Manchette du journal Le Progrès du Finistère, édition de janvier 1914

Le progrès du Finistère est un journal hebdomadaire local français, édité à Quimper, qui paraît de 1907 à 1944, avec un rayonnement sur l’arrondissement de Quimper.
Tirage 1914 : inconnu
L’affaire Cadiou au quotidien
1914 : 11 articles dont 1 en première page
1919 : 3 articles dont 0 en première page

Source : Archives départementales du Finistère

LANDERNEAU

Étrange disparition.
Il n’est bruit, à Landerneau et dans la région, que de l’étrange disparition, depuis le 28 Décembre, de M. Cadiou, Âgé de 48 ans, ancien avoué à Morlaix, directeur de l’usine de coton-poudre à la Grande- Palud.
Le ménage Cadiou est très uni et les enfants ont reçu la meilleure éducation. Sa situation de fortune était également satisfaisante.
Aussi se perd-on en conjectures sur les causes de cette étrange disparition.

24 janvier 1914 – p. 3

LANDERNEAU

La disparition de M. Cadiou.
L’enquête sur la mystérieuse disparition de M. Cadiou, le directeur de l’usine de la Grande Palud, se continue activement.
Un adjoint au maire de Brest a reçu une lettre datée de Boulogne sur- Mer, signée Cadiou, disant s’étonner du bruit fait autour de son voyage. Cette lettre, communiquée au Parquet, n’a pas été reconnue par son frère.
A Boulogne-sur-Mer, on n’a trouvé aucune trace du disparu.

31 janvier 1914 – p. 3

L’affaire Cadiou. – Des recherches sont effectuées tant dans la rivière l’Elorn, que dans les environs, afin de rechercher en cas de suicide ou d’accident, le corps de M. Cadiou, le mystérieux disparu de l’usine de la Grande Palud, dont nous avons déjà parlé.

7 février 1914 – p. 1

LANDERNEAU
On retrouve le corps de M. Cadiou assassiné.
Arrestation d’un ingénieur.

Un véritable coup de théâtre s’est produit, mercredi, sur la mystérieuse affaire de la Grande Palud, dont nous avons déjà parlé : le corps de M. Cadiou, qui avait été attiré dans un guet-apens et assassiné, a été retrouvé, mercredi matin, et son assassin présumé a été mis en état d’arrestation.
Comme on se le rappelle, M. Cadiou, l’Infortuné directeur de l’usine de la Grande Palud, disparut le 28 Décembre et depuis, toutes les investigations, tant de la Sûreté générale de Paris, que de la police mobile de Rennes, restèrent sans résultat et ce fut vainement qu’on fouilla ces jours derniers l’Elorn et les bois avoisinants.
L’affaire en était là, quand sur une dénonciation, mise sur le compte d’une prétendue révélation de somnambule nancéenne, M. Jean Cadiou, tanneur à Lambézellec, frère du disparu, se rendit mercredi, vers 11 heures du matin, en un certain endroit désigné, où après avoir fouillé la terre meuble, avec un béton il découvrit le corps de son frère, sous une mince couche d’humus, dans un sentier désert, près d’un ruisseau.
La nouvelle de cette triste découverte se répandit vite à Landerneau et dans la région où elle provoqua une émotion intense.
Peu après, le Parquet de Brest arrivait sur les lieux et l’autopsie pratiquée à l’usine révéla que M. Cadiou avait été assommé et atrocement égorgé.
A la suite des premiers résultats de l’enquête, l’ingénieur Pierre, directeur technique de l’usine a été mis en état d’arrestation.

14 février 1914 – p. 3

LANDERNEAU
Le crime de la Grande Palud.

