PIERRE Louis
PIERRE Louis Désiré (1882-1945)
Profession : ingénieur chimiste, directeur technique de l’usine de la Grande-Palud
Lien avec l’affaire : accusé du meurtre de Louis CADIOU
Rôle dans l’affaire
Principal suspect en raison des désaccords qui l’opposent à la victime, des désignations directes de la famille Cadiou et des témoignages en faisant la dernière personne à l’avoir vu vivant.
Son arrestation survient le 4 février 1914, le jour même de la découverte du corps de Louis CADIOU. S’ensuivra une incarcération pendant 110 jours à la prison du Bouguen à Brest.
Inculpé dans une instruction complexe et contestable, il est finalement remis en liberté provisoire en mai 1914 avant de bénéficier d’un non-lieu définitif en 1919.
Sources : BnF Gallica, Archives départementales de l’Eure, Archives de Paris, Ville d’Anglet et Centre d’Archives de Terre Blanche (Peugeot).
Le premier portrait de l’ingénieur Pierre paraît le 7 février 1914 dans trois grands quotidiens parisiens. Deux semaines plus tard, le 21 février, la presse l’immortalise à la sortie du tribunal aux côtés de son avocat. Après 110 jours de détention, son image refait la une le 27 mai : il y apparaît barbu lors de sa libération. La presse lui consacrera une ultime fois sa couverture à l’ouverture de son procès.







Table des matières
ToggleLa première vie de Louis PIERRE (1882–1919)
Louis Désiré PIERRE naît le 4 octobre 1882 à Caugé (Eure) au sein d’une famille de riches cultivateurs. À l’âge de 12 ans, il entre au collège Saint-François-de-Sales à Évreux où il décroche son baccalauréat. Il poursuit ses études à l’école libre Sainte-Geneviève, puis intègre l’École Centrale de Paris, dont il sort diplômé ingénieur (promotion 1907).
À partir de mars 1909, il assure la responsabilité effective de l’usine de la Grande-Palud en qualité de directeur technique.
Les 3, 16 et 23 juin 1913, Louis PIERRE adresse plusieurs courriers dans lesquels il dénonce les malfaçons affectant la production de l’usine. Ses révélations déclenchent une enquête administrative qui aboutit, en décembre 1913, à l’exclusion de l’établissement de la liste des fournisseurs de l’armée. Il justifie sa démarche par le devoir patriotique, estimant que la fidélité à la nation prévaut sur la loyauté envers son employeur, tout en reconnaissant par la suite avoir également cherché à se prémunir de toute responsabilité personnelle.
Arrêté le 4 février 1914, jour de la découverte du corps de Louis Cadiou, il passe 110 jours en détention préventive.
Réformé de classe 2 en 1903 pour forte myopie, il est de nouveau ajourné lors de la mobilisation générale du 2 août 1914. Déterminé à servir, il se présente successivement dans d’autres bureaux de recrutement, à Paris puis en province, mais essuie de nouveaux refus. En octobre, les critères médicaux d’aptitude s’étant assouplis, il parvient enfin à s’engager comme volontaire le 13 octobre 1914. Affecté au service automobile de l’artillerie au sein du 13ᵉ régiment d’artillerie, il est ensuite versé, le 1ᵉʳ juin 1916, au service auxiliaire du 20ᵉ escadron du train des équipages, avant d’être démobilisé le 8 mars 1919.
Stationné à Paris durant toute la durée du conflit, il y épouse, le 16 septembre 1916, Julia Pauline JUZEAU (1889-1940), son ancienne employée de maison à la Grande-Palud. Le couple aura deux enfants : André, né en 1917, et Yvonne, née en 1920.
La seconde vie professionnelle de l’ingénieur Louis PIERRE (1919–1942)
Après les dramatiques événements de l’affaire Cadiou en 1914 et l’épreuve du procès en 1919, l’ingénieur Louis PIERRE prend un nouveau départ professionnel loin du Finistère. Formé à la prestigieuse École Centrale de Paris (promotion 1907), cet homme d’un « modeste effacement » reconstruit méthodiquement sa carrière dans l’industrie mécanique et automobile, terminant son parcours comme cadre d’élite au sein de la Société des Automobiles Peugeot.
De la reconstruction personnelle aux Automobiles Peugeot (1919 – 1924)
Louis PIERRE enchaîne plusieurs postes d’ingénieur en province et à Paris :
Mai 1919 – Février 1923 : Leplant & Cᵉ, 71 cours Tolstoï, Lyon (Rhône) – Manufacture de chaussures.
