Il déclare au juge qu’en se rendant, le 31 décembre, à l’endroit où se trouvait la fosse Cadiou, il avait remarqué que la terre avait été remuée. De retour sur les lieux le 18 janvier, il affirme avoir alors aperçu la tête de Cadiou affleurant à la surface.
23 avril
Le juge l’inculpe de complicité d’assassinat et de recel de cadavre. Jacques Bossard est arrêté et écroué à la prison du Bouguen.
24 avril
Rétractation : « Tout ce que j’ai raconté, c’est de la blague » déclare Bossard au juge.
1er mai
Chante et casse du matériel dans sa cellule. Il est mis au cachot.
4 mai
La dépêche de Brest milite pour la libération de Bossard avec le titre « la vieille mère de Bossard meurt de faim ». « Il [le juge] lui appartient de mettre un terme à une comédie qui dégénère en drame ».
Bossard est mis en liberté provisoire après 11 jours de détention.
6 mai : Après avoir été le principal témoin à charge, Bossard se dit maintenant convaincu de l’innocence de Pierre. Il déclare à sa sortie de prison :
« Si j’ai cru, pendant un certain temps, à la culpabilité de Pierre, c’est parce que j’avais vu qu’on l’avait arrêté, mais comme j’ai été arrêté moi aussi, qui n’avais rien fait, je ne crois plus du tout qu’il soit coupable. »
9 mai
Confrontation entre Bossard et les ouvriers travaillant sur le Gorbea Mendi. Ces derniers affirment qu’il a exhibé quatre billets de 100 francs qui se révèleront être finalement des billets de loterie.
10 mai
Différents témoins confirment au juge qu’il était loin de la Grande-Palud le 30 décembre.
30 mai
Bossard indique aux journalistes qu’il souhaite comparaître devant les assises, pour obtenir du jury une réparation éclatante.
23 juin
L’alibi de Bossard pour les journées du 30 et 31 décembre est confirmé par les derniers témoins.
12 juillet
Bossard bénéficie d’un non-lieu.
29 octobre 1919 – Procès
Vexé par les paroles du président du tribunal, Bossard refuse de témoigner devant la cour d’assises de Quimper et quitte l’audience.
Jacques Bossard dans la presse
13 janvier 1909 – p. 3 - L’Union libérale
Incendie et vol qualifié
(Nouveaux détails)
L’auteur des crimes d’incendie et de vol qualifié commis avant-hier soir chez les frères Petit, cultivateurs à Bréviantes, territoire de la commune de La Roche-Clermault, est un nommé Bossard, Jacques, âgé de 18 ans, évadé de la colonie de Saint-Hilaire (Vienne), ancien domestique de M. Petit Paul.
Cela résulte de l’enquête rapidement menée par M. Fradet, commissaire de police, les agents Roux et Lenoir et les gendarmes de Chinon.
Bossard a tout d’abord mis le feu dans un tas de paille placé dans la cour de M. Petit Auguste, puis il a attendu que M. Petit Paul, sa femme et son domestique Datheil, quittent leur demeure pour se transporter au secours de M. Petit Auguste et pénétrer au premier étage de la maison de ceux-ci et commettre son vol audacieux comprenant 1.200 fr. en billets de banque, 20 fr. en or, des montres en or et autres bijoux estimés à 600 fr., et 7.600 fr. de billet à ordre, etc.
Puis, le coup fait, Bossard s’est dirigé par les champs et les chemins de traverse sur Chinon, où il a acheté de nombreux effets d’habillement et des chaussures chez MM. Maîtrejean, Malbaie, Roussel.
A 11 heures et demie du soir, il a pris un billet pour Tours à la gare de Chinon.
Disons que ce jeune vaurien avait été renvoyé de chez M. Petit Paul au mois de mars 1908, pour avoir commis un vol de 240 francs.
Voici son signalement :
Taille 1 m.60 environ, cheveux et sourcils bruns, front bas et étroit, yeux jaunes verdâtres, nez rectiligne relevé, visage rond, taches de rousseurs, vêtu d’une vareuse à gros boutons et pèlerine avec capuchon en drap bleu marine, pantalon de velours, coiffé d’une casquette gris foncé avec bretelles, chaussé de bottines noires neuves, à boutons, dites américaines.