L’instruction de cette mystérieuse affaire très laborieuse, n’a pas donné, jusqu’ici, de bien grands résultats, et différentes pistes, relevées à la suite de certaines déclarations, contre de prétendus assassins, ont dû être successivement abandonnées.
Les charges qui pesaient au début de l’affaire sur l’ingénieur Pierre semblent avoir perdu de leur valeur. Néanmoins, bien des points restent à élucider sur ce crime, qui parait devoir ménager des surprises.
L’ingénieur, qui a pris Me Feillard comme avocat, reste toujours très calme. Sa mère, qui est arrivée à Brest, a eu une entrevue émouvante avec son fils dont elle est convaincue de l’innocence. Elle espère qu’il sera bientôt mis en liberté.
La victime aurait été vue à Morlaix le 31 Décembre et le 1er Janvier.
Ajoutons que d’après le médecin-légiste, la plaie du cou de M. Cadiou a été certainement faite après la mort. M. Cadiou aurait été étranglé.

21 février 1914 – p. 3

L’affaire de la Grande-Palud
Une contre-expertise révèle que Cadiou fut tué à coup de revolver.

L’affaire de la Grande-Palud semble plus confuse que jamais et comme le disait récemment M. Bidard de la Noë, le Juge d’instruction de Brest, qui a la lourde charge de l’instruire, cette affaire est un véritable casse-tête !
Les défenseurs de l’ingénieur Pierre ayant demandé la mise en liberté provisoire de leur client, n’ont pu obtenir satisfaction.
Une perquisition a eu lieu chez Mme veuve Cadiou. Les documents saisis ont démontré que l’accord existait dans le ménage.
De nouveaux témoins ont été entendus, notamment, à Quimper, M. Le Guiner, juge de paix, qui, vieil ami de Cadiou, reçut il y a environ trois mois, ses confidences. La victime lui dit qu’il avait une lutte terrible à soutenir contre ses ennemis, qui voulaient l’accabler, mais dont il n’avait plus peur à l’heure actuelle. Me Joncour, avoué à Quimper, cousin de la victime fut également entendu
Mardi, le Parquet de Brest se transporta à Morlaix pour y assister à une contre-expertise médicale, par le docteur Paul, médecin-légiste à Paris.
La nouvelle autopsie a révélé que M. Cadiou, que l’on croyait avoir été étranglé, avait été tué d’un coup de revolver à la nuque. La balle blindée, de 6 m/m, fut trouvée sous le menton.
Tranchant la carotide, la mort dut être immédiate.
Or, l’ingénieur Pierre possédait un revolver de ce calibre, qui a disparu.
L’ingénieur Pierre a été entendu jeudi par le Juge d’instruction, au sujet de son revolver.
Il a déclaré qu’il avait vendu cette arme en 1913, à un inconnu, un voyageur de commerce qui était venu le solliciter.
Cette déclaration parait suspecte.
Mme Cadiou s’est portée partie civile contre l’assassin de son mari.
Ajoutons que M. Cloarec, député radical de Morlaix, mis en cause dans cette affaire, s’est expliqué à des journalistes parisiens. Son rôle se serait borné à un rôle d’ami et de conseiller impartial.

28 février 1914 – p. 3

L’affaire de la Grande-Palud.

