Détective
Titre : Détective
Article : La ville des trois mystères
Auteur : Marc Minerath
Nombre de pages : 2 pages (p. 3 et 4)
Publication : 1930
Source : Bibliothèques patrimoniales de Paris
Détective est un hebdomadaire français de faits divers créé aux éditions Gallimard en 1928 et comportant 16 pages. Le numéro 100 du 25 septembre 1930 consacre un article de 2 pages sur l’affaire Cadiou (1914), l’affaire Quéméneur (1923) et l’affaire Franck (1929).
Table des matières
ToggleLa ville des trois mystères - P. 3 et 4
Landerneau ! Un nom qui résonne de façon joyeuse et comique, on ne sait pourquoi. Peut-être parce qu’une coutume, qui ne semble pas née d’un effort excessif d’imagination, évoque « l’Opéra de Landerneau » comme le comble du burlesque ; peut-être aussi parce que cette même habitude consiste à dire « ça fera du bruit dans Landerneau », lorsqu’un remue-ménage quelconque se prépare. Landerneau n’est, dans le langage courant, qu’une grosse plaisanterie. Sur la géographie, c’est une ville de province. Dans les annales judiciaires, c’est un drame multiplié par le fatidique chiffre trois.
Trois meurtres retentissants ont rendu cette ville mystérieuse. Trois industriels – curieuse analogie – ont payé de leur vie cette tragique renommée. Un seul coupable a été découvert, et encore celui-ci, du fond du bagne, s’obstine à crier qu’il est innocent.
Landerneau ne se soucie plus de cela. Enfoncée dans une cuvette des Monts d’Arrée, elle évolue et repose au bord de ses vastes lagunes de vase que découvre le reflux : une Brière finistérienne.
L’Affaire Cadiou
– Pierre n’était pas coupable !
Le vieux Breton de Léon qui m’a dit cela a ajouté : « Inutile de chercher, on ne saura jamais. » J’ai vu dans son clair regard de Celte luire seize ans de réminiscences. Mais ce regard et cette affirmation ne m’ont rien appris, je l’avoue sans modestie : j’étais tout autant que lui persuadé que l’angoissant problème n’aura jamais de solution.
On se rappelle l’affaire :
Louis Cadiou, le directeur de l’usine de coton-poudre de la Grande-Palud, disparaissait mystérieusement, fin 1913. On s’émut, on soupçonna le drame, on fit des recherches dans les bois des environs, dans la lagune dont la vase pouvait être homicide, dans l’Elorn, la rivière qui à Landerneau aboutit dans l’eau salée.
On commençait à désespérer lorsque le plus douteux romanesque vint corser et éclaircir l’histoire : une cartomancienne de Nancy, Mme Hoffmann, eut une vision. Elle « vit » le cadavre du disparu et sa rude sépulture ; elle « vit » – au mètre près ! – l’endroit où la victime avait été enfouie. Le 4 février 1914, guidé par cette extraordinaire suggestion, le frère de Louis Cadiou découvrit le corps recherché dans un sous-bois proche de l’usine, enterré au ras du sol !
Accusé du meurtre, un jeune ingénieur, Louis Pierre, directeur technique de l’usine, fut arrêté et ne fut remis en liberté provisoire qu’après 3 mois d’incarcération. Pendant ce temps, les évènements les plus troubles, les témoignages les plus effarants compliquèrent la tâche des enquêteurs. Tel témoin affirmait sur l’honneur avoir rencontré Cadiou à Saint-Pol-de-Léon après la disparition du directeur de l’usine ; tel autre, non moins catégorique, prétendait lui avoir parlé le même jour à Morlaix, un autre à Landerneau, tout cela à une époque où, vraisemblablement, Cadiou devait déjà être mort.
Un tragique imbécile, Bossard, gardien de nuit à la Grande-Palud, faillit porter à Pierre, emprisonné, un coup fatal, en voulant le sauver. Enivré d’une stupide gloriole à la vue de sa photo dans un journal, Bossard crut que « c’était arrivé ». Dès lors, ce demi-illettré écrivit ses mémoires ! Il rédigea des notes dont il encombra les journaux. Il prétendit être partout et indispensable. Il se considéra mieux que comme l’auxiliaire de la justice : c’était le flambeau de la vérité ! Le pitoyable Tartuffe des landes s’embrouilla si bien qu’il fut arrêté le 24 avril 1914 sous l’inculpation d’assassinat et de recel de cadavre, rien que ça ! Ce fut l’effondrement de sa gloire. Il ne comprit pas, le public non plus, et la justice pas davantage peut-être…
Il fut relâché lorsqu’il eut avoué – ce qui fut reconnu – que toutes ses dépositions « c’étaient des blagues ». Trois semaines plus tard, Pierre était libéré à son tour ; il devait être jugé et acquitté par la suite.
