HAZEN CHASE Philip (1883-1976)
Profession : Ingénieur chimiste (Diplômé de l’École Centrale des Arts et Manufactures, Promotion 1907)
Lien avec l’affaire : Mis en cause à tort par le facteur BOULIER, qui affirmait l’avoir vu saluer Louis CADIOU à la gare Saint-Lazare le 4 janvier 1914.

Rôle dans l’affaire : aucun (Alibi absolu validé par les archives officielles).

Le facteur BOULIER affirme avoir vu Philip HAZEN CHASE le 4 janvier 1914 à la gare Saint-Lazare à Paris saluer un monsieur CADIOU. Cet épisode de l’affaire Cadiou est connu sous le titre « la piste de Blincourt ».

Sources : BnF Gallica, FamilySearch, archives de l’administration américaine et Joel Levinson

Annuaire de l'Association amicale des anciens ECP HAZEN CHASE Philip
Annuaire de l'Association amicale des anciens ECP
Philip HAZEN CHASE en 1919

Profil et Formation

Né le 11 octobre 1883 à Paris d’un père américain et d’une mère française, Philip HAZEN CHASE effectue la majeure partie de ses études dans la capitale, sa famille résidant alors au 85 avenue Kléber. Les dossiers de l’administration américaine révèlent qu’il a vécu en Europe de manière continue de 1896 à 1910. Bien que né sur le sol français, il choisit de renoncer officiellement à la citoyenneté française en 1905 afin d’obtenir son passeport américain.
Coïncidence notable : Il appartient à la même promotion de l’École Centrale (1907) que Louis PIERRE, le principal accusé de l’affaire Cadiou. Ce lien, pourtant bien réel, n’a jamais été exploité ni relevé par la presse de l’époque.

Le voyage autour du monde et la carrière chez DuPont (1910-1945)

Ami proche de Marcel PANHARD (fils du maire de Blincourt), Philip HAZEN CHASE entame avec ce dernier un tour du monde en octobre 1910. En juin 1911, les deux amis se séparent à Yokohama (Japon). Tandis que PANHARD rentre en France, HAZEN CHASE s’embarque pour les États-Unis. Il s’y installe définitivement, déclarant aux autorités américaines y résider sans interruption après son périple en Extrême-Orient.

Après une période d’activité méconnue entre 1911 et 1915, sa carrière prend un tournant industriel majeur en février 1915 lorsqu’il intègre la célèbre compagnie de produits chimiques E. I. du Pont de Nemours & Company.

Ses compétences d’ingénieur chimiste l’amènent plus tard à revenir travailler sur le continent européen pour le compte de la firme américaine :
– En 1919 : Il dépose une demande de passeport pour une mission commerciale d’envergure en Europe (Angleterre, France, Espagne, Italie, Belgique, Pays-Bas, Portugal et Suisse). Il est alors chargé de négocier des matières premières pour explosifs, des colorants et de la soie artificielle. Pour la France et la Belgique, son client déclaré est la fabrique de soie artificielle de Tubize.
– En 1922 : Il réside à Londres et exerce la fonction d’assistant du directeur européen (European Manager) de DuPont de Nemours.
– En 1925 : Sa mission le conduit à s’installer à nouveau à Paris.

Des coïncidences industrielles troublantes

L’analyse approfondie du parcours de Philip HAZEN CHASE met en lumière des ponts étonnants avec l’écosystème et les protagonistes de l’affaire Cadiou :
– Les bancs de l’école : Diplômé de Centrale en 1907, il a partagé sa scolarité avec Louis PIERRE.
– Le même secteur d’activité : À partir de 1915, HAZEN CHASE travaille pour un géant de la chimie qui produit et vend des matières premières pour explosifs. Il évolue donc exactement dans le même secteur industriel et hautement stratégique que l’usine de la Grande Palud à Landerneau.
– La zone d’ombre : Le parcours exact et les déplacements de l’ingénieur entre son arrivée aux États-Unis en 1911 et son embauche chez DuPont en février 1915 restent à ce jour inconnus.

Affaire Cadiou : « La piste de Blincourt »

En mars 1914, Philip HAZEN CHASE se retrouve malgré lui au cœur d’une polémique médiatique nationale déclenchée par les déclarations de M. BOULIER, habitant de Blincourt (Oise) et exerçant la profession de facteur-receveur.
Les accusations du facteur Boulier
– Il affirme avoir reconnu HAZEN CHASE à la gare Saint-Lazare à Paris le 4 janvier 1914.
– Il prétend que l’ingénieur y aurait chaleureusement salué Louis CADIOU en s’exclamant : « Tiens, ce cher Cadiou ! ».
– Dans un climat d’espionnite pré-guerre, Boulier soutient que HAZEN CHASE est de nationalité allemande et qu’il aurait loué une automobile pour mener une expédition criminelle en Bretagne.

Le démenti et la vérité historique

L’enquête de l’époque, appuyée par les interventions d’Henri PANHARD (notaire à Paris et maire de Blincourt), avait immédiatement démonté ce témoignage. Une innocence aujourd’hui définitivement confirmée et scellée par les archives administratives américaines :

– L’alibi géographique absolu : Les dossiers officiels de demandes de passeport de Philip HAZEN CHASE attestent qu’il n’a pas quitté le sol américain entre son installation en 1911 et ses missions de 1919. N’ayant pas voyagé en France fin 1913 ni début 1914, il lui était matériellement impossible de se trouver à la gare Saint-Lazare le 4 janvier.
– La confusion familiale : Si sa mère, ses frères et ses sœurs ont effectivement séjourné à Brest en août 1911, Philip était déjà de l’autre côté de l’Atlantique.
– La nationalité : Il n’était pas Allemand. Né de mère française, il était devenu exclusivement citoyen américain après sa renonciation contractée en 1905.

Conclusion

Henri PANHARD qualifiera à l’époque les dires du facteur de « roman » et de « démence », suggérant que ces fausses accusations étaient nées de rivalités et de tensions politiques locales au sein du village de Blincourt.
Malgré des coïncidences professionnelles, sectorielles et académiques tout à fait fascinantes avec l’entourage de la Grande Palud, les archives américaines viennent clore le débat : Philip HAZEN CHASE est totalement étranger à l’affaire Cadiou.