L’instruction a continué cette semaine, sans donner de bien grands résultats.
La somnambule de Nancy, Mme Camille Hoffmann, a été entendue. Elle n’a pu que confirmer les déclarations, qui, comme on le sait, ont servi à la découverte du cadavre de M. Cadiou. Ajoutons que la brave pythonisse a été terriblement mystifiée par un rédacteur du Matin et que sa science occulte, en la circonstance, a été mise en déroute.
Un commis-voyageur, M. Thévenot, a déposé devant un commissaire, spécialement désigné à cet effet. Il a déclaré être le voyageur à qui l’ingénieur Pierre montra un revolver, avec lequel, d’ailleurs, il tira dans le jardin, à une date qu’il place entre le 1er et le 5 janvier. Mais il n’acheta pas cette arme.
La balle retrouvée dans le cou de M. Cadiou a été soumise à l’examen de M. Gravolla [Grivolat], expert à Saint-Étienne.
Une lettre anonyme, critiquant la première autopsie et donnant des indications pour la seconde, fut remise, dès son arrivée à Morlaix, au docteur Paul, le médecin légiste parisien, à qui elle était adressée. Le praticien remit cette lettre, dont l’enveloppe portait le timbre d’un wagon-poste Quimper à Redon, au Parquet.
La presse continue à s’occuper de M. Cloarec, député radical de Morlaix, qui dès le début, alors que l’usine était plutôt franco-allemande, en était l’avocat-conseil, aux appointements de 5.000 fr. par an.
Comme il fallait, à ce moment, un directeur français, ce fut M. Legrand, ancien maire radical de Landerneau, qui le devint. M. Cadiou succéda ensuite à M. Legrand, qui se retirait pour raisons de santé, tout en fondant, il y a peu de temps, une usine similaire, à Daoulas. Une perquisition a été faite chez M. Legrand, qui a été entendu par le juge d’instruction.
A la prison du Bouguen, à Brest, l’ingénieur Pierre est toujours calme et il ne parait pas s’émouvoir, outre mesure, des lourdes charges qui pèsent sur lui.

7 mars 1914 – p. 3

L’affaire de la Grande-Palud.

L’Instruction de l’affaire Cadiou, s’est continuée sans amener d’autre fait nouveau qu’une nouvelle déclaration, nette et précise de M. Louis Nicolas, ancien courtier maritime et juge au Tribunal de Commerce de Brest, qui affirme maintenant avoir bien vu et salué M. Cadiou, à Morlaix, le 31 Décembre, sur le quai de la gare.
Il l’avait déjà vu le 27 Décembre, mais, à ce moment, encombré de paquets, il n’avait pu le saluer.
Ce témoignage important tendrait à innocenter l’ingénieur Pierre. Aussi, l’on prête à Me Feillard, son défenseur, l’intention de demander, une nouvelle fois, la mise en liberté, provisoire de son client. L’ingénieur, à la prison du Bouguen, est toujours aussi calme et aussi impassible, et réellement son altitude est déconcertante.
Le juge d’instruction a entendu, en dernier lieu, M. Freund, juge de paix à Landerneau, et le maréchal des logis de gendarmerie commandant la brigade de Landerneau. Le dernier fil les premières constatations auprès du corps de M. Cadiou, au moment où il venait d’être découvert par son frère.
Mais dans toute cette affaire embrouillée que devient la valise aux documents ? On n’en parle plus. Cette valise, que M. Cadiou portait le jour où il fut assassiné, et dont il ne se séparait jamais, comme on l’a dit, renfermait des pièces compromettantes. On n’en parle plus

14 mars 1914 – p. 3

L’affaire de la Grande Palud.

L’instruction de l’affaire de la Grande Palud n’avance guère, et elle continue d’être absolument déconcertante.
Les principaux faits de la semaine sont le nouveau refus, opposé par le juge d’instruction, à Me Feillard, défenseur de l’ingénieur Pierre, pour la mise en liberté provisoire de son client. (Appel de cette décision a été d’ailleurs interjeté auprès de la Chambre des mites en accusation), la confrontation de Pierre avec le frère de la victime, M. Jean-Marie Cadiou, et les témoignages du veilleur de nuit Bossard et du cultivateur Bonnefoy, dont la ferme est proche de l’usine.
La confrontation de l’ingénieur avec M. J.-M. Cadiou a été émouvante. M. Cadiou a déclaré au juge qu’il avait la conviction que Pierre était bien le coupable Ce dernier n’a cessé de protester de son innocence et a dit qu’il parlera quand le moment sera venu.
Les dépositions de Bossard et de Bonnefoy ont eu, en réalité, assez peu d’importance. M. Bonnefoy s’est d’ailleurs contredit et est revenu disant s’être trompé dans sa première déclaration.
Un facteur-receveur à Blincourt (Oise), qui prétend avoir vu M. Cadiou à Paris, le 4 Janvier, va être également interrogé. D’ailleurs, plusieurs personnes déclarent avoir bien vu, le 1er Janvier, M. Cadiou à Morlaix.
On polémique aussi sur le fait que la balle trouvée dans le cou de la victime est du calibre 6 m/m 35 et à chemise de nickel, tandis que le revolver de Pierre est du calibre 6 m/m et à chemise de cuivre.

