L’Est républicain
L’Est républicain est un quotidien régional français, édité à Nancy, qui paraît depuis 1889.
Le journal a une ligne politique républicaine et anti-boulangiste à sa création.
Tirage 1914 : 40 000 exemplaires
L’affaire Cadiou au quotidien
1914 : 80 articles dont 1 en première page
1919 : 8 articles dont 7 en première page
Les articles se présentent essentiellement sous la forme de dépêches de l’agence Havas, classées dans la rubrique des faits divers. On y découvre le récit détaillé de la traque de « la pythonisse » par les journalistes à travers les rues de Nancy. Le texte révèle également que Madame Camille a monnayé son droit à l’image auprès de la firme Gaumont, afin d’être filmée en février 1914.
Source : BnF Gallica
Table des matières
Toggle5 février 1914 – p. 2
Nouvelle phase d’un crime
BREST, 4 février. Le parquet vient d’être avisé qu’on avait retrouvé le corps de M. Louis Cadiou, directeur d’usine à Landerneau, disparu depuis un mois.
Le cadavre avait été enterré par l’assassin dans le voisinage de l’usine. Le parquet de Brest s’est rendu à Landerneau.
BREST, 4 février. De graves soupçons pesant sur le nommé Louis Pierre, 31 ans, collaborateur direct de M. Cadiou, le directeur d’usine assassiné, le procureur de la République, après une longue enquête, l’a mis en état d’arrestation.
Pierre proteste de son innocence.
6 février 1914 – p. 2
L’assassinat de M. Cadiou
La somnambule de Nancy ?
BREST, 3 février.
On sait que M. Paul [Louis] Cadiou, ancien avoué et administrateur de l’usine de blanchiment de coton a nitrer de la Grande-Palue, près de Landerneau, disparu depuis le 30 décembre, a été assassiné. Son cadavre a, en effet, été découvert, légèrement recouvert de terre, dans un talus situé à 300 mètres environ de l’usine, sur le bord d’un ruisseau.
M. François [Jean-Marie] Cadiou, frère du disparu, a déclaré qu’il avait reçu d’une parente habitant Nancy une lettre dans laquelle celle-ci lui faisait parvenir une consultation qu’elle avait obtenue d’une cartomancienne qu’elle était allée voir. La consultation était ainsi conçue :
« Il a été assassiné par un grand châtain ; barbu, de 30 à 35 ans, aide d’un autre plus petit qui faisait le guet. On lui avait tendu un piège pour le faire tomber (comme une corde), vers 4 ou 5 heures.
Une fois par terre, il a reçu un coup violent au côté droit de la tête, puis un autre dans le dos, mais ce dernier était inutile, le premier l’avait assommé. Qu’on ne le cherche pas dans l’eau ; il n’y est pas, mais dans un talus près d’un petit bois ou d’un bouquet d’arbres. L’endroit est recouvert d’un peu de terre (à droite d’un moulin), pour cacher le corps ; il sera découvert et l’assassin pris. »
M. François [Jean-Marie] Cadiou, qui depuis la disparition de son frère n’avait cessé de faire des recherches un peu partout, se rendit de nouveau aux environs de l’usine de la Grande-Palue, qu’il visita de nouveau. II explorait un bois situé dans la commune de la Forest et appartenant au maire, M. Vacheront, quand dans un talus, sur le bord d’une rivière et à la droite du moulin de l’usine de la Grande-Palue, en sondant avec le bâton qu’il portait, il constata que la terre avait été fraîchement remuée et offrait peu de résistance. M. François [Jean-Marie] Cadiou fouilla alors la terre avec ses mains et à quelques centimètres de profondeur, dix à peine, il découvrit le cadavre de son frère qui était étendu sur le ventre.
On sait aussi qu’à la suite de cette découverte, l’associé de la victime a été arrêté.
L’opinion des magistrats dans l’affaire Cadiou est que l’histoire de la somnambule est un stratagème employé par la famille, afin de soustraire à des représailles possibles le dénonciateur de l’ingénieur Pierre.
La personne qui aurait droit aux 2.000 francs promis par Mme Cadiou désirerait garder l’anonymat.
Personne, bien entendu, ne peut croire à la double vue d’une somnambule en pareille occurrence.
Pierre continue à nier
BREST, 5 février.
Une perquisition effectuée au domicile de l’ingénieur Pierre a établi que, tout dernièrement, il avait commis envers son directeur, M. Cadiou, un acte grave de malveillance.
M. Pierre persiste dans ses dénégations. Au parquet, on croit qu’il aurait un complice.
7 février 1914 – p. 2 et 3
Le crime de Brest et la somnambule
PARIS, 7 février.