Vint la guerre, le grand oubli. La mémoire du monde effaça le souvenir de ce qui n’était plus qu’une tragédie semblable à tant d’autres.
C’est ainsi que s’écrit l’histoire. Pas la véritable, l’autre, celle des formules imposées, car la vraie histoire est plus décevante et plus criminelle encore – et plus révoltante aussi. Écoutez plutôt :
L’usine de la Grande-Palud, celle qui fabriquait du coton-poudre pour l’artillerie navale française, est dirigée et exploitée par un groupe de financiers et d’ingénieurs allemands. Un scandale est sur le point d’éclater qui va révéler cette singulière anomalie. Pour le parer, on fait appel à Louis Cadiou qui donne son nom à la maison et celle-ci continue comme par le passé, à recevoir le plus large agrément du ministère de la Guerre. Elle est d’ailleurs couverte par des députés influents, des politiciens puissants, qui se chargent de faire oublier rue Saint-Dominique la nationalité réelle de l’établissement. Le résultat de cet étonnant concubinage de la politique, du commerce et du plus ténébreux carambouillage international ne se fait pas attendre. A Toulon, l’Iéna saute et fait 122 morts ; en septembre 1911, la Liberté explose et coûte 220 vies humaines. La Commission d’enquête est formelle : les poudres ont été sabotées et le coton provenait de la Grande-Palud !
On finit tout de même par s’émouvoir dans les sphères qualifiées ; c’est alors qu’on retire à Cadiou le droit de soumissionner pour la fourniture des cotons-poudre.
Mais le propriétaire factice de l’usine a des amis puissants qui jouissent d’un entregent redoutable. Ils font démarches sur démarches, harcèlent les pouvoirs compétents, menacent peut-être, qui sait ? C’est l’époque où M. Sarraut, sous-secrétaire d’État à la Guerre, obsédé par la ténacité des démarcheurs s’écrie : « je suis empoisonné par cette p…… d’affaire ! » Hélas ! les protecteurs de la grande-Palud se font si pressants que l’on doit céder, et voilà Cadiou, ou plutôt la direction occulte de l’usine, réadmise à présenter ses soumissions. D’où viendra la prochaine catastrophe ? Quel navire va sauter ?
A l’usine, on a remplacé l’ingénieur allemand Greiss par Louis Pierre, et c’est tout le drame vrai, connu, qui commence : le drame qui faillit coûter au nouvel ingénieur sa tête, ou pour le moins sa liberté.
Pierre s’aperçoit que des sabotages organisés et systématiques sont commis à la Grande-Palud. Il prend courageusement son parti : il dénonce les malfaçons et accuse Louis Cadiou. Le général Gaudin, directeur du Service des Poudres et Salpêtres, apporte un témoignage retentissant en déclarant que la dénonciation de Pierre est fondée.
Ce qui s’ensuit alors est de la plus atroce énigme, du feuilleton hallucinant transposé dans la vie.
Louis Cadiou chancelle, il va tomber, mais il décide de ne pas tomber seul. Puisqu’il est trahi, il entraînera dans sa débâcle ceux qui l’abandonnent et dont il connaît les secrets. Il forme un dossier avec lequel il se propose de répondre aux accusations de Pierre ; il prend un avocat à Brest et sollicite une enquête du Ministère de la Guerre.
Quinze jours plus tard, il disparaissait et le fameux dossier ne fut jamais retrouvé ! Car, vus comprenez bien, il fallait que Cadiou disparaisse, et avec lui les papiers.
