PIERRE Ernest Désiré (1851-1924)
Profession : cultivateur puis rentier
Lien avec l’affaire : père du principal suspect

Rôle dans l’affaire

Son fils, Louis Désiré Pierre, est accusé du meurtre de Louis Cadiou. Ernest Pierre apparaît au début de l’affaire lorsque les journalistes se rendent à Caugé (Eure), dans la ferme familiale, pour enquêter sur la jeunesse de l’ingénieur. Par la suite, il disparaît des récits, n’étant pas venu à Landerneau pour soutenir son fils, contrairement à son épouse. M. Pierre n’intervient donc directement dans l’affaire que par le soutien financier qu’il apporte à son fils.

Après 1919, les seules allusions à l’affaire Cadiou dans la presse concernent le meurtre d’Ernest Pierre, avec la précision qu’il était le père de l’ingénieur impliqué dans le dossier.

Ernest Pierre, 73 ans, est retrouvé assassiné le 3 novembre 1924 dans sa ferme isolée à Caugé : ligoté, bâillonné, le crâne fracassé, sa maison fouillée et son coffre-fort vidé.

L’enquête piétine jusqu’en 1926, quand plusieurs membres de la bande des Polonais, redoutable groupe de cambrioleurs et meurtriers, accusent deux des leurs : Wladimir Zinczuk (Wladek) et Morda (mort depuis). Leur récit correspond exactement à la scène du crime.

Zinczuk nie et les bandits s’accusent mutuellement. Faute de preuves matérielles, aucune condamnation ferme n’est jamais prononcée. L’assassinat d’Ernest Pierre reste officiellement non élucidé.

Ernerst PIERRE dans la presse

Source : BnF Gallica

4 novembre 1924 – p. 1 – Le Journal

Le père de l’ingénieur Pierre ligoté et assassiné

ROUEN, 3 novembre. Ce matin, M. Ibert, cultivateur à Branville, près d’Evreux, surpris de ne pas voir son beau-père, M. Pierre, se rendit à la petite ferme que celui-ci habite. Il y trouva, derrière la porte d’entrée, le vieillard ligoté, la tête enveloppée dans un sac, couché sur le ventre et ne donnant plus signe de vie. La victime paraît avoir été assommée. Le parquet d’Evreux a été prévenu aussitôt.
M. Pierre, âgé de 70 ans, était veuf depuis deux ans. Il était le père de l’ingénieur Pierre, dont il fut beaucoup parlé dans l’affaire Cadiou.

5 novembre 1924 – p. 2 – L’Ouest-Éclair

LE PÈRE DE L’INGÉNIEUR PIERRE EST ASSASSINE

EVREUX, 4 novembre. Au Neubourg, dans l’Eure, on a trouvé assassiné un vieillard de 70 ans, M. Pierre, cultivateur.
Au moment où s’achève le procès Seznec, ce crime remet en mémoire une autre affaire qui eut également son dénouement devant les Assises du Finistère, l’affaire Cadiou. M. Pierre, qui vient d’être tué, était en effet le père de l’ingénieur Pierre, dont on n’a pas oublié le rôle de premier plan qui lui fut prêté dans le mystère de la Grande-Palud.
M. Louis Cadiou, directeur des poudreries de la Grande-Palud avait disparu mystérieusement le 30 décembre 1913 et son cadavre n’avait été retrouvé que le 5 février 1914 dans un bois. L’ingénieur Louis Pierre fut soupçonné et arrêté.
Remis en liberté provisoire en mai 1914, l’ingénieur partit au front quelques mois plus tard et fit toute la guerre.
A la fin d’octobre 1919, exactement à la même époque que l’affaire Quéméneur, l’affaire Cadiou venait devant les Assises du Finistère. Elle dura cinq jours et s’acheva, la veille de la Toussaint par l’acquittement de l’ingénieur Pierre.
Tels sont les faits qu’évoque aujourd’hui l’assassinat de M. Pierre, le père de l’ingénieur.
Voici dans quelles circonstances ce crime été découvert :
Avant-hier, dans le courant de l’après-midi, M. Ibert, cultivateur, demeurant à Branville, hameau de Caugé, situé à six kilomètres d’Evreux, rentrait à son domicile après une promenade en automobile.
Hier matin 3 novembre, il ne vit pas comme d’habitude, son beau-père, M. Pierre, qui demeure à 150 mètres de son habitation, vaquer à ses occupations.
Il se dirigea vers la petite ferme habitée par le vieillard. Quelle ne fut pas sa stupeur aussitôt qu’il fut entré, d’apercevoir son beau-père étendu derrière la porte. Il était ligoté et avait la tête enveloppée dans un sac. Le malheureux était mort. On croit qu’il a été assommé. La justice enquête pour éclaircir le mystère de ce drame.
Il semble qu’une véritable fatalité s’acharne sur la famille Pierre dont le nom se trouve mêlé, deux fois en 11 ans, à des événements tragiques.

5 novembre 1924 – p. 3 - Excelsior

Le père de l’ingénieur Pierre est assassiné près d’Evreux

EVREUX, 4 novembre. On a trouvé, dans la maison qu’il habitait à Caugé, près d’Evreux, le cadavre du père de l’ingénieur Pierre, qui fut mêlé à l’affaire Cadiou. M. Pierre avait été frappé et étouffé. Sa maison avait été dévalisée. On recherche les agresseurs.

5 novembre 1924 – p. 3 – Le Petit Parisien

C’EST POUR LE VOLER QUE L’ON ASSASSINA M. ERNEST PIERRE

Evreux, 4 novembre (dép. P. Parisien.)
La jeune Louise Ibert, se présentant hier au domicile de son grand-père, M. Ernest Pierre, soixante-treize ans, à Caugé, ne fut pas peu surprise de trouver la maison fermée et de n’entendre personne répondre à ses appels. Prévenu par sa fille, M. Ibert, cultivateur à Branville, fit ouvrir la porte et, peu après, découvrit le cadavre de son beau-père ; le malheureux, qui avait été ligoté, était étendu sur le ventre et la tête enveloppée d’un sac : un chiffon se trouvait enfoncé dans la bouche du septuagénaire ; le corps baignait dans le sang.
La maison avait été fouillée de fond en comble, les tiroirs et les armoires vidés de leur contenu : un coffre-fort avait été ouvert et son contenu, consistant en valeurs diverses et une certaine quantité de monnaie, avait disparu.
Le parquet d’Evreux s’est rendu sur les lieux du crime ; l’autopsie du cadavre a été faite : il en résulte que M. Pierre a été frappé à la tête avec un instrument contondant ; le malheureux fut ensuite ligoté et étouffé.
Selon les résultats de l’enquête, les meurtriers du malheureux vieillard poussèrent le cynisme jusqu’à manger une omelette et boire copieusement auprès de leur victime.
Des empreintes digitales ont été relevées sur plusieurs vitres brisées aux fenêtres de la maison tragique. Les valeurs au porteur, enlevées du coffre-fort, ont été retrouvées éparses sur le sol.
Une piste, qui semble sérieuse, est actuellement suivie par le parquet ; deux personnes soupçonnées sont gardées à vue, une troisième est recherchée.
Ajoutons que M. Ernest Pierre, conseiller municipal de Caugé, est le père de l’ingénieur Pierre, qui fut mêlé à l’affaire Cadiou.