16 mai 1914 – p. 3

L’AFFAIRE CADIOU

Le veilleur de nuit Bossard, qui, comme on le sait, avait été mis en état d’arrestation, a été mis en liberté.
Le juge d’instruction, M. Bidard de la Noë a continué d’entendre de nouveaux témoins, entre autres des ouvriers de l’usine et les époux Bonnefoy, voisins de la Grande- Palud.
Une émouvante confrontation a eu lieu entre le frère de la victime, M. Jean-Marie Cadiou, et l’ingénieur Pierre.
La longue liste des témoins commence à s’épuiser et le magistrat instructeur, qui est possesseur d’un dossier très volumineux, pense que d’ici quelques jours il n’aura plus de dépositions à recueillir, à moins que des faits nouveaux ne surgissent. Pendant une huitaine de jours ensuite, M. Bidard de la Noë examinera le dossier, après quoi il procédera à l’interrogatoire de l’inculpé sur le fond.
Cette mystérieuse affaire viendra vraisemblablement devant les Assises de Juillet.

13 juin 1914 – p. 3

Autour de l’affaire Cadiou.
Une lettre de M. Le Bail.

M. Gustave Téry, continuant dans l’Œuvre ses révélations sur les origines de la Grande Palud, a publié une lettre datée du 23 Septembre 1903 où M. Combes, alors président du Conseil, faisait mention d’une autre lettre qu’il avait écrite à « l’honorable M. Le Bail, député, qui s’intéressait tout particulièrement à M. Legrand », le futur directeur de l’usine allemande fondée à Landerneau par la maison Temming.
La Libre Parole ayant, à son tour, publié cette lettre de M. Combes, M. Le Bail s’est ému, il a protesté par la lettre explicative suivante que la Libre Parole qualifie à bon droit de stupéfiante.

Monsieur le Gérant de la Libre Parole,
A la lettre parue dans l’Œuvre et que vous reproduisez, je fais une courte réponse.
Un ami politique me sollicita, en 1903, d’intervenir près du gouvernement en faveur de la création à Landerneau d’une usine destinée à travailler du coton de provenance française.
M. Legrand, en faveur duquel on me priait d’intervenir et que je ne connaissais pas, devait être le directeur de cette usine, destinée à en concurrencer une autre, créée où à créer, et qui comptait parmi ses actionnaires des personnalités marquantes du parti conservateur finistérien.
Ou me présenta l’intérêt électoral de cette entreprise et je fis, à la suggestion d’une personnalité politique, une démarche politique près du chef du gouvernement, M. Combes.
La création de cette usine française échoua, et, quelques années plus tard, M Legrand entra dans une autre combinaison, celle de la Grande Palud.
Je fais cette dernière remarque pour bien montrer qu’il n’y a aucun rapport entre l’affaire française qui échoua et l’affaire allemande qui réussit.
J’ai tout ignoré de cette dernière entreprise, et j’ajoute, au surplus, que jamais mon nom n’a été mêlé à aucune affaire.
Agréez, Monsieur le Gérant, l’assurance de ma haute considération.
G. LE BAIL.

A cette lettre la Libre Parole ajoute les réflexions suivantes :
Nous l’aurions payée cher, cette lettre qui nous révèle si bien la mentalité du politicien radical.

25 octobre 1919 – p. 3

L’affaire Cadiou.
L’ingénieur Pierre s’est constitué prisonnier, mercredi dernier, à la maison d’arrêt de Quimper, après s’être présenté au Parquet et après avoir subi un dernier interrogatoire de forme.
Pierre était actuellement attaché à une grande fabrique de chaussures de Lyon.