Comme on le sait, Pierre fut arrêté et accusé du meurtre. Pourquoi ? Parce qu’il avait dénoncé la machination, peut-être ? On ne sait. Mais combien juste et saisissant est cet aveu inquiet d’un journal local qui analysait la psychologie de cette affaire : « Il semble que l’on se refuse à faire la lumière, que des ordres soient donnés pour que l’enquête ne sorte pas des limites qu’une volonté redoutée lui assigne. On a l’impression que l’on se doute en haut lieu de la personnalité du vrai coupable, mais qu’on entrave les investigations qui pourraient avoir pour résultat de le démasquer ! »
Le rédacteur qui écrivit cet article dans La Dépêche de Brest le 27 avril 1914, ne manquait pas de courage ni de probité professionnelle, il s’en faut. La vérité ne lui fit pas peur et il osa dire ce que quelques-uns taisaient et que la plupart n’auraient osé soupçonner. D’autres aussi l’exprimèrent, cette noble nécessité de justice : le professeur Poittevin, de la Faculté de Droit, qui réclama la liberté de Pierre, et surtout Claude Farrère qui s’éleva avec une généreuse indignation et prit, sinon la défense de Pierre, du moins celle de l’équité, au nom des 342 morts de l’Iéna et de la Liberté dont il avait suivi les cercueils.
Maintenant ? Maintenant l’usine de la Grande-Palud travaille dans le calme au-dessus de la lagune, dont la vase tourmentée semble, elle aussi, énigmatique. Il ne subsiste plus rien du douloureux évènement, à peine quelques souvenirs, épars, dans la mémoire paresseuse des hommes. Maintenant, il est trop tard pour la vérité.
Comme il avait raison le vieux Breton du pays de Léon : « On ne saura jamais ».
L’affaire Quéméneur
Le deuxième drame de Landerneau est plus récent et moins étendu en ses conséquences.
Lorsque M. Pierre Quéméneur, négociant à Landerneau et conseiller général du Finistère, quitta sa villa « ker-Abri » le 24 mai 1923, il faisait comme la laitière de la fable, un rêve éblouissant. N’avait-il pas confié à des familiers, avant de partir : « Bientôt, je roulerai sur l’or » ? Ne recevait-il pas d’un mystérieux correspondant de Paris – qui lui écrivait sur du papier à en-tête de la Chambre de Commerce américaine – des engagements pressants qui consistaient à rafler en France toutes les voitures américaines pour le compte du Gouvernement des Soviets, qui assurait à l’entreprise un bénéfice énorme ? Il partit joyeux ce jour-là vers Rennes, où l’attendait son associé Seznec qui devait aller avec lui à Paris livrer une Cadillac – le premier jalon de la mirifique affaire !
L’immense crédulité du pauvre homme fur sans doute la cause indirecte du drame. Elle le marqua, peut-être, du sceau fatal par quoi le génie du crime reconnaît ses victimes.
Il retrouva son comparse à Rennes et, après avoir téléphoné à son beau-frère, notaire à Pont-l’Abbé, pour le prier de lui adresser un chèque de 80.000 francs tiré sur Paris, il s’engagea avec Seznec sur le chemin de la capitale, le chemin de la fortune, croyait-il, la route de la mort en réalité, car il ne devra plus jamais revenir.
Ensemble, Quéméneur et Seznec prennent le petit déjeuner à Ernée, près de Vitré. Ensemble, ils déjeunent à Mesle, dans la Sarthe. Ensemble, toujours, ils arrivent à Dreux. A Houdan, près de Paris, Seznec est seul. A la Queue-les-Yvelines, Seznec plus que jamais seul, achète dix bidons, soit cinquante litres d’essence. Parmi les bidons vides, qu’il remet au garagiste, l’un est taché de sang. Le conducteur explique qu’il s’est blessé en réparant la voiture.
Seznec revient à Morlaix et, si Quéméneur est encore sur la voir d’une plantureuse prospérité, Seznec, lui, semble déjà s’être enrichi. En effet, cet homme traqué par les huissiers, cet artisan menacé de saisie, ramène avec lui un acte de vente dactylographié de Quéméneur, par lequel ce dernier reconnaissait avoir vendu à Seznec sa villa de Plourivo pour 35.000 francs, plus 2.440 dollars ; cette somme ne figurait pas sur l’acte. L’omission était, paraît-il, destinée à éviter de trop gros frais d’enregistrement.