8 novembre 1924 – p. 1 et 2 - Journal d’Evreux

ASSASSINAT du père de l’Ingénieur Pierre à CAUGE

Après l’avoir ligoté, assommé et bâillonné les meurtriers percent le coffre-fort fouillent tous les meubles

En février 1914, lorsque l’ingénieur Pierre avait été arrêté, comme pouvant être l’auteur de l’assassinat de l’ancien avoué Cadiou dont il dirigeait la fabrique de fulmi-coton en Bretagne, nous étions allés à plusieurs reprises voir les parents du jeune homme, anciens cultivateurs aisés, habitant une gentille maison sans étage entourée d’un jardin et d’un petit clos herbu, à Caugé, hameau de Branville. Caugé est une commune de 234 habitants à 8 kilomètres ouest d’Evreux non loin de la route de Conches.
M. et Mme Pierre dont la fille av avait épousé un cultivateur, M. Ibert, qui a sa 25 ferme au tournant du chemin à 50 m. à peine de leur demeure, nous avaient dit toute leur foi dans l’innocence de leur fils. La guerre survint, alors que l’ingénieur Pierre avait été remis en liberté provisoire. Mobilisé M. Pierre fit son devoir de bon français et lorsqu’après les hostilités, il comparut en cour d’assises, alors les passions soulevées par son affaire étaient apaisées il n’eut pas de peine à établir son innocence et fut acquitté.
En septembre 1921, Mme Pierre était décédée et son maria âgé à ce moment de 73 ans était demeuré seul. Il avait continué à habiter sa petite maison assez isolée dont son gendre avait la nue-propriété et dont lui-même à la mort de sa femme s’était réservé l’usufruit. Elle se compose de 4 pièces : la chambre à coucher avec 2 lits où se trouvait le coffre-fort d’un assez vieux modèle, appuyé contre le mur, la salle à manger très simple avec une jolie armoire normande finement sculptée renfermant de la vaisselle, la cuisine, et à côté une petite pièce contenant un lit où couchait l’ingénieur Pierre lorsqu’il venait voir son père. Dans cette pièce qui avec un petit réduit par derrière servant de fruitier se trouvait une commode garnie de nombreux outils et près de la fenêtre une table sur laquelle le vieillard se livrait à de petits travaux, tels que le raccommodage de ses chaussures. A la suite un petit hangar où se trouvait un établi suivi d’un cellier, contenant des pommes de terre, carottes, mais pas de liquide car il se faisait livrer le vin nécessaire à sa consommation.
En face au fond de la cour était édifié un assez grand bâtiment mal entretenu, consistant en une ancienne écurie et une charreterie sous laquelle se trouvaient une charrette normande, des tas de bois et de vieux liens en rotin de moissonneuse-lieuse. De ce côté, le mur donnant sur la plaine était dans un déplorable état et était tombé en partie. Il suffisait de l’enjamber pour se trouver dans la propriété représentant une superficie d’environ 600 mètres carrés.
Vivant seul, avec quelques poules et lapins et son chien de chasse, M. Ernest Pierre se levait de bonne heure et se couchait comme les poules, c’est-à-dire presque dès la nuit venue. Le matin, il préparait son petit repas avec du lait qu’on lui apportait de la ferme de son gendre et à midi, on lui apportait également son déjeuner de la forme. Quand il lui en restait des reliefs, il terminait le soir ou mangeait des œufs, car étant très sobre, son souper était toujours frugal.

La découverte du crime

Le mardi 28 octobre, M. Pierre était allé en auto avec son gendre, sa fille et les 3 enfants de ceux-ci à l’enterrement d’un oncle de M. Ibert à la Haye-Malherbe.
Le même soir, M. Pierre revint à Branville avec sa fille et ses petits-enfants tandis que M. Ibert restait à la Haye-Malherbe pour le règlement de la succession.
Samedi, jour de la Toussaint, M. Pierre, qui était conseiller municipal de sa commune car il jouissait de l’estime de tous, avait assisté avec ses collègues et le maire M. Colombel, à une cérémonie au monument aux morts.
Le lendemain Mme Ibert et ses enfants dans l’auto conduite par l’un des domestiques de la ferme, M. Lecoq, partirent rejoindre M. Ibert à la Haye-Malherbe et ils rentrèrent tard le soir à la ferme.
Qu’avait fait M. Pierre dans la matinée ? Il est probable qu’il était allé à la chasse, car c’était sa grande distraction. Il alla déjeuner à la ferme de son gendre où d’après les instructions de Mme Ibert on lui avait préparé un poulet et il repartit pour la chasse. Il en revint vers 4 h. prit un café avec M. Gondard et en passant à la ferme il y laissa son chien qu’on enferma dans une étable.
Il rentra donc sans son compagnon fidèle à son logis où il se mit en chaussons conservant ses guêtres de chasse et son costume de velours.
Le lendemain dans la matinée M. et Mme Ibert ne le virent pas et un domestique, le vacher Guilloux étant venu dans le jardin vint frapper à la porte de la cuisine qui était fermée. Ne recevant pas de réponse, il rentra à la ferme prévenir ses patrons et comme la veille il avait manifesté à sa fille son intention de se rendre à Caugé puis à la Ferrière-Haut-Clocher où il possède une ferme dont il devait toucher les fermages on crut qu’il avait couché chez son locataire.
Cependant dans l’après-midi vers 4 h., M. Ibert étonné qu’il ne fût pas encore de retour vint chez lui pour soigner ses volailles et ses lapins. La porte de la cuisine étant fermée il envoya sa fille aînée âgée de 16 ans, chercher la seconde clef qui se trouvait toujours à la ferme et en présence du vacher Guilloux, il ouvrit la porte.
Un spectacle affreux s’offrit alors à ses regards. Son beau-père était étendu sur le ventre sous la fenêtre contre le mur de la cuisine bordant la cour. Il était étroitement ligoté ; une corde à veau et de la ficelle-lieuse lui maintenaient les poignets derrière le dos, allant se rattacher aux jambes également maintenues serrées. La tête enveloppée de deux torchons baignait dans une mare de sang dont une longue traînée maculait le papier de la tenture.
Un désordre indescriptible régnait dans la cuisine indiquant une lutte violente. Un crime sans doute compliqué de vol avait eu lieu.
M. Ibert sans s’attarder davantage referma la porte et retourna chez lui pour prévenir avec tous les aménagements possibles sa femme de la mort tragique de l’infortuné vieillard.
Une amie de sa fille, Mlle Marche, se trouvant là, M. Ibert la pria de demander à son père de prévenir immédiatement la justice et de faire parvenir un télégramme à M. Pierre qui est ingénieur aux usines Peugeot, section de l’aviation à Paris.
Les gendarmes de Tournedos-Bois-Hubert arrivèrent dans la soirée, en même temps que M. Mottet, capitaine de gendarmerie à Evreux, qui procéda aux premières constatations et à une enquête qu’il n’interrompit qu’à 2 heures du matin.
Le docteur Dehail que la famille avait fait prévenir était venu également dans la soirée, mais n’avait pu que constater le décès car en l’absence du Parquet, il ne fallait pas toucher au cadavre.

L’arrivée du Parquet

Mardi matin, M. Affre, procureur de la République, M. Le Roy, juge d’instruction. M. Thiessé, commis-greffier, et le docteur Moisson, médecin légiste arrivaient sur les lieux du crime où nous nous étions rendu également.
L’assassinat par la façon dont le corps était ligoté rappelait celui de Douains près Vernon dont les auteurs n’ont jamais été retrouvés. En sera-t-il de même cette fois encore ?
M. Ibert, gendre de M. Pierre et le fils de celui-ci, arrivé le matin même étaient là, ainsi que le maire de Caugé M. Colombel, M. Solasol commissaire spécial de la brigade mobile de Rouen, était venu en auto avec un opérateur M. Moulin qui prit de nombreuses photos.

L’autopsie

Ainsi que nous l’avions dit, M. Pierre était étendu sur le ventre dans sa cuisine, étroitement ligoté et la tête entièrement enveloppée de deux torchons ensanglantés. Quand le médecin légiste enlève les torchons, il en trouve un troisième dont une partie était enfoncée dans la bouche et servait de bâillon.
Le corps ayant été transporté sous le hangar et placé sur l’établi, le docteur Moisson enlève le premier bâillon, et en trouve un second constitué par une loque de flanelle ayant les dimensions d’un mouchoir et entré tout au fond de la gorge. Disons dès maintenant que les constatations médicales ont permis d’affirmer que le vieillard était mort étouffé par ce bâillon. Il portait au-dessus et au-dessous de l’œil droit les traces de deux coups de poing formidables et au côté droit de la tête, se voyaient deux blessures faites avec un instrument contondant, sans doute un cotret. Les coups portés ne devaient pas entraîner la mort, car il n’y avait pas de fracture du crâne. Le corps avait été ligot- té alors que la mort avait déjà fait son œuvre, ainsi qu’a pu l’établir le docteur Moisson par l’examen des profondes ecchymoses produites aux poignets par les liens.
Pourquoi donc alors ce soigneux ligotage si complètement inutile ?
Dans les poumons, le docteur Moisson retrouva les traces d’une pleurésie qu’il avait soignée en 1896. Dans l’estomac quelques traces seulement d’aliments, justement du poulet qu’il avait mangé au repas de midi. Il n’avait donc pas encore soupé lorsqu’il avait été assassiné. Cela permettait de fixer à peu près exactement l’heure à laquelle il avait été assailli et comme il était tout habillé, n’ayant retiré que ses souliers de chasse, on peut ad- mettre que c’est entre 4 h. et 6 h. que s’est produit le crime.