1er novembre 1919 – p. 2

ASSISES DU FINISTÈRE
4e Session de 1919.
L’affaire Cadiou

Lu dernière session des Assises du Finistère pour l’année 1919, s’est ouverte lundi 27 Octobre. Ainsi que nous l’avions annoncé, une seule affaire est inscrite au rôle, c’est celle de l’ingénieur Pierre Louis-Désiré, âgé de 37 ans, né à Couches (Eure), accusé de meurtre, fin Décembre 1913, sur la personne de M. Louis Cadiou, sou patron, directeur de l’usine de blanchiment de coton pour fabrication des poudres de guerre, usine située à La Forest, près Landerneau.
Cette affaire qui, en 1913, défraya les conversations, non seulement à Landerneau, mais dans toute la région, et alimenta les chroniques des journaux aussi bien locaux que régionaux et parisiens, a suscité à nouveau la curiosité de tous. La preuve en est que la foule s’écrase depuis lundi pour trouver place dans la petite suite des Assises de Quimper. Et les personnes qui sont retenues par leurs occupations recherchent avec ingéniosité la minute qui leur permettra de se trouver, entre la prison du Champ de-Foire et le quai du l’Odet, sur le passage de l’ingénieur Pierre, au moment où celui-ci se rend au Palais de Justice ou en revient.
Les commentaires vont leur train. Suivant l’avis de certains, Pierre a l’air sympathique ; d’autres n’aiment pas ses regards déviés par le port de lunettes. A ces derniers, les premiers répliquent que ceci n’est pas un défaut, mais seulement une Infirmité.
Ceci dit, Pierre est-il coupable ou innocent ? Nous ne le savons : c’est la question que les jurés, en leur âme et conscience, devront résoudre, suivant, les chargea de l’accusation et les moyens de la défense.
Voici maintenant un compte rendu très succinct des débats.
A onze heures, arrive au Palais de Justice, un piquet du 118e, chargé du service d’ordre. A midi moins cinq, Me Henri Robert, l’ancien et éminent bâtonnier du barreau de Paris, fait son entrée, porteur d’un volumineux dossier. Devant le bureau de la Cour sont disposés de nombreuses pièces à conviction.
L’accusé Pierre, suivi de deux gendarmes, arrive peu après.
A midi quinze, l’huissier annonce : « La Cour ». Et les débats sont ouverts. M. le conseiller Cordier préside, ayant comme assesseurs, M. du Baudre, président du Tribunal civil de Quimper, et M. Alavoine, juge au siège. M. Tanguy, juge suppléant, est également présent. Le siège du ministère public est occupé par M. Cazenavette, procureur de la République.
Au banc de la défense, ainsi que nous venons de le dire, Me Henri Robert, assisté de Me Feillard, avocat à Brest, et premier défenseur de Pierre. Me Flach, du barreau de Paris, soutient les intérêts de Mme Cadiou, qui s’est portée partie civile.
Après le tirage au sort des noms des douze jurés à qui incombe la charge de juger Pierre, commence l’interrogatoire de l’inculpé. Cet interrogatoire, au cours duquel surgissent certains incidents outre le Président et la défense, celle-ci demandant au premier de vouloir bien être impartial, occupe toute l’audience de lundi, qui est levée à six heures du soir. Pierre, qui ne se départit pas de son calme, ne se défend pas moins avec énergie, discutant pied à pied toutes les charges portées contre lui.
Les audiences de mardi, mercredi et jeudi ont été occupée par l’audition des cent et quelques témoins appelés à témoigner, lesquels n’ont apporté aucun renseignement nouveau de nature à donner un peu de lumière à cette affaire ténébreuse, pour ne pas dire mystérieuse.
Au moment où ces ligues paraîtront, l’avocat de la partie civile aura développé ses arguments, de même que M. le Procureur de la République, et tiens doute aussi le défenseur de l’accusé. Le verdict est attendu dans la soirée ou la nuit d’aujourd’hui vendredi 31 Octobre.