Cependant, à Landerneau, on s’alarme. La sœur de Quéméneur s’inquiète de l’absence prolongée de son frère dont elle sans nouvelles. Enfin, un télégramme daté du Havre le 14 juin 1923 la rassure. Pas pour longtemps, car l’enquête démontrera que la dépêche n’est pas de Quéméneur. Par contre, six jours plus tard, dans la gare du grand port normand, des cheminots découvrent une valise contenant les papiers de Quéméneur : ces papiers conservent les papiers indubitables d’une assez brève immersion.
Où est Quéméneur ? Qu’a fait Seznec ? Quel est le mystérieux correspondant américain que personne ne retrouve ? Landerneau connaît son deuxième mystère. Là, comme à Morlaix, Rennes, Le Havre, Paris, la police s’affaire. Tout se résume en de lourdes questions : Qui ? Comment ? Pourquoi ?
Les réponses se forment implacables, d’une sanglante précision. Seul Seznec ne les admet pas.
On découvre lors d’une perquisition à « Ker-Abri », que le conseiller général avait des offres nettes allant jusqu’à 200.000 pour sa propriété de Plourivo. Pourquoi ce négociant que tourmentait la soif d’une prospérité rapide et facile aurait-il vendu à Seznec, pour 96.000 francs, un bien pour lequel, par ailleurs, on lui proposait le double ?
Ce n’est qu’à Paris que l’énigme se complique et s’obscurcit. Un individu se présente à une Banque du Boulevard Haussmann et réclame le chèque de 80.000 expédié par le notaire de Pont-l’Abbé. Or cet individu n’est pas Quéméneur. Ce n’est pas Seznec, non plus, car ce dernier, qui a eu le visage brûlé à la suite d’un accident et, par conséquent, aisément identifiable, n’est pas reconnu par le préposé. Qui alors ?
Cette circonstance permettait, peut-être, de dégager la périlleuse situation de Seznec si, du Havre, ne venait un nouvel élément, qui désignera définitivement Seznec aux assises et au bagne. En effet, un acheteur, à la figure marquée par de très nettes blessures, a acheté dans cette ville, pour 500 francs une machine à écrire « Royal » N°X 434.080. L’affaire prend une tournure plus précise, tellement que la « Royal » est découverte dans une cheminée des locaux habités à Morlaix par Seznec. Ce dernier crie à la fatalité ; il abrite sa tête menacée derrière ce qu’il qualifie d’épouvantable machination. Les experts démontreront d’ailleurs que l’acte de vente de Plourivo a été « tapé » sur la fameuse « Royal ».
Dès lors la partie est perdue pour Seznec. En admettant tout, même le plus extraordinaire paradoxe ; en admettant que Quéméneur ait consenti la perte de 100.000 fr. sur sa propriété ; en admettant que l’homme au visage blessé du Havre ne soit pas Seznec ; en admettant même qu’une organisation rocambolesque ait placé dans la cheminée de Morlaix l’accablante pièce à conviction, pourrait-on accepter aussi qu’une terrible et mystérieuse main ait glissé dans le portefeuille de Seznec l’acte de vente dactylographié avec la « Royal » X 434.080 ?
On connait le résumé de l’affaire. Seznec n’a jamais avoué. Il essaya bien, du fond de la geôle, d’envoyer à sa femme un message – qui fut d’ailleurs intercepté – par lequel il lui conseillait de faire dire à différentes personnes qu’elles l’avaient rencontré ailleurs qu’au Havre le jour où il devait s’y trouver ; il tenta bien de s’évader de la prison de Créach-Joly ; Mme Seznec eut beau le défendre – et le défend encore – avec une énergie désespérée qui est, reconnaissons-le, vraiment admirable, rien n’y fit. Le bagne l’accueillit et referma sur lui des portes au seuil desquelles finit le monde.
Cependant, ne nous trompons pas, le drame, s’il paraît expliqué, n’est pas résolu. Il faudrait, pour être libéré sans appel de cette pénible énigme, savoir quel était l’inconnu à la face intacte qui se présenta à la Banque du boulevard Haussmann ; il faudrait savoir aussi pourquoi l’imprudent et naïf Quéméneur ne recevait pas directement le courrier de son correspondant de Paris eu lieu de le recevoir par l’intermédiaire de Seznec. Un brasseur d’affaires qui projette de puiser l’or à pleines mains ne doit pas, ne peut pas être aussi sottement négligent.