Les constatations du Parquet

M. Mottet, capitaine de gendarmerie, et ses gendarmes avaient fait dès le soir de la découverte du crime des constatations qui pouvaient aider grandement les magistrats du Parquet.
Dans la partie de terrain derrière la grange-charreterie, et nouvellement bêchée, on voyait nettement, venant de la portion du mur effondrée, une ou deux traces de pas. Est-ce par cette large brèche que sont venus les assassins ?
Trois verres se trouvant sur la table de la salle à manger semblent permettre d’établir que les assassins étaient trois.
Pendant que deux venaient à la porte de la cuisine, le troisième allait à la fenêtre de la salle à manger dont il ouvrait les contrevents. Brisant un carreau, il faisait jouer les targettes du haut et du bas et sautait dans la pièce pour venir porter assistance à ses deux complices qui étaient parvenus à repousser la porte que M. Pierre encore solide et vigoureux s’efforçait de maintenir fermée avec une de ses chaussures faisant levier en bas, l’un des assassins faisait sauter le lambris du bas du mur. La résistance du vieillard faiblissant les bandits l’assaillirent ensemble, pendant que l’un d’eux le frappait à coups de poing, un autre, avec un cotret sans doute, l’assommait à moitié et le couchait sur le sol. Pour étouffer ses cris, les bandits le bâillonnèrent avec un bâillon enfoncé de force dans sa gorge, poussant ensuite par-dessus le coin d’un torchon. Ainsi étouffé le vieillard dont les plaies avaient saigné abondamment perdit rapidement connaissance. Ils en profitèrent pour le ligoter et c’est en faisant ce travail que la tête frottant contre le papier de tenture y laissa une longue traînée. Sans doute par une sorte de crainte superstitieuse, les assassins enveloppèrent de deux linges la tête de leur victime, puis ils commencèrent tranquillement leur visite domiciliaire.
Leur premier soin, à n’en pas douter, fut de s’attaquer au coffre-fort se trouvant dans la chambre à coucher et d’après M. l’Inspecteur Solasol, particulièrement qualifié à cet égard, il semble que parmi les bandits, il s’en trouvait un fort expert en la matière. Se servant d’une perceuse à main dite chignole, trouvée dans la maison, les assassins firent dans la légère plaque d’acier derrière le coffre, juste à hauteur des deux compartiments une série de trous très rapprochés qui leur permirent ensuite, à l’aide d’un ciseau à froid, de découper un carré de métal d’environ 10 centimètres de côté. Le travail fatigant avait dû demander plus d’une heure et il ne resta plus ensuite qu’à enlever le plâtre coulé entre les deux plaques pour rencontrer la seconde plaque d’une tôle moins résistante.
Par l’ouverture ainsi faite, les assassins sortirent les titres et l’argent que devait contenir le coffre.
Ils dédaignèrent un certain nombre de titres de rente sur l’État et d’obligations des chemins de fer que les magistrats re- trouvèrent fripés sous l’amas de linge et de vêtements retirés d’un placard voisin. Le butin des assassins a-t-il été important ? On peut en douter si nous croyons M. Ibert. En effet, le gendre de la victime nous a dit que son beau-père 15 jours ou trois semaines avant le crime avait demandé de l’argent à sa fille en attendant de toucher ses fermages de Ferrières-Haut-Clocher et elle lui avait remis 500 fr.
Le faible butin des bandits leur fit sans doute supposer qu’en dehors de son coffre-fort, M. Pierre avait de l’argent caché quelque part et avec un soin minutieux, ils fouillèrent tous les meubles et retournèrent les lits de fond en comble. Dans toutes les pièces régnait donc un désordre inouï.
Pour s’éclairer les assassins s’étaient servis d’une lampe à pétrole et de bougies et ils avaient pris le soin pour éviter qu’aucune lueur filtrât à l’extérieur, de fermer les rideaux dans la salle à manger et dans la chambre et même d’entourer la serrure de la salle à manger avec un torchon. Que de précautions !
Devant passer dans la maison une partie de la nuit, ils songèrent à se restaurer. Dans la salle à manger au pied de la table, on put compter près de deux douzaines de coquilles d’œufs ayant servi à confectionner deux omelettes qui furent cuites sur un réchaud à alcool. Sur cette même table, où restait la moitié d’un pain de deux livres – l’appétit des bandits ne fut pas extrême – il y avait du beurre, un pot de confiture vide, une boîte de sardines vide, une burette ayant contenu du vinaigre, trois verres voisinant avec des bouteilles vides, et enfin sur le réchaud une cafetière vide.
Un détail nous a frappé et nous ne croyons pas qu’il ait retenu l’attention du Parquet non plus que de la Sûreté. Il est relatif aux coquilles d’œufs. A part 2 ou 3 coquilles jetées près de la cheminée, toutes les autres brisées par la moitié et pour la plupart mises l’une dans l’autre, étaient jetées au ras de la table, au pied des chaises où devaient être assis les assassins mangeant et buvant. Or, aucune n’était écrasée lorsque les magistrats du Parquet sont entrés dans la salle à manger. C’est bien étrange, avouez-le !
Placé en évidence sur un livre de comptes mis sur la même table, il y avait un vieux thaler que, paraît-il, M. Pierre possédait depuis la guerre de 1870 et qui était un peu moins grand qu’une pièce de 5 fr. française.
Une vieille montre en argent gisait sur un des lits et une autre montre d’argent avec chaîne se trouvait dans un tiroir jeté au pied du coffre-fort dont la clef fut retrouvée dans le plâtre extrait de l’ouverture faite. N’ayant pas le mot, les assassins n’avaient pu ouvrir le coffre avec la clef et avaient donc dû se résoudre à le percer.
On est certain qu’ils ont emporté une montre en or que l’ingénieur Pierre n’a pas retrouvée, mais on n’a aucune certitude sur les valeurs qu’ils ont prises et dont le total y compris celles jonchant le plancher autour du coffre-fort devait représenter une quinzaine de mille francs.
Dans la lutte avec la victime, les assassins ont dû avoir leurs vêtements souillés de sang. Ils en avaient certainement à leurs chaussures, car on a retrouvé sur la table de la salle à manger des brosses et une boîte de cirage ouverte dont ils se sont servis.
Ils sont selon toute vraisemblance sortis par la porte de la cuisine qu’ils ont refermée à clef et ils ont ensuite jeté cette clef on ne sait où.
C’est avec la seconde clef qu’il possédait chez lui que M. Ibert a ouvert la porte. Notons que le fusil de chasse de la victime a été trouvé debout sur le lit de l’ancienne chambre de l’ingénieur Pierre.
Une carabine ordinairement accrochée au-dessus de la porte faisant communiquer la salle à manger et la chambre à coucher a été trouvée chargée d’une cartouche sur un des lits de la chambre.
Les magistrats du parquet ont saisi des morceaux de vitre brisée, les verres, bouteilles, le pot à confitures et le globe de la pendule en bronze dorée placée sur la cheminée de la salle à manger sur lesquels ont été relevées des empreintes digitales intéressantes. Pourquoi avoir touché au globe de la pendule qui était arrêtée à 8 h. ¾ ? Si l’on a affaire à des professionnels du vol, comme semblerait l’indiquer la façon dont a été ouvert le coffre-fort, ils ont en tout cas fait preuve d’une certaine sobriété, car ils n’ont pas bu d’alcool et aucun d’eux ne fumait, car on n’a trouvé ni culot de pipe, ni bouts de cigarettes.
Les assassins ont été singulièrement bien inspirés en choisissant pour cambrioler M. Pierre le jour où sa famille était absente et où son chien de chasse qui aurait pu aboyer était resté à la ferme de son gendre.
M. Ibert nous avait rappelé en causant avec lui que voici trois ans, peu après la mort de sa femme, alors qu’un dimanche il assistait à une séance du Conseil municipal, on avait essayé de cambrioler M. Pierre. La nuit suivante, un vol fut commis à Caugé.
Faut-il établir un rapprochement entre la tentative d’il y a 3 ans et l’assassinat suivi de vol commis dans la soirée de dimanche chez le vieillard ? Toutes les suppositions sont permises, étant donné les trop faibles indices qu’on possède.
Détail peu intéressant car ce n’est pas d’une carte de visite qu’il s’agit. Un des bandits a laissé un souvenir peu odorant de son passage dans le vase de nuit de M. Pierre.