19 janvier 1909 – p. 3 - Le Petit Courrier
A LA RECHERCHE D’INCENDIAIRES
On recherche à Angers un nommé Bossard Jacques, âgé de 17 ans, évadé de la colonie de Saint-Hilaire inculpé d’incendie volontaire et de vol aux environs de Chinon.
23 janvier 1909 – p. 4 - Le Phare de la Loire
A LA 4e BRIGADE MOBILE
Une arrestation mouvementée – Les exploits d’un évadé
Il y a quelque temps, un pupille de la maison pénitentiaire de Saint-Hilaire (Vienne) nommé Jacques Bossard, 18 ans, s’évadait de cet établissement et se rendait coupable du crime d’incendie volontaire et de vol qualifié.
Ce dernier méfait, commis à la Roche-Clermault, lui avait rapporté une somme de 1.200 francs en billets de banque, deux montres en or, une chaîne tour de cou, enfin un calepin contenant des reçus et des billets à ordre pour 7.630 francs.
Ce vol accompli, Bossard s’offrait à Chinon, des vêtements neufs ; après quoi il prenait à Tours le train qui devait le conduire à Saumur et de là à Brest.
Dans cette dernière ville, où il résida quatre jours, rue La Fontaine, chez Mme Cloarec, sous le nom de Paul Bozec, 17 ans, Bossard se tint tranquille. Se sentant surveillé, il quitta Brest le 14 courant au soir pour Saumur, via Le Mans.
A Saumur, il laissa une valise en consigne à la gare et alla rôder autour de la maison d’où il s’était évadé.
Même, il parvint à pénétrer dans le pavillon du directeur et à vivre des mets qui étaient apportés pour celui-ci. Un gardien l’ayant aperçu se précipita sur lui ; mais d’un coup de tête dans le ventre, Bossard le fit rouler à terre. Après quoi, il s’enfuit dans les bois de Saint-Hilaire, abandonnant sur place sa pèlerine et sa casquette.
Les gendarmes des brigades avoisinantes, les gardiens des maisons de Saint-Hilaire et de Fontevrault, les inspecteurs de la brigade mobile organisèrent alors une chasse à l’homme.
Cerné de toutes parts, Bossard était arrêté hier matin et réintégré à Saint-Hilaire.
Sur lui, on trouva une somme de 652 fr. ; et, dans une cachette, au pied d’un arbre, les deux montres en or et les bijoux volés.
24 janvier 1909 – p. 4 - L’Union libérale
La Roche-Clermault
Arrestation. Le pupille Bossard Jacques, évadé de la colonie de Saint-Hilaire, auteur de l’incendie volontaire et du vol de 1.220 francs et 600 francs de bijoux, commis le 8 janvier au préjudice de MM. Petit, cultivateurs à Bréviantes, près Chinon, a été arrêté le 21 courant, à 11 heures du matin, par un surveillant de la colonie, M. Houreu, après une course à travers champs.
Bossard, qui a reconnu les faits, a été trouvé en possession d’une somme de 652 francs et de tous les bijoux dérobés.
Il sera conduit aujourd’hui devant M. le juge d’instruction de Chinon, puis incarcéré à la maison d’arrêt de cette ville.
Disons, au sujet de cette arrestation, que M. le directeur de la colonie de Saint-Hilaire et son personnel de surveillants ont mérité de grands éloges, car c’est grâce à leur énergie, à leur ténacité, à leur désir d’aboutir, que ce dangereux malfaiteur, armé d’un révolver, a été mis dans l’impossibilité de nuire à nouveau.
Nous savons également que les gendarmes de Loudun et des Trois-Moutiers, les populations de Roiffé et Bournan, par leur bonne volonté et leur bonne garde, ont facilité aussi cette capture en resserrant tous les jours le cercle dans lequel était enfermé le voleur et incendiaire.
24 mars 1909 – p. 2 - L’Union libérale
Cour d’assises d’Indre-et-Loire
Présidence de M. RAZOUER, conseiller à la cour d’appel d’Orléans.
Audience du 22 mars
2e affaire. Voleur et incendiaire.
Le nommé Bossard Jacques – Marie, 17 ans, né à Kersaint-Plabennec, élève à l’école de réforme de Saint-Hilaire, est accusé de vols qualifiés et d’incendie volontaire.