Une mauvaise plaisanterie.
Le 8 Octobre dernier, un déséquilibré du nom de Tonnard, originaire de Cléder, obtenait de M. Cudennec, commissaire de police de Saint-Pol de Léon, la faveur de débiter et de faire transcrire un conte ridicule qu’on aurait compris qu’un médecin aliéniste écoutât jusqu’au bout.
Cet individu racontait que, voyageant à pied sur la route de Landivisiau à Brest, il avait vu passer M. Cadiou, qui l’avait recueilli dans sa voiture. En route, voilà que six hommes se précipitent, dont deux d’entre eux arrêtent le cheval, un autre tue le cheval d’un coup de revolver. Parmi les assassins, deux prêtres, M. Léon, recteur de Cléder que Tonnard dit avoir reconnu, et M. le Recteur de Ploujean. L’un d’eux lui met sous le nez un flacon qui lui fait perdre la mémoire, qu’il se retrouve revenu à lui à Cléder, avec un habit tout neuf et vingt mille francs d’or dans la poche…, etc….
Bref, un conte de fou qui invitait à l’indulgence pour le contour, mais qui n’exigeait vraiment pas l’intervention d’un secrétaire pour noter ces divagations d’un rêveur éveillé.
L’incident pourtant n’allait pas en rester là.
Un journal s’empare de la déposition et l’insère Quelques naïfs – il y en a dans le public de ce journal – la prennent au sérieux et, chose étrange, dans la salle même des Assises, malgré la majesté du lieu, ces racontars trouvent à intéresser la partie civile. En son nom, Me Flach, du barreau parisien, exige la comparution de Tonnard et de l’un des assassins M. Léon, recteur de Cléder.
Ainsi fut fait et, mercredi soir, convoqué par télégramme, M. le chanoine Léon devait prendre précipitamment le train qui ne le débarquait à Quimper que jeudi matin.
Il comparaissait presqu’aussitôt. La salle attentive, vit se dresser un grand vieillard de 80 ans, encore assez droit, mais portant sur les traits les traces d’une fatigue physique et morale facile à comprendre.
L’interrogatoire ne fut pas long. Il débuta par des excuses que le président présenta au vénérable ecclésiastique.
« Connaissez-vous Tonnard ?
– Non, Monsieur le Président. Il m’a écrit une lettre il y a quelques temps, pour me demander de l’argent. J’ai refusé.
– Que pensez-vous de son état mental ?
– Ce doit être un déséquilibré.
– Évidemment, et je regrette qu’on vous ait dérangé pour si peu.
– Je le regrette plus encore, Monsieur le Président, car ces jours de la Toussaint, j’avais bien besoin d’être dans ma paroisse. »
Tel fut à peu près ce dialogue qui fut constatons-le, remarquable de courtoisie de la part du président. Si Me Flach, au nom de la partie civile, avait ajouté ses excuses à celles du tribunal, comme c’eut été élémentaire, tout se serait passé pour le mieux.
C’est pourtant pour ce résultat, connu d’avance, que l’on fait venir de l’autre bout du département un vieillard de 80 ans et qu’n en a fait pendant trois jours un sujet de commérage et de potins calomnieux.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’est pas très sérieux. On voudrait bien tout de même que cette mauvaise plaisanterie eut une sanction.

8 novembre 1919 – p. 2

L’affaire Cadiou.

Ainsi que nous l’annoncions dans notre dernier numéro, cette affaire sensationnelle a eu son épilogue vendredi dernier. Après avoir entendu Me Flach avocat de la partie civile, M. Cazenavette, procureur de la République et Me Henri Robert défenseur de l’accusé Pierre, les jurés sont entrés à 14 h. 50, dans la salle de délibération. A 15 h. 15, ils en ressortaient apportant un verdict négatif.
L’ingénieur Pierre est acquitté.