Deux individus suspects ont été vus

On n’a pas d’indices bien précis sur les individus suspects qui auraient pu rôder au cours de la journée de dimanche aux environs du hameau de Branville. Cependant M. Gastine, fils de M. Gastine, ancien cultivateur à Evreux, demeurant 26 rue de Paris, a pu donner à la gendarmerie un renseignement intéressant.
Dimanche dernier, étant à la chasse dans l’après-midi, il était venu à travers les bois de Morsent pour chasser dans la plaine, aux environs du hameau de Branville, quand vers 4 h. 1/2 de l’après-midi, il avait fait la rencontre de deux individus ayant l’aspect de vagabonds et d’allures équivoque. En effet, ayant vu passer à cheval, sur le chemin un officier ou un sous-officier du 7e chasseurs, ils s’étaient dissimulés dans un fourré et ils les avait croisés alors qu’ils sortaient de leur cachette.
Il a pu donner de ces vagabonds, véritable gibier de potence, un signalement assez précis, mais comme la rencontre datait déjà de 4 jours, il est douteux qu’on puisse les retrouver, d’autant plus que s’ils sont les auteurs de l’assassinat de M. Pierre, ils ont pu se munir de vêtements qu’ils ont échangés avec les leurs dans quelque fourré du côté des bois de St-Sébastien.
La façon dont le coffre-fort avait été percé indiquait, sinon un professionnel de la cambriole, du moins un professionnel dans le travail du fer. La police mobile s’est inquiétée de l’emploi du temps, dans la journée de dimanche, de plusieurs individus, tant à Evreux que dans la région de Caugé, qui sont sujets à caution.
Les pistes suivies n’ont pas encore donné de résultat réellement sérieux et il faut attendre.

15 novembre 1924 – p. 1 – Journal d’Evreux

Assassinat de M. Pierre à Caugé
A la recherche des bandits

Malgré toute l’activité apportée dans leurs recherches par la gendarmerie de Tournedos et la police mobile, les assassins du « père Saindor » comme ses concitoyens appelaient M. Ernest Pierre n’ont pu jusqu’à présent être appréhendés.
Il semble pourtant qu’on soit sur leur piste.
Les personnes qui ont vu pour la dernière fois M. Pierre dans la journée de dimanche sont deux domestiques de M. Ibert, Louis Guillou, âgé de 21 ans, et l’homme de cour, Louis Hervieu, qui étaient restés à la ferme pendant que leur patronne et ses enfants s’étaient rendus à La Haye-Malherbe, M. Hervieu travaillait vers 16 h. 15 dans un champ de carottes situé devant la propriété de M. Pierre, quand il aperçut ce dernier sur le seuil de sa porte et échangea quelques paroles avec lui. Son camarade Guillou a confirmé sa déclaration.
Un témoignage important a été recueilli, c’est celui de Mme Ernest Mache, cultivatrice à Branville, hameau de Caugé. Samedi matin vers 10 heures 15, elle se rendait en voiture, avec sa famille, à la messe de la Toussaint, célébrée à l’église de Claville. En passant devant la cabane du cantonnier, située au sud du hameau, sur la route d’Evreux à Beaumont, elle aperçut deux individus dont l’un portait un cache-col de couleur rouge vif avec fleurs noires. Quant à son compagnon, qui était caché à moitié derrière la cabane, Mme Mache n’a pu en donner un signalement aussi précis.
Ces deux individus « marquaient » si mal, que M. Mache voulut conduire sa famille à moitié chemin et la déposa à un kilomètre de Claville. Mme Mache ne revit pas à son retour les deux hommes suspects.
On a pu suivre la piste de ces étranges rôdeurs. L’un aurait de 25 à 30 ans, l’autre de 30 à 35 ans. Ils sont assez correctement vêtus. Le 6 novembre, ils ont dû manger au restaurant Louis, à Conches. Ils prirent ensuite la direction de la forêt au haut de la côte de Conches.
Ils ont été vus vers 16 h. 30, au haut de la côte de Conches, semblant porter leurs pas sur Le Neubourg. Le plus âgé avait une cassette en bois à la main. En 1921, une tentative de vol avait été commise chez M. Pierre, pendant une courte absence du septuagénaire.
Pour le crime, il semble que les assassins ne devaient pas ignorer le voyage à La Haye-Malherbe de la famille Ibert. Il faut donc que quelqu’un les ait avertis assez rapidement pour opérer en toute sécurité ; ce quelqu’un devait approcher souvent et de près les familles Ibert et Pierre dont les moindres habitudes étaient connues.
Il ne fallait pas qu’ils ignorent également que ce jour-là le chien de M. Pierre avait été enfermé dans une étable chez M. Ibert.

Levée des scellés

Le parquet d’Evreux s’est transporté à Branville, afin de procéder à la levée des scellés apposés au domicile de la victime. Les magistrats étaient accompagnés d’un fonctionnaire du service anthropométrique, venu de Paris pour prendre livraison de quelques objets portant des empreintes digitales.

Obsèques de M. Pierre

Le 7 novembre, ont eu lieu à Caugé les obsèques et inhumation de M. Ernest Pierre.
Le deuil était conduit par l’ingénieur Louis Pierre, M. et Mme Ibert et leurs enfants.
M. Colombel, maire de Caugé et les conseillers municipaux, avaient tenu à accompagner jusqu’au lieu du repos la victime de cet assassinat sauvage.
Les cordons du char funèbre étaient tenus par MM. Lauvray, conseiller général ; Colombel, maire ; Logre, adjoint ; Albert Doucerain, Moulavet, Echard, Théophile Colombel, membres du conseil municipal de Caugé.
Le service funèbre a été chanté par M. le curé de Claville.
Au cimetière, M. Colombel a dit à son collègue le dernier adieu du conseil municipal et de la commune de Caugé.

3 janvier 1925 – p. 2 – Journal d’Evreux

Le crime de Caugé

La police mobile et la gendarmerie n’ont pas découvert les deux assassins de M. Pierre, le vieux rentier de Caugé, village entre Evreux et le Neubourg.
On se rappelle que M. Pierre avait été assassiné le dimanche 2 Novembre, alors que sa famille était partie à la Haye-Malherbe par suite de la mort d’un parent, M. Ibert.
Les deux assassins qui s’étaient cachés dans le grenier de M. Pierre, y avaient suppé des œufs ; puis ils avaient pénétré chez lui vers 4 h. 1/2 de l’après-midi pendant qu’il était à la chasse. Ils l’avaient assommé, bâillonné, étouffé, puis ils avaient défoncé le coffre-fort. Ils avaient changé de vêtement et avaient abandonné le pardessus que portait le plus petit des deux.
Les deux assassins avaient rôdé dans le pays avant le crime. Mme Mache les avait vus le 1er novembre vers 10 heures ; ils étaient cachés derrière la baraque du cantonnier, à 200 mètres de la maison du crime.
La police mobile suppose que le plus petit des deux assassins est un individu d’une trentaine d’années qui au début de 1924 fut employé chez M. Ibert, cultivateur gendre et voisin de M. Pierre.
Ces deux individus qu’on n’a pas retrouvés furent aperçus les 31 octobre et 1er novembre par plusieurs personnes dans la région entre le Neubourg et Evreux, du côté de Houetteville, Bérengeville et près du hameau de Branville, dépendant de Caugé.