Le nommé Bossard Jacques-Marie, détenu à l’école de réforme de Saint-Hilaire en vertu d’un jugement du tribunal correctionnel de Brest, s’évada de cet établissement le 4 janvier 1909. Le 8 janvier, dans la soirée, il mit à exécution un projet qu’il avait depuis longtemps conçu et qui consistait à commettre un vol chez un sieur Petit Paul, cultivateur de Bréviandes, près Chinon, chez lequel il avait travaillé l’année précédente, à la suite d’une première évasion de l’école de réforme de Saint-Hilaire. Connaissant l’habitation ainsi que les habitudes des époux Petit et sachant que son ancien maître plaçait toujours son argent et ses bijoux dans une chambre du premier étage, il résolut tout d’abord, pour faciliter son vol, d’éloigner de Bréviandes le plus grand nombre possible d’habitants et pour arriver à ce but, il décida d’incendier des meules de paille, situées près de la demeure du frère de son ancien maître aux Joletières, distantes de 400 mètres environ de Bréviandes.
Pour mettre son criminel dessein à exécution, il acheta des boîtes d’allumettes à une épicerie d’un hameau voisin, ainsi qu’une bougie qui devait lui servir à s’éclairer dans l’accomplissement du vol ; puis il se rendit aux Jaletières et, à l’aide de ces allumettes, il mit le feu à une meule de paille.
Ce qu’il avait prévu arriva ; l’incendie des Jalletières fit accourir sur les lieux du sinistre tout le personnel masculin de Bréviandes et des fermes environnantes. Bossard se dirigea alors, en se dissimulant, sur Bréviandes, qui n’était plus occupé que par des femmes et des enfants. Il escalada à l’aide d’une perche de 5 ou 6 mètres de long, qu’il appuya contre le mur, la fenêtre du premier étage de l’habitation du sieur Petit Paul, et pénétra dans la chambre de ce dernier en brisant la vitre et en fracturant avec une clef de herse prise sous un hangar, le contrevent intérieur de la croisée.
Dans une armoire non fermée à clef, il s’empara d’une somme de 1.220 francs en billets de banque et en or ; il déroba également plusieurs bijoux et des carnets contenant des billets à ordre et divers papiers.
Il se rendit ensuite à Chinon où il acheta différents vêtements ; puis il rendit par le chemin de fer successivement à Tours, à Saumur et à Brest. Il dépensa dans ces villes, en fêtes et en cadeaux de toute nature, une partie de l’argent volé et revint ensuite rôder aux environs de l’école de réforme de Saint-Hilaire où il fut arrêté le 21 janvier. Il fut trouvé nanti d’une partie des bijoux volés et d’une somme de 652 francs.
Bossard reconnaît les deux crimes qui lui sont reprochés.
Les renseignements recueillis sur le compte de l’accusé sont déplorables, surtout du point de vue de sa probité et de la moralité. Au cours d’une première évasion et alors qu’il travaillait chez le sieur Petit, la victime du vol qualifié qui lui est aujourd’hui reproché, il avait soustrait une somme de 270 francs à un de ses camarades qui, désintéressé en partie par le directeur de l’école, n’a pas cru devoir porter plainte.
Avec ses cheveux qui lui couvrent le front et lui tombent jusque dans le cou, Bossard a tout à fait l’air d’un apache.
Il s’exprime avec franchise.
D. A la suite d’un vol de récoltes, le tribunal de Bret vous a acquitté et envoyé en correction. Vous avez été placé chez M. Paul Petit, cultivateur à Bréviandes ?
R. Oui, monsieur.
D. Vous saviez qu’il avait de l’argent, aussi aviez-vous résolu de le voler ?
R. Je ne sais pas si je devais incendier ou voler.
Bossard prétend qu’au moment de commettre son forfait il a eu peur de son acte et a hésité un bon moment.
Finalement, il a flambé une allumette et a mis le feu à une meule de paille.
D. Ça brûlait bien ?
R. Je ne sais pas, je suis parti. Arrivé à une certaine distance, je me suis retourné. Ça flambait une peu.
D. Pendant qu’on éteignait le feu, vous avez pénétré dans la maison de Petit et vous avez volé 1.220 fr. et divers papiers et bijoux.
