Manchette du journal L'Illustration, édition de mai 1914

L’Illustration est un hebdomadaire national français, édité à Paris, qui paraît de 1843 à 1944.
Le journal a une ligne politique républicaine en opposition aux monarchistes.
Dès 1905, L’Illustration devient le premier magazine français, mais aussi du monde avec plus de 100 000 exemplaires.
Une seule page évoque l’affaire Cadiou avec l’une des rares photographies connues de la mère de l’ingénieur Pierre.

Source : Collection privée

30 mai 1914 - n°3718 - p. 484

LE MYSTERE DE LA GRANDE PALUD

Il nous faut bien, malgré notre peu de goût pour la chronique criminelle, consacrer au moins quelques gravures – trois portraits – à cette troublante affaire de la Grande Palud dont tous les quotidiens ont parlé si longuement et si diversement depuis cinq mois.
Il n’est pas un de nos lecteurs qui ne soit au courant des circonstances connues, nous pourrions dire : des circonstances extérieures, de ce drame demeuré en lui-même si absolument mystérieux : disparition, le 30 décembre, de M. Cadiou, le directeur de l’usine de coton à poudre de la Grande Palud, près de Landerneau ; découverte, quelques semaines après, et dans un bois voisin de l’usine, du cadavre de l’usinier, par le frère de la victime, sur les indications extraordinairement précises d’une somnambule ; arrestation, le jour même, de l’ingénieur technique de l’usine, M. Pierre ; témoignages de plusieurs ouvriers qui , le jour même de la disparition de l’industriel, avaient vu celui-ci se diriger en compagnie de son ingénieur, vers le bois où l’on devait découvrir le corps ; témoignages très affirmatifs de plusieurs autres témoins qui disent avoir rencontré et salué l’usinier Cadiou après le 30 décembre, hors de Landerneau et notamment à Morlaix ; interrogatoires interminables, jusqu’à ce jour infructueux, de l’ingénieur Pierre d’être mis en liberté après une détention de 110 jours.
Cette prison préventive de près de quatre mois a fortement impressionné l’opinion publique.
La décision du parquet de Brest à laquelle paraît ne point s’être associé de son plein gré le juge chargé de l’instruction, M. Bidard de la Noë, semble bien avoir été provoquée par le courant d’opinion qui est devenue de plus en plus favorable à l’ingénieur, à mesure que s’évanouissaient plusieurs des présomptions assez fragiles, qui avaient pu motiver l’arrestation de M. Pierre. L’instruction, d’ailleurs, n’est pas près d’être close. Les interrogatoires se poursuivent très serrés et le juge continue d’affirmer sa conviction dans la culpabilité de l’ingénieur en qui ses amis voient un innocent et qu’ils ont fêté, à sa sortie de prison, comme une victime.
L’ingénieur Pierre, un peu fatigué par sa longue incarcération, et que n’ont cessé de soutenir le dévouement confiant de sa mère et celui de son avocat, Me Feillard, reste, à Brest, à la disposition du parquet, et conserve, liberté, la calme et froide assurance dont il a fait preuve, détenu.