A Brosville
La justice a reçu ces jours-ci le témoignage intéressant d’un jeune homme travaillant au Neubourg.
Pierre Lenfant, 16 ans, boulanger chez M. Lefebvre, se souvient fort bien avoir vu dans l’après-midi du 31 octobre, vers 15 heures, alors qu’il était occupé à labourer dans un champ appartenant à ses parents et situé en bordure de la route de Bérengeville à Brosville, deux individus inconnus dont l’un pouvait avoir 20 à 25 ans : l’autre plus petit, se signalait surtout à l’attention par son regard méchant.
Une demi-heure après ils furent aperçus sur un autre chemin, passant à 1.500 mètres de là ; ils paraissaient alors se diriger sur Bérengeville.
Le jeune enfant se montre très affirmatif quant au signalement de ces rôdeurs et il les reconnaîtrait parfaitement s’il se trouvait devant eux.
Un autre fait a été communiqué aux enquêteurs.
Vers la fin d’octobre ou le début de novembre, comme elle revenait un soir, d’Evreux, Mme Vignon, demeurant au hameau des Collets, à Brosville, voulut prendre un raccourci bien connu des habitants pour rentrer chez elle, le pneu arrière de sa bicyclette étant crevé.
Elle était engagée environ à moitié dans ce chemin quand elle aperçut, au clair de lune, deux individus grimpés dans un pommier près de la sente qu’elle suivait.
Comme elle arrivait à leur hauteur, ces deux noctambules auraient parlé à voix basse et l’un d’eux menaçant, se serait écrié : « C’est le moment ».
Que voulait-il dire ?
Mme Vignon rebroussa chemin, enfourcha sa bicyclette et elle affirme que l’un des deux hommes se mit à sa poursuite, sans d’ailleurs pouvoir la rejoindre.

A Houetteville et Bérengeville
Le mercredi 29 octobre, Mme Lariche cultivatrice à Platemare, hameau de Houetteville, a vu deux hommes répondant au signalement indiqué, se diriger vers Les Collets, hameau de Brosville qui, l’apercevant, sont entrés dans le bois Lancelin, situé en bordure de la route de Houetteville à Bérengeville-la-Campagne.
Le lendemain, jeudi 30, vers 4 heures de l’après-midi, M. Maxime Boucher, cultivateur à Bérengeville, et Mme Ferdinand Bavent, revoient les deux hommes se diriger vers Brosville.
Un autre témoignage confirme les deux premiers. M. Pierre Lenfant, cultivateur à Brosville, retrouve les deux mêmes individus, vers 4 h. 1/4, dans la plaine des Collets, à deux kilomètres de Bérengeville. Et il ajoute : « Je les reconnaîtrais, tant ils m’ont paru suspects ».
Nous entendons M. Louis Morin, journalier à Bérengeville la campagne, dont le témoignage est d’une importance capitale et dont les renseignements sont précis et affirmatifs.
Les deux malandrins, déclare M. Morin, sont passés à Bérengeville le vendredi 31 octobre, veille de la Toussaint, vers 2 h. 15 du soir, paraissant venir du hameau du Mesnil-Péan (commune de Bérengeville), ou de Quittebeuf, par un chemin rural peu fréquenté. Ils sont passés à environ 5 mètres de moi, au lieudit la Tourelle-Blanche, où je travaillais à tondre des haies. Ils se dirigeaient vers les Collets, hameau de Brosville.
Le plus petit – 1 m. 58 ou 1 m. 60 avait un pantalon et un veston noirs. Il était coiffé d’un chapeau plat sur le dessus avec bords relevés. Il avait un par-dessus gris foncé sur le bras.
Le plus grand 1 m. 65 environ avait également un paletot et un pantalon noirs, un chapeau dont le derrière était relevé, pincé au milieu, mais dont le devant était rabattu sur les yeux. Il portait une chemise rouge écarlate, très visible, car son veston très étroit, était ouvert.
Le petit avait son paletot complètement boutonné.
Le grand avait un visage coloré, peu ou pas de moustaches, et portait environ 32 ans.
Le petit semblait plus vieux.
Ils portaient des bottines ou des chaussures légères.
Tous les deux, ajoute M. Morin, avaient l’aspect de véritables bandits, et j’en fis la remarque à M. de Trébons, mon patron. Si j’étais mis en leur présence, conclut M. Morin, je déclare pouvoir les reconnaître.
« Ce même jour, le témoin Maxime Boucher, qui les avait vus à 4 h. du soir, la veille, les revoient à la même heure, revenant cette fois-ci sur Bérengeville, mais comme il se trouvait à environ 200 mètres d’eux, il ne peut donner sur les deux malandrins que des renseignements vagues ». A 4 h. 45, dit M. Morin, ils repassèrent devant moi et, cette fois-ci, tous deux prirent la direction de Bacquepuis. Cette fois- ci le plus petit avait mis son pardessus et le grand avait boutonné son paletot, car il commençait à pleuvoir.

18 octobre 1925 – p. 1 – L’Ouest-Éclair

LES ASSASSINS du père de l’ingénieur Pierre

EVREUX, 17 octobre. On se rappelle que le 7 novembre de l’année dernière, M. Pierre, père de l’ingénieur dont il fut question dans l’affaire Cadiou, rentrant chez lui au hameau de Branville, en Caugé, fut ligoté, assommé et étouffé par des bandits qui après avoir assassiné le vieillard, pillèrent le coffre-fort.
Les criminels étaient demeurés inconnus ; or, l’un des bandits polonais incarcéré à la Santé à Paris, vient de faire cette déclaration :
« Nous avons opéré avec un acolyte chez un vieillard, dans les environs d’Evreux : comme il appelait au secours, nous l’avons bâillonné et ensuite assommé à coups de talons de souliers. »
Une enquête est ouverte pour vérifier ces révélations.

24 juillet 1926 – p. 1 – Journal d’Evreux

L’ASSASSINAT de CAUGE

Les polonais Vladeck et Mordak ont bien tué le père Pierre
Nos lecteurs ont gardé le souvenir de l’assassinat de M. Pierre, un rentier demeurant à Caugé, hameau de Branville, qui le 2 novembre 1924 fut assailli chez lui par deux bandits, puis ligoté, bâillonné et finalement assommé.
Les assassins mangèrent une omelette d’une vingtaine d’œufs, puis à l’aide d’une perceuse à main trouvée dans la maison et appartenant au fils de M. Pierre qui est ingénieur, ils parvinrent à percer le coffre-fort dans lequel ils prirent une somme qu’on supposa être de quelques milliers de francs.
L’enquête avait permis d’établir la présence aux environs de la demeure de M. Pierre qui est isolée, quoique voisine de la ferme de son gendre, de deux rôdeurs qu’on supposa être deux polonais appartenant à la bande de Vladeck qui commettait à ce moment des crimes sur tous les points de la France. On ne se trompait pas, car à la suite de l’arrestation de la plupart des malfaiteurs ayant fait partie de la bande Vladeck, deux d’entre eux, les nommés Myrc et Gogolowsky mangèrent le morceau et dénoncèrent les crimes auxquels ils avaient participé aussi bien que ceux commis par Vladek – qui a 14 ou 15 assassinats sur la conscience et son lieutenant Morda dit Valérian, mort depuis en prison.
Les renseignements qu’ils fournirent sur un crime commis en Normandie par Vladeck et Mordak qui leur avaient fait des confidences, permirent de supposer qu’il s’agissait de l’assassinat du père Pierre et l’autre jour M. Solasol, commissaire de la brigade mobile de Rouen, est allé les interroger à la prison de Fresnes.
Ils ont donné à M. Solasol des détails très précis sur les conditions dans lesquels Vladek et Mordak avaient opéré et il y a une concordance absolue avec les constatations faites par le Parquet sur les circonstances probables du crime. Les deux bandits avaient, paraît-il, trouvé 4 000 fr. dans le coffre-fort et Vladeck dont le pantalon était tâché de sang, l’avait remplacé par un autre pris avec une casquette dans la garde-robe de M. Pierre.
Aucun doute ne pouvait subsister sur la culpabilité de Vladeck dans l’assassinat du père Pierre et M. Solasol fut autorisé à voir le bandit dans sa cellule. Le misérable qui se vante avec un cynisme déconcertant de ses crimes et a déclaré qu’il tuait sans hésiter lorsqu’il pensait que cela pouvait lui rapporter, ne voulut rien dire à M. Solasol et aux questions que celui-ci lui posait, il se contenta de répondre : « Prouvez-le ! » Le bandit étant très dangereux, il ne sera pas amené à Evreux et l’instruction de l’assassinat de M. Pierre sera jointe aux autres crimes reprochés à Vladeck y compris l’assasinat de la cultivatrice de Verneuil, Mme Curtis.