Février 1923 – Avril 1923 : Société anonyme Briqueterie Saint-Jacques, Ribécourt (Oise) – Usine de briques et tuiles en terre cuite.
Juillet 1923 – Octobre 1923 : Établissements Reginald, 4 rue Barye, Paris (XVIIᵉ) – Ingénierie et conseil technique.
Le 8 février 1924, âgé de 41 ans, il franchit les portes de la Société anonyme des Automobiles & Cycles Peugeot. Recruté initialement à un échelon modeste pour un diplômé de Centrale — au poste de dessinateur au Service des Études Nouvelles de l’usine de Levallois —, il démarre avec un salaire d’essai de 1 200 francs par mois. Il travaille au Service Aviation du constructeur, spécialisé dans la recherche, la conception et la fabrication de moteurs d’avions.
Une ascension vers les cadres « Hors Classement » (1928 – 1942)
Ses compétences techniques et sa rigueur lui permettent une progression régulière au cœur des services de recherche et développement du constructeur sochalien :
1928 : Il est promu Chef d’atelier des Études Mécaniques.
1929 : Il devient Ingénieur d’essais au centre d’essai d’Issy, puis de La Garenne.
1937 : Reconnaissant son rôle clé, la direction de Peugeot l’inscrit sur la liste très fermée des collaborateurs « Hors Classement » (HC). Ce statut d’exception soustrait les cadres supérieurs aux grilles collectives pour leur appliquer une rémunération individualisée.
À la fin des années 1930 et durant l’Occupation, il occupe les fonctions d’Ingénieur principal aux Essais à La Garenne, émargeant à plus de 4 100 francs par mois. Avec des revenus trois fois supérieurs au salaire moyen français de l’époque, Louis PIERRE mène alors la vie aisée des cadres d’expérience de la grande industrie parisienne, résidant successivement à Boulogne-sur-Seine et Colombes.
La retraite et l’hommage d’une grande entreprise (1942)
Le 30 septembre 1942, après plus de 18 ans au service de la marque au lion, Louis PIERRE fait valoir ses droits à la retraite.
À cette occasion, les notes internes rédigées par les directeurs de la société (notamment MM. Jordan et de Lavalette) témoignent d’une estime unanime :
« … une collaboration dont le modeste effacement cachait des connaissances excellentes et qui nous ont, à différentes reprises, été très utiles. »
En hommage à la qualité exceptionnelle de ses travaux, la direction d’Automobiles Peugeot décide de lui octroyer une allocation spéciale exceptionnelle (versée en complément de sa pension de prévoyance de 7 200 francs par an), saluant la carrière d’un technicien hors pair.
Retiré au calme à Anglet (Basses-Pyrénées) à proximité de son fils, Louis PIERRE s’éteint loin de l’effervescence médiatique qui avait entouré l’affaire CADIOU en Bretagne, laissant le souvenir d’un brillant ingénieur d’études dont la valeur technique fut pleinement reconnue par l’un des fleurons de l’industrie française. Il décède à Anglet le 15 décembre 1945.
Extraits du dossier de carrière des archives de la Société Peugeot
![Couverture du dossier individuel de Louis Désiré PIERRE aux Automobiles Peugeot — Portant la référence matricule n° 3.101, cette chemise administrative récapitule la fin de sa carrière active au 30 septembre 1942 (« à rayer [des effectifs] 30/9 42 ») ainsi que la mention manuscrite postérieure de son décès survenu « fin 1945 »](https://www.affairecadiou.fr/wp-content/uploads/2026/09/Societe-des-automobiles-et-cycles-Peugeot-01.avif)



Domiciles connus
8, rue Saint-Charles, Paris (15ᵉ)
6, passage du Marché-Saint-Martin, Paris (10ᵉ) (1916-1919)
1, rue Saint-Nicolas, Lyon (1919-1923)
10, avenue Daumesnil, Paris (12ᵉ) (1924)
123, avenue Victor-Hugo, Boulogne-sur-Seine
64, rue de l’Agriculture, Colombes (Seine)
55, rue de l’Industrie, Colombes (1936-1942)
Villa Flirteuse, route des Quatre-Cantons, Anglet (Basses-Pyrénées) (1942)
Maison Chic a Chic, route d’Alexandre, Anglet (Basses-Pyrénées) (1945)




