Alors ? Alors il semble que de l’entassement de ces mystères quelque chose émerge, obstiné, terriblement tenace : si Seznec savait, pourquoi n’a-t-il pas parlé ?…
L’affaire Franck
Le dernier crime de Landerneau, le dernier point de la fantastique trilogie qui devait illustrer la petite ville bretonne, date de l’année dernière. La victime fut M. Maurice Franck, sous-directeur d’une usine de produits chimiques située entre Landerneau et la Grande-Palud.
Étrange analogie : les circonstances dans lesquelles disparut l’industriel rappellent en certains cas, apparents du moins, les débuts de l’affaire de la Grande-Palud. Je me hâte d’ajouter que, cette fois, la moralité de la victime était et demeure inattaquable. Seuls certains cas concernant les deux crimes sont identiques et si, pour celui-ci, on n’a pu définir ni les mobiles de l’agression, ni le lieu où la victime a été enfouie, il n’en est pas moins vrai qu’une constatation nette s’impose au jugement : un industriel, comme Cadiou, chef d’une usine d’une importance capitale, comme celle de Cadiou, disparut sans qu’il ait été possible de déterminer l’identité du ou des coupables, comme pour Cadiou !
Les faits qui se présentent avec une impressionnante brièveté ne peuvent être relatés qu’avec laconisme. Les voici :
Le 23 décembre 1929, à 17 heures, M. Maurice Franck quittait « l’Hermitage », la villa qu’il habitait à la Grande-Palud. Dix minutes plus tard, il rencontrait sur le chemin de halage une amie de la famille qu’il invite à venir le lendemain faire le réveillon à « l’Hermitage ». A 17h30, M. Franck prenait l’apéritif dans un café du port. Nul ne devait plus jamais le revoir.
Lorsqu’on eut acquis la certitude absolue que cette disparition ne pouvait se justifier que par un assassinat, on fouilla les bois d’alentour : l’aventure Cadiou hantait peut-être l’esprit des explorateurs. On sonda les vastes nappes de vase ; l’Elorn fut draguée sans résultat. Un nouveau mystère pesait sur Landerneau.
Il subsiste toujours d’ailleurs, car le corps de M. Franck n’a pas encore été découvert.
Comme cela se produit souvent – d’autant plus, répétons-le, que beaucoup voyaient là le renouvellement de l’affaire Cadiou – on tira des logiques hâtives de l’évènement. On remarqua – ou on crut remarquer – que, de même qu’au moment où Cadiou fut supprimé, un bateau étranger se trouvait dans le port et disparut aussitôt.
Je ne suis pas de ces faiseurs de déductions express qu’obsède un besoin aigu de voir la main d’un contre-espionnage dans tout ce qui est crime inexpliqué. C’est là une manière de conclure trop aisée, trop banale, et trop dangereuse aussi, car on risque de piétiner carrément la vérité lorsqu’on se hisse sur elle pour voir plus loin. M. Cunat, commissaire de la police mobile, était sans doute de cet avis lorsqu’il visita à Brest, par pur acquit de conscience, le fameux navire germanique qui, d’ailleurs, ne semblait pas vouloir fuir.
Peut-on prolonger cette affaire par des insinuations nouvelles ? Oui, sans doute, dût-on pour cela risquer de l’aggraver ; de toute façon, la disparition de M. Franck laisse l’action de la justice en haleine. Alors, qu’il me soit permis de rappeler ce petit élément « accessoire » qui ne manque peut-être pas de valeur : une usine de Brest désirait s’attacher la collaboration de M. Franck. Celui- ci n’accepta pas et continua à assurer ses services à l’usine de Landerneau. Jusque-là, rien que de très normal et de très régulier. Mais ce qui l’est moins, c’est que l’usine brestoise dont il s’agit fut détruite par un incendie dont on ne put établir la cause. Un mois après, M. Franck disparaissait.
Y a-t-il corrélation entre ces deux faits ? Rien ne permet de l’affirmer. Mais aussi, disons-le nettement, rien ne permet non plus de le réfuter.
En attendant, Landerneau vit et oublie au bord de sa Brière. Elle s’efforce à ne plus se rappeler que son nom joyeux s’accole à trois dates qui ont enrichi l’histoire du crime de trois points d’interrogation de toute première grandeur.
Marc MINERATH