24 juillet 1926 – p. 2 – Le Petit Parisien

ENCORE UN CRIME DE LA BANDE DES POLONAIS
LE PÈRE DE L’INGÉNIEUR PIERRE ASSASSINÉ A CAUGÉ EN 1924 A ÉTÉ TUÉ PAR LE BANDIT MORDA ET SON CHEF WLADIMIR WLADEK

Deux des Polonais détenus à la Santé ont rapporté le récit que Wladek leur fit du crime, commis avec une sauvagerie inouïe

WLADEK NIE TOUTE PARTICIPATION AU DRAME
Rouen, 23 juillet (d. Petit Parisien.)
Le 3 novembre 1924, on découvrait assassiné dans la cuisine d’une ferme isolée, qu’il habitait seul à Caugé, près de la route d’Evreux à Neubourg, un vieillard de soixante-treize ans, M. Ernest Pierre, père de l’ingénieur Pierre, qui fut naguère mêlé à l’affaire Cadiou.
Les assassins avaient ligoté leur victime et, après lui avoir enfoncé une serviette dans la bouche, lui avaient défoncé le crâne. Puis, sans plus s’occuper du vieillard, ils avaient crocheté et vidé le coffre- fort et s’étaient restaurés près de lui.
Des inspecteurs de la troisième brigade mobile acquirent récemment la certitude que les auteurs du crime étaient des Polonais. Ils eurent l’idée d’interroger certains membres de la fameuse bande des Polonais, en ce moment détenus à la Santé, au nombre d’une vingtaine, pour assassinats et cambriolages. Deux de ces prisonniers, Casimir Mric et Stanislas Gogolewski, révélèrent le récit que leur avaient fait, au retour d’une expédition à Verneuil-sur-Avre, où ils avaient tué Mme Curtisse, leurs compatriotes Wladimir Zinczuc, dit Wladek, vingt-six ans Morda, décédé depuis.
Wladek avait raconté à ses camarades en banditisme que Morda, avec une sauvagerie inouïe, avait, en s’arc-boutant à une table, défoncé à coups de talon le crâne de M. Pierre, après avoir assommé le vieillard d’un coup de pince-monseigneur. Morda et Wladek avaient ensuite mangé et bu auprès de leur victime et le vol leur avait rapporté 4.000 francs environ. Ces détails correspondent exactement aux circonstances du crime de Caugé.
Wladek, on le sait, a été arrêté il y a quelques mois à Bruxelles où il avait commis vingt-cinq cambriolages. Il était le chef redouté de la bande dite des Polonais, et n’avait pas hésité à se débarrasser, en les découpant en morceaux, de deux de ses complices, sur la fidélité desquels il avait des doutes. Il est également l’auteur de l’assassinat des vigiles de Versailles et de l’attentat contre les gendarmes de Fismes. On lui impute dix-sept assassinats et deux cents cambriolages.
Wladek, actuellement écroué à la Santé, nie tous ces crimes, y compris l’assassinat de M. Pierre.

24 juillet 1926 – p. 2 – La Dépêche de Brest

UNE VIEILLE AFFAIRE
L’un des assassins du père de l’ingénieur Pierre serait sous les verrous

Rouen, 23. Tient-on l’auteur du mystérieux assassinat du père de l’ingénieur Pierre Nous avons longuement parlé de ce crime, en son temps. Rappelons les faits.
Le 3 novembre 1924, on découvrait à Caugé, près d’Evreux, dans sa cuisine, les membres ligotés, le crâne défoncé et une serviette enfoncée dans la bouche, un vieillard de 73 ans, Ernest Pierre, père de l’ingénieur Pierre, qui fut mêlé à l’affaire Cadiou.
M. Ernest Pierre habitait seul une ferme assez isolée, à 200 mètres de la route d’Evreux à Neubourg. Ses assassins qui avaient forcé son coffre-fort, fouillé toute la maison et, le plus tranquillement du monde, mangé près de son cadavre, restèrent introuvables. Mais les inspecteurs de la 3° brigade mobile eurent rapidement l’impression que cet assassinat était l’œuvre de Polonais. Leur patience à continuer l’enquête vient de tirer, enfin, au clair, après deux ans, cette tragique affaire.
Parmi la vingtaine de Polonais qui sont, en ce moment, écroués à la Santé, auteurs de divers assassinats et cambriolages, deux prévenus, Casimir Mryc, 32 ans, et Stanislas Gogolewski, 22 ans, rapportèrent, au cours d’un interrogatoire, le récit d’un crime qu’au retour d’une expédition à Verneuil-sur-Havre, où ils avaient tué et dévalisé une fermière, Mme Curtisse, leur avait fait Vladimir Zinczuk, 26 ans, et Morda, décédé depuis.
Vladimir Zinszuk, qui est actuellement à la Santé, est l’auteur de 17 assassinats et 200 cambriolages. Il fut arrêté à Bruxelles, il y a quelques mois, où il avait commis 25 cambriolages. L’assassinat de la route d’Evreux, que, dans le train, racontait en riant Vladimir Zinszuk, correspondant exactement, dans ses détails, à celui dont fut victime M. Ernest Pierre.
Zinczuk, interrogé, nie tout ce que l’on lui reproche. (Le Matin)

24 juillet 1926 – p. 1 – Le Matin

UNE VIEILLE AFFAIRE
L’un des assassins du père de l’ingénieur Pierre serait sous les verrous
[DE NOTRE CORRESPONDANT PARTICULIER]

ROUEN, 23 juillet. Par télégramme. Tient-on l’auteur du mystérieux assassinat du père de l’ingénieur Pierre. Nous avons longuement parlé de ce crime en son temps. Rappelons les faits le 3 novembre 1924, on découvrait, à Cauge, près d’Evreux, dans sa cuisine, les membres ligotés, le crâne défoncé et une serviette enfoncée dans la bouche, un vieillard de 73 ans, Ernest Pierre, père de l’ingénieur Pierre qui fut mêlé à l’affaire Cadiou.
M. Ernest Pierre habitait seul une ferme assez isolée, à 200 mètres de la route d’Evreux au Neubourg. Ses assassins, qui avaient forcé son coffre-fort, fouillé toute la maison, et le plus tranquillement du monde mangé près de son cadavre, restèrent introuvables, mais les inspecteurs de se brigade mobile eurent rapidement l’impression que cet assassinat était l’œuvre de Polonais. Leur patience à continuer l’enquête vient de tirer enfin au clair, après deux ans, cette tragique affaire. Parmi la vingtaine de Polonais qui sont en ce moment écroués à la Santé, auteurs de divers assassinats et cambriolages, deux prévenus, Casimir Mryc, 32 ans, et Stanislas Gogolewski, 22 ans, rapportèrent, au cours d’un interrogatoire, le récit d’un crime, qu’au retour d’une expédition à Verneuil-sur-Havre où ils avaient tué et dévalisé une fermière, Mme Curtiss, leur avait fait Vladimir Zinczuk, 26 ans, et Morda, décédé depuis.
Vladimir Zinczuk, qui est actuellement à la Santé, est l’auteur de 17 assassinats et 200 cambriolages. Il fut arrêté à Bruxelles il y a quelques mois, où il avait commis 25 cambriolages. C’est un individu des plus dangereux qui, chef redouté même de sa bande, n’avait pas hésité à se débarrasser de deux complices sur la fidélité desquels il avait des doutes.
Ce crime que, dans le train, racontait en riant Vladimir Zinczuk, correspond exactement dans ses détails à celui de Cauge. Avec une sauvagerie inouïe, Morda avait défoncé à coups de talon en s’appuyant sur une table, le crâne de M. Ernest Pierre, tout d’abord assommé d’un coup de pince- monseigneur.
Morda et Zinczuk avaient mangé ensuite vingt-quatre œufs et du beurre et bu beaucoup de vin. Le vol leur avait rapporté 4.000 francs environ.
Zinczuk est l’auteur de l’assassinat des vigiles de Versailles et de l’attentat contre les gendarmes de Fismes. Il nie tout ce qu’on lui reproche.