R. Oui, monsieur.
D. Vous avez emporté tout ce que vous avez trouvé.
R. Non, comme j’avais pris trop d’objets, j’en ai remis.
Pendant tout le reste de l’interrogatoire que M. le président fait subir à l’accusé, celui-ci se contente de répondre invariablement : « Oui, monsieur le président. »
D. Pourquoi êtes-vous retourné à Saint-Hilaire ?
R. Je ne savais où aller et c’était pour moi le seul endroit sûr.
Les témoins défilent rapidement.
Le gendarme Bouteiller et M. Fradet, commissaire de police à Chinon, entretiennent la cour de leurs constatations.
M. Petit Auguste fournit des renseignements sur l’incendie et représente Bossard comme une forte tête.
Mlle Deniau Marie, 13 ans, domestique chez M. Petit Paul, raconte que le jour du vol elle a entendu du bruit dans la maison. Elle a tellement eu peur qu’elle n’a pas osé bouger.
M. Marais, domestique, se plaint d’avoir été l’objet d’un vol de 270 francs de la part de Bossard. Ce dernier ne lui a rendu que 58 francs.
– Un jour, dit-il, j’ai trouvé un gros bâton dans le lit de Bossard et nous couchions dans la même chambre.
D. à l’accusé. Que vouliez-vous en faire ?
R. J’avais peur la nuit ! (Hilarité)
Mme Petit dit qu’on lui a dérobé tous ses bijoux.
M. Lapouyade, directeur de l’école de Saint-Hilaire, fait connaître que les bijoux ont été retrouvés au pied d’un arbre dans le parc de l’établissement où Bossard les avait déposés.
Le témoin ajoute que c’est la première fois qu’un fait aussi grave est relevé à l’égard d’un pupille de l’école de réforme qui comprend environ 400 enfants.
M. le président s’étonne que M. Lapouyade n’ait pas désintéresser, tout ou moins en partie, Marais à la suite du vol dont il avait été l’objet.
Il est bon de noter, en effet, qu’à cette époque l’accusé était détenteur d’un livret de caisse d’épargne de 120 francs, somme qui, plus tard, a été versée aux époux Petit.
M. le substitut Lefébure soutient habilement l’accusation et réclame une peine sévère contre Bossard.
Dans sa plaidoirie, Me Thuillard fait appel à la pitié du jury.
Les jurés se retirent pour délibérer et reviennent avec un verdict incomplet.
M. le président suspend l’audience et le jury s’en va pour compléter sa délibération.
Au bout d’un instant les jurés font leur rentrée mais rapportent cette fois, un verdict incompréhensible, en ce sens qu’après avoir déclaré Bossard non coupable du crime de vol, ils se prononcent affirmativement sur la question des circonstances aggravantes pour le même crime De plus, la date est erronée, on a mis 1809 pour 1909.
Le ministère public et l’avocat entendus, la cour, après en avoir délibéré, renvoie une fois encore le jury dans sa chambre des délibérations.
A la rentrée, nouveau verdict, Bossard est reconnu coupable d’incendie et de vol qualifié, avec circonstances atténuantes.
Toutefois, le jury déclare qu’il a agi sans discernement.
Dans ces conditions, la cour acquitte l’accusé et décide qu’il sera renvoyé dans une maison de correction jusqu’à sa majorité.
L’audience est levée à 7 heures 15.
25 juillet 1911 – p. 2 - La Dépêche de Brest
Coup de revolver. Dimanche soir, vers onze heures, le soldat Jacques Bossard, de la 2e compagnie du 2e régiment d’infanterie coloniale, se présentait à l’infirmerie de la caserne Fautras. Il portait au bras gauche une blessure faite par un projectile.
Jacques Bossard, originaire de Saint-Divy, se borna à déclarer qu’il avait essuyé un coup de feu, place de la Liberté, mais se refusa à indiquer dans quelles circonstances.
Le colonial a été dirigé sur l’hôpital maritime.
Nous devons ajouter que les agents, de service aux abords de la place de la Liberté, dans la nuit de dimanche à lundi, n’ont entendu aucun coup de feu.
24 octobre 1911 – p. 2 - La Dépêche de Brest
Un monomane du suicide. Le soldat Jacques Bossard, du 2e régiment d’infanterie coloniale, est une nature très sensible, s’affectant beaucoup des observations qui lui sont faites par ses supérieurs au cours du service.
Ses camarades de chambrée lui remontent fréquemment le moral, et, à plusieurs reprises, l’ont empêché d’attenter à ses jours. Jacques Bossard voulait, en effet, se jeter dans la cour de la caserne de la fenêtre de sa chambre.