25 juillet 1926 – p. 2 – Le Matin

Photographie de presse, Le Matin (juillet 1926) : portrait de Vladimir Zinczuk, dit Walde
Vladimir Zinczuk

LE MYSTÉRIEUX ASSASSINAT DU PÈRE DE L’INGÉNIEUR PIERRE
Le Polonais Vladimir Zinczuk dit « Walde », détenu à la Santé, assassin et cambrioleur endurci, chef de bande redouté, que l’on soupçonne d’avoir le 3 novembre 1924, à Cauge, près d’Evreux, tué sauvagement M. Ernest Pierre, qui fut mêlé à l’affaire Cadiou.

25 juillet 1926 – p. 2 – Le Nouvelliste de Bretagne

Le père de l’ingénieur Pierre aurait été assassiné par des bandits polonais

Rouen, 24 juillet. Le 3 novembre 1924, on découvrait assassiné dans la cuisine d’une ferme isolée, qu’il habitait seul à Caugé, près de la route d’Evreux, à Neubourg, un vieillard de 78 ans, M. Ernest Pierre, père de l’ingénieur Pierre, qui fut mêlé à l’affaire Cadiou,
Les assassins avaient ligoté leur victime et, après lui avoir enfoncé une serviette dans la bouche, lui avaient défoncé le crâne. Puis, sans plus s’occuper du vieillard, ils avaient crocheté et vidé le coffre-fort et s’étaient restaurés près de lui.
Des inspecteurs de la troisième brigade mobile acquirent récemment la certitude que les auteurs de crime étaient des Polonais. Ils eurent l’idée d’interroger certains membres de la fameuse bande des Polonais, en ce moment détenus à la Santé, au nombre d’une vingtaine, pour assassinats et cambriolages. Deux de ces prisonniers, Casimir Mric et Stanislas Gogolewski, révélèrent le récit que leur avaient fait, au retour d’une expédition à Verneuil-sur-Avre, où ils avalent tué Mme Curtis, leurs compatriotes Wladimir Zinczuk, dit Wladek, 26 ans, et Morda, décédé depuis.
Wladek avait raconté à ses camarades en banditisme que Morda, avec une sauvagerie inouïe avait en s’arc-boutant à une table, défoncé à coups de talon le crâne de M. Pierre, après avoir assommé le vieillard d’un coup de pince-monseigneur. Morda et Wladek avaient ensuite mangé et bu auprès de leur victime et leur vol leur avait rapporté 4.000 francs environ. Ces details correspondent exactement aux circonstances du crime de Caugé.
Wladek a été arrêté il y a quelques mois à Bruxelles où il avait commis vingt-cinq cambriolages. Il était le chef redouté de la bande dite des Polonais, et n’avait pas hésité à se débarrasser, en les découpant en morceaux, de deux de ses complices sur la fidélité desquels il avait des doutes. Il est également l’auteur de l’assassinat des vigiles de Versailles et de l’attentat contre les gendarmes de Fismes. On lui impute dix-sept assassinats et deux cents cambriolages.
Wladek, actuellement écroué à la Santé, nie tous ces crimes, y compris l’assassinat de M. Pierre

25 septembre 1926 – p. 2 – Journal d’Evreux

Caugé. L’assassinat de M. Pierre. Nos lecteurs se souviennent que Wladeck et un des polonais de sa bande ont été inculpés de l’assassinat de M. Pierre, demeurant à Caugé, hameau de Branville.
M. Le Roy vient de transmettre le dossier de l’affaire à M. Lacomblez, juge d’instruction au parquet de la Seine qui est chargé d’instruire les nombreux crimes commis par les bandits polonais.

5 février 1927 – p.1 – Journal d’Evreux

Caugé. On cambriole la maison de M. Pierre et une autre. Trois arrestations.

Nos lecteurs se souviennent qu’en novembre 1924, M. Pierre rentier à Caugé, hameau de Branville, de la demeure était proche de la ferme de son gendre, M. Ibert, était trouvé assassiné et l’arrestation des bandits polonais a permis d’établir que les auteurs du crime étaient trois des polonais faisant partie de la bande Wladeck.
Ce sont les aveux de l’un d’eux mort depuis en prison qui ont permis de mettre ce crime à la charge des bandits polonais qui vont passer en assises, mais ne seront pas poursuivis pour cette affaire en raison de la mort de celui qui a fait des aveux. En effet, ceux-ci n’ont pas été recueillis par le juge d’instruction, c’est-à-dire dans les formes légales. Les misérables ont assez de crimes sur la conscience et un de plus ou de moins ne changera pas leur situation devant le jury.
Depuis la mort du père Pierre, sa demeure est restée inhabitée et elle contient encore une partie des vêtements et du mobilier du vieillard. Comme elle est un peu isolée, elle devait tenter des maraudeurs de passage en quête d’un mauvais coup et c’est ce qui s’est produit.
L’autre jour, deux employés de M. Ibert, MM. Fernand Lecoq et Marcel Dingreville, étaient allés dans la cour de M. Pierre chercher une échelle afin de leur permettre de ramoner une cheminée. En revenant à la ferme, ils rencontrèrent trois individus étrangers au pays et dont l’allure indiquait qu’ils semblaient en quête d’un mauvais coup. Après avoir déjeuné et fait leur travail, les deux hommes reportèrent l’échelle sous la charreterie de la propriété Pierre. Ils s’aperçurent alors qu’on avait cambriolé pour la seconde fois en 2 ans la maison. Les portes de l’atelier et de la cave avaient été forcées et un volet d’une fenêtre démoli.
Ils prévinrent M. Ibert qui, étant arrivé, constata que tout le linge d’une armoire avait été bouleversé, mais qu’il n’avait pas dû être pris grand-chose. Les cambrioleurs, très certainement les mêmes rôdeurs vus à midi par le charretier, M. Lecoq, étaient déterminés à tout, puisqu’un fusil avait été placé près d’une fenêtre pour être sans doute utilisé si quelqu’un les avait dérangés.
M. Ibert ayant prévenu les gendarmes de Tournedos-Bois Hubert, ceux-ci vinrent le lendemain faire une enquête et dans l’auto du propriétaire de la ferme de Branville, ils se livrèrent à des recherches dans les campagnes environnantes.
Vers 11 h., M. Marcelin Couture, cultivateur à Claville, hameau de Bosc Roger, leur fit connaître que trois individus qui ne pouvaient être autres que ceux qu’ils recherchaient, avaient passé la nuit dans une propriété inhabitée située à peu de distance de sa maison. Ils avaient arraché les cadenas des portes, mangé une quarantaine de pommes dont les trognons gisaient de tous côtés et ils avaient laissé des souvenirs malodorants de leur séjour. A l’intérieur, près de la porte, ils avaient laissé en s’en allant une barre de fer, une serpe et deux marteaux dont ils se seraient certainement servis pour assommer ceux qui seraient venus les déranger.
Ils semblaient même désirer qu’on vint savoir ce qu’ils faisaient là, car M. Couture avait à plusieurs reprises entendu des coups sourds provenant de la maison et il remarqua que c’était sur le bois d’un lit qu’ils cognaient. Ce tapage n’avait aucune raison d’être, sauf celle d’attirer M. Couture dans un guet-apens, mais il était sagement resté enfermé chez lui.
Les malfaiteurs ne devaient pas être loin et grâce à l’auto de M. Ibert, les gendarmes les rejoignirent en effet au hameau de la Forêt et leur mirent la main au collet sans éprouver de résistance de leur part. Ils déclarèrent se nommer Alphonse Dupré, né au Havre, 24 ans, ouvrier fumiste, Jean Viollet, 26 ans, ouvrier menuisier, originaire de Saône-et-Loire et Léon Drange, 23 ans, chaudronnier en cuivre, originaire de la Manche. Tous trois venaient de Paris où ils avaient été débauchés et ils s’étaient mis sur le trimard avec l’espoir de commettre un méfait pouvant leur rapporter de l’argent.
Si le chômage augmentait, on verrait de plus en plus d’individus de ce genre rôder dans les campagnes.
Le trio de maraudeurs qui n’ont en somme pas volé grand-chose et avaient à eux trois un peu plus de 20 sous est à la prison d’Evreux qui s’encombre actuellement.

22 octobre 1927 – p. 1 – Journal d’Evreux

L’ASSASSINAT de Mme Curtis, à Verneuil

Nous avons parlé à plusieurs reprises de la bande de polonais qui commit de nombreux crimes en France de 1923 à 1925, sous le commandement de Wladek.
L’instruction est faite par le parquet de Versailles ; elle est fort longue, car elle concerne 10 assassinats et 90 cambriolages.
L’un des bandits, Louis Brozda, qui prit part à l’assassinat de Mme Curtis, cultivatrice à Chavigny près de Verneuil-sur-Avre (Eure) et qui dut connaitre l’assassinat du père de l’ingénieur Pierre à Caugé près Evreux, a comparu le 12 octobre devant les assises de Berlin.
Défendu par l’avocat Otto Landsberg, ancien ministre d’Allemagne à Bruxelles, le bandit a été condamné à 5 ans et 3 mois de travaux forcés. Le procureur avait requis treize ans de la même peine.

30 novembre 1927 – p. 1 – Excelsior

LE BANDIT POLONAIS ZINCZUK A-T-IL FAIT DES RÉVÉLATIONS ?
Où il est question de crimes restés impunis.

Au cours de l’instruction, les bandits polonais s’étaient dénoncés les uns les autres. Certaines accusations furent confirmées par les enquêtes. D’autres sont restées sans résultat. C’est ainsi que Gogolewski et Szkopowiez dénoncèrent Zinczuk comme l’assassin de M. Armand Dutfoy, tué dans la nuit du 12 au 13 avril 1924 dans le train de Versailles, de l’homme coupé en morceaux, dont les restes furent trouvés aux abords du canal Saint-Martin, et enfin de M. Ernest Pierre, père de l’ingénieur Louis Pierre, dont il fut question dans l’affaire Cadiou. M. Ernest Pierre fut trouvé mort, ligoté et bâillonné dans sa demeure, à Caugé (Eure), le 2 novembre 1924.
Avant la fin de l’instruction, Zinczuk rendit la politesse à ses dénonciateurs en les accusant à son tour d’être les auteurs de ces mêmes crimes. Dans un cas comme dans l’autre, l’enquête ne donna aucun résultat.
Zinczuk a-t-il fait de nouvelles révélations ou donné des détails plus précis sur les anciennes ? Le procureur général Scherdlin n’a, jusqu’à cette heure, reçu aucune communication de Zinczuk et Me Marcel Kahn, qui défendit Zinczuk, a déclaré que son client ne lui avait pas encore fait part de ses intentions à ce sujet.

30 novembre 1927 – p. 2 – Le Matin

LES BANDITS POLONAIS

Zinczuck va-t-il rééditer contre Skopowicz et Gogolewski les accusations concernant deux crimes commis en 1924 et qui firent déjà l’objet d’une enquête ?

Le bruit a couru que Zinczuck, dit Wladeck, chef des bandits polonais, condamné à mort par les assises de la Seine, allait écrire au procureur général pour mettre au compte de ses complices Skopowicz et Gogolewski deux assassinats, celui de l’homme coupé en morceaux, dont les tronçons, sauf la tête, furent découverts le 19 décembre 1924 près du canal Saint-Martin, et celui de l’ingénieur Dutfoy, tué d’un coup de poinçon, le 12 août 1924, dans le train de Versailles.
La lettre, si elle a été écrite n’était point parvenue hier au Palais Justice. En tout cas, il ne s’agit pas d’accusations nouvelles. Au cours de l’instruction, M. Lacomblez, nous l’avons annoncé à l’époque, avait chargé la police judiciaire et la Sûreté générale de rechercher si les Polonais n’avaient pas trempé dans ces deux crimes. Zinczuck, Skopowicz et Gogolewski furent interrogés longuement et confrontés. Aucune charge précise ne put être recueillie contre eux à cette époque.
Zinczuck, de son côté, avait été accusé par Gogolewski et Skopowicz d’avoir participé à l’assassinat de M. Ernest Pierre, 73 ans, conseiller municipal de Caugé (Eure), père de l’ingénieur Pierre, innocenté dans l’affaire Cadiou.
M. Ernest Pierre avait été attaqué chez lui le 2 novembre 1924, ligoté, baillonné et assommé. Là encore, l’enquête ne permit pas de porter le crime à l’actif de Zinczuck.
Celui qui accuserait ses complices de plusieurs autres forfaits encore va-t-il écrire la lettre annoncée ? Et, en ce cas, fournira-t-il des précisions vérifiables, ou veut-il simplement retarder l’heure du fatal règlement de comptes ?

30 novembre 1927 – p. 3 – L’Œuvre

Zinczuk parlera-t-il ?

Lors de l’instruction menée par M. Lacomblez sur les crimes des bandits polonais, Gogolewski et Skopowicz avaient accusé Zinczuk de trois assassinats. Tout d’abord le crime du canal St-Martin, sur les berges duquel fut trouvé, le 19 décembre 1924, un paquet contenant un tronc humain. Les membres furent, par la suite, retrouvés quai de Jemmapes. Puis l’assassinat de l’ingénieur Armand Dutfoy, tué d’un coup de poinçon à la poitrine, durant la nuit du 12 au 13 août 1924, dans le train de Paris – Montparnasse à Versailles – Rive gauche. Enfin l’assassinat de M. Ernest Pierre, père de l’ingénieur Louis Pierre, dont il fut question dans l’affaire Cadiou. M. Ernest Pierre fut trouvé étouffé, ligoté et assommé, dans sa demeure à Caugé (Eure), le 2 novembre 1924.
En dépit de toutes les recherches, M. Lacomblez ne put trouver aucune trace de l’intervention du bandit dans ces crimes.
A l’issue de l’information, Zinczuk, retournant les rôles, écrivit au procureur de la République pour dénoncer comme étant les auteurs des deux premiers crimes ses propres accusateurs : Gogolewski et Skopowicz. L’instruction était close et il ne fut pas tenu compte de cette dénonciation qui apparut comme une simple manœuvre.
Depuis cette lettre, Zinczuk, contrairement à ce qui a été dit, n’a saisi le Parquet d’aucune dénonciation nouvelle. Se décidera-t-il maintenant qu’il est condamné à mort à donner des précisions qui permettront d’ouvrir une nouvelle enquête ? C’est ce que l’on saura bientôt.

30 novembre 1927 – p. 1 – Excelsior

LE BANDIT POLONAIS ZINCZUK A-T-IL FAIT DES RÉVÉLATIONS ?

Où il est question de crimes restés impunis.

Au cours de l’instruction, les bandits polonais s’étaient dénoncés les uns les autres. Certaines accusations furent confirmées par les enquêtes. D’autres sont restées sans résultat. C’est ainsi que Gogolewski et Szkopowicz dénoncèrent Zinczuk comme l’assassin de M. Armand Dutfoy, tué dans la nuit du 12 au 13 avril 1924 dans le train de Versailles, de l’homme coupé en morceaux, dont les restes furent trouvés aux abords du canal Saint-Martin, et enfin de M. Ernest Pierre, père de l’ingénieur Louis Pierre, dont il fut question dans l’affaire Cadiou. M. Ernest Pierre fut trouvé mort, ligoté et bâillonné dans sa demeure, à Caugé (Eure), le 2 novembre 1924.
Avant la fin de l’instruction, Zinczuk rendit la politesse à ses dénonciateurs en les accusant à son tour d’être les auteurs de ces mêmes crimes. Dans un cas comme dans l’autre l’enquête ne donna aucun résultat.
Zinczuk a-t-il fait de nouvelles révélations ou donné des détails plus précis sur les anciennes ? Le procureur général Scherdlin n’a, jusqu’à cette heure, reçu aucune communication de Zinczuk et Me Marcel Kahn, qui défendit Zinczuk, a déclaré que son client ne lui avait pas encore fait part de ses intentions à ce sujet.