Il y a quelques semaines, le soldat Bossard se tira une balle de revolver dans la région du cœur, mais les suites ne furent pas graves. La semaine dernière, il sortait de l’hôpital maritime.
Or, dans la soirée de dimanche, deux soldats coloniaux conduisaient de nouveau, à l’hôpital maritime, le soldat Bossard, qui, en passant sur les forts des Fédérés, s’était tiré un coup de revolver au-dessus du sein droit.
Le blessé, originaire de Saint-Divy, fut immédiatement admis à la salle 5. La blessure ne paraît pas grave.
26 octobre 1911 – p. 2 – Le Midi socialiste
Acharné à mourir
Brest, 25 octobre.
Jacques Bossard, âgé de 22 ans, soldat au 21e colonial, est atteint de la manie du suicide : il y a deux mois, il tentait de se jeter par la fenêtre ; ses camarades l’ayant empêché, Bossard se tira un coup de revolver dans la région du cœur ; la balle sortit par l’épaule et le soldat quittait hier l’hôpital, après deux mois de traitement. Son premier soin a été de se rendre dans la soirée, au fort des Fédérés, où il s’est tiré encore un coup de revolver dans la région du cœur.
Malgré la gravité de la blessure, on croit que le soldat, qui paraît ne pas jouir de toutes ses facultés, en réchappera encore.
13 janvier 1912 – p. 5 - L’Ouest-Éclair
ÉVASION D’UN FOU
Un soldat du 2e colonial nommé Bossard, atteint d’aliénation mentale avait été placé depuis quelque temps en observation à l’hôpital maritime. Bossard devait être conduit hier matin à la maison d’aliénés de Quimper, lorsqu’au moment de la visite du médecin, il fit semblant de se diriger vers les cabinets d’aisance ; le soldat grimpa l’escalier et atteignit la toiture de l’établissement où il se cramponna à un paratonnerre. Le soldat resta dans cette position critique une partie de la matinée. On prévint la gendarmerie maritime ainsi que les pompiers de la marine qui s’apprêtaient à opérer l’arrestation de l’aliéné lorsque ce dernier, vers 11 heures et demie, se décida enfin à rentrer dans l’établissement par une lucarne.
13 janvier 1912 – p. 2 - La Dépêche de Brest
POUR NE PAS ÊTRE INTERNÉ A QUIMPER
Gros émoi à l’hôpital maritime
Il y eut, hier matin, un gros émoi parmi le personnel infirmier de l’hôpital maritime, lorsqu’on s’aperçut qu’un dément, le soldat d’infanterie coloniale Bossard, en traitement salle 13 avait pris la fuite.
Fermez les portes ! cria-t-on, fermez les portes ! L’ordre fut exécuté illico, mais la précaution était inutile. Bossard, ancien ouvrier couvreur, avait en effet trouvé plus simple, pour jouer un bon tour à ses gardiens, de gagner le faîte de l’immeuble, où il s’accrocha à la lige d’un paratonnerre.
Et, tandis que les infirmiers couraient de salle en salle, de pavillon en pavillon, et que les gardiens fermaient à double tour la porte principale et les grilles secondaires, Bossard, tout à la joie d’avoir pu mettre à exécution son projet, respirait à pleins poumons l’air pur du matin et admirait Je superbe panorama qui s’étendait à perte de vue devant ses yeux.
Bossard, on l’apprit plus tard, avait su qu’il devait être, le matin même, transféré sur l’asile de Saint-Athanase, à Quimper, et il s’était juré de ne pas se laisser passer si tôt la camisole de force. Profitant alors de l’heure où les infirmiers se portaient au-devant des médecins venant passer la visite, il avait, avec l’agilité d’un écureuil, grimpé sur la toiture.
Le farceur s’amusait à faire des gestes amicaux aux ouvriers qui, de l’arsenal, le montraient du doigt, lorsqu’on s’aperçut enfin, à l’hôpital, de la situation… élevée qu’occupait le joyeux marsouin.
— Descendez, lui cria-t-on.
— Oh ! que nenni, répondit-il. Je ne veux pas aller à Quimper, et j’attendrai ici que le train soit parti.
Des prières on passa aux menaces ; on manda même les gendarmes maritimes. Mais la vue des uniformes n’émut pas le moins du monde Bossard qui, tout en riant, disait : « Montez donc ! Montez donc ! »
L’un des chefs présents eut alors une idée géniale : « Si l’on allait chercher les pompiers, s’écria-t-il. Je suis persuadé qu’une bonne douche aurait raison de l’entêtement de ce gaillard I »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Un matelot courut quérir les braves sapeurs, Mais tandis que ceux-ci accouraient avec boyaux et lance, Bossard, trouvant sans doute que la plaisanterie avait assez duré, reprenait, avec la sûreté d’un équilibriste, le chemin d’une lucarne.
Le colonial passa les jambes dans la tabatière et toucha le parquet. Mais il fut aussitôt empoigné par de vigoureux gaillards, qui le ligotèrent, lui passèrent la fameuse camisole tant redoutée et l’écrouèrent dans un cabanon, d’où il ne sortira que pour aller voir les flèches de la cathédrale de Saint-Corentin.
Ajoutons que cet incident a beaucoup diverti les malades et a fait dans l’arsenal, d’où l’on pouvait suivre tous les mouvements de Bossard, l’objet de toutes les conversations.
14 janvier 1912 – p. 2 - La Dépêche de Brest
Le fou de l’hôpital maritime. Nous avons raconté, hier, l’escapade du soldat colonial Bossard, qui, trompant la surveillance dont il était l’objet grimpa sur un toit de l’hôpital maritime pour ne pas être transféré à l’asile d’aliénés de Quimper.
Après être demeuré trois heures sur le toit, le dément consentit à descendre dans le grenier, ou des infirmiers durent lui passer la camisole de force.
Cette escapade n’aura valu au soldat Jacques Bossard qu’un retard d’un jour pour son transfert à Quimper. Hier malin, encadré de matelots infirmiers, le pauvre fou, un beau gars d’une vingtaine d’années, originaire de Guipavas a été conduit en voiture à la gare et dirigé sur l’asile Saint-Athanase
15 janvier 1912 – p. 4 - L’Ouest-Éclair
LES EXPLOITS D’UN ALIÉNÉ
Nous avons raconté hier les exploits de ce soldat d’infanterie coloniale atteint d’aliénation mentale qui s’était réfugié sur la toiture de l’hôpital maritime, où il resta plus de trois heures.
Ce soldat, Jacques Bossard, originaire de Guipavas, est un solide gaillard qui, avant d’entrer au régiment, était ouvrier couvreur et n’est âgé que de 20 ans.
Lorsque Bossard fut repris par les infirmiers de l’hôpital maritime, il entra dans un accès de folie furieuse et si l’on n’avait pas passé la camisole de force au malheureux dément, ce dernier se fut brisé la tête contre les murs de sa cellule. Bossard, encadré de plusieurs infirmiers, est parti hier matin pour l’asile d’aliénés de Quimper.
7 octobre 1913 – p. 3 - La Dépêche de Brest
TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE BREST
Audience du 6 octobre
Coups et blessures
Jacques Bossard, 22 ans, journalier ; François O…, 31 ans, menuisier ; Pierre T…, menuisier, sont prévenus de coups et blessures.
A l’usine où ils sont employés, près de Landerneau, une discussion s’élevait entre Bossard et O…, au sujet d’une bicyclette. Ils en vinrent bien vite aux coups en raison des provocations d’O… Au cours du pugilat, T… intervint et tenta de renverser Bossard, mais ne lui porta aucun coup.
Le tribunal condamne T… à 5 franc d’amende ; Bossard à 16 francs, et O… à 5 francs.
14 novembre 1914 – p. 2 - La Dépêche de Brest
Bossard s’est engagé. – Bossard, ancien veilleur de nuit de la Grande-Palud, dont il fut si souvent parlé au cours de l’instruction de l’affaire Cadiou, nous écrit qu’il vient de s’engager au 1er régiment de dragons.
8 février 1939 – p. 4 - La Dépêche de Brest
GUIPAVAS
MÉDAILLE MILITAIRE. Nous avons appris avec plaisir que la médaille militaire a été conférée à deux de nos compatriotes en récompense de leur vaillante conduite pendant la guerre : MM. Jacques Bossard, ouvrier à la pyrotechnie, à Kergompez, et Gabriel Page, maître de chai, demeurant à Ribeuze.
Nous leur adressons nos plus vives félicitations.