La découverte du corps de M. Cadiou, près de Brest, entre, semble-t-il, dans une phase absolument fantastique. Ce serait bien, en effet, sur les indications d’une somnambule que le corps aurait été découvert et cette « voyante extra-lucide » habite Nancy.
La somnambule est bien de Nancy
BREST, 6 février. Ce matin ont eu lieu à Landerneau, les obsèques de M. Cadiou, l’industriel assassiné, dont le corps a été retrouvé dans les bois de La Forest, près de Landerneau.
La veuve du défunt, venue de Paris pour les obsèques, a affirmé au commissaire spécial que la belle-mère de son frère, Mme Saimpy [Sainpy], habitant Pont-à-Mousson, avait consulté une somnambule de Nancy, qui lui a désigné l’endroit exact où le cadavre a été découvert.
Interview de Madame Saimpy [Sainpy]
NANCY, 7 février. Notre correspondant de Pont-à-Mousson a pu, dans la soirée, découvrir l’adresse de Mme Saimpy [Sainpy], qui consulta la somnambule nancéienne sur la mort de M. Cadiou. Voici le compte rendu de son entretien :
« Nous nous présentons à 8 heures du soir, chez Mme Saimpy [Sainpy], qui, lorsqu’elle sait que c’est pour l’« Est républicain » consent à nous recevoir, malgré l’heure tardive.
Mon dieu, Monsieur, nous dit Mme Saimpy [Sainpy], je ne puis vous répéter que ce que vous savez déjà. Ma fille a épousé M. Richard, qui est le frère de Mme Cadiou. Toute la famille était dans la plus profonde tristesse depuis la disparition de l’infortuné M. Cadiou, quand je me souvins qu’à deux reprises différentes, pour des affaires de peu d’importance, j’avais déjà consulté une cartomancienne à Nancy et que les renseignements qu’elle m’avait donnés étaient absolument exacts.
« Je fis donc venir un gant et une cravate ayant appartenu à M. Cadiou et munie de ces objets, je me rendis à Nancy, le samedi 31 janvier par l’express de neuf heures quarante du matin.
« J’arrivai chez la cartomancienne et comme j’étais seule, j’entrai de suite dans le salon de consultation.
Quel est le nom de cette somnambule ? demandons-nous.
Je ne vous le dirai pas avant qu’elle m’y ait autorisée.
« Ayant donc remis le gant de M. Cadiou à Mme X… elle me dit aussitôt : « Ce gant appartient à un monsieur. Ce monsieur est couché dans un endroit très noir. Il est mort assassiné, il a été attiré dans un guet-apens et frappé de deux coups de marteau : un à la tête et l’autre dans le dos. Le premier coup était mortel. « L’assassin est un homme de grande taille, châtain et porte toute sa barbe. Le crime a été commis alors qu’il faisait nuit entre quatre et cinq heures du soir. Un autre individu faisait le guet, c’est un homme de taille au-dessous de la moyenne. Il a aidé l’assassin à enfouir le corps sous une très mince couche de terre, près d’un taillis ».
« Songez, monsieur, que je n’avais pas dit à la somnambule de quoi il s’agissait et que je ne suis jamais allée à Landerneau !
« Emue par cette révélation, je me rendis aussitôt aux Magasins-Réunis où j’écrivis à la tante de Mme Cadiou qui habite Paris. Celle-ci prévint le frère et vous savez le reste ».
Comme nous insistons auprès de notre interlocutrice pour connaître le nom de la somnambule en faisant remarquer la réclame que cela lui ferait, Mme Sainpy reprend : « Je ne le dirai pas plus à vous que je ne l’ai dit aux nombreux journalistes qui depuis trois heures du soir sont venus me rendre visite ».
Devant cette ferme détermination, nous prenons congé, en remerciant Mme Saimpy [Sainpy] de son intéressante communication.
La discrétion de Mme Sainpy lui fait le plus grand honneur, mais on verra plus loin de quelle façon nous avons découvert la fameuse somnambule !
L’animosité entre Pierre et Cadiou BREST, 6 février. L’ingénieur Pierre, l’auteur présumé de l’assassinat de l’industriel de la Grand’Palud, a été amené à Brest ce matin. On s’attend à un coup de théâtre, car une personnalité de Landerneau aurait déclaré dans un café qu’elle savait depuis longtemps où se trouvait enterré l’infortuné Cadiou.
BREST, 7 février. Dans une perquisition faite au domicile de l’ingénieur Pierre accusé de l’assassinat, de M. Cadiou, on a trouvé un brouillon de lettre adressée au ministre de la guerre, et accusant Cadiou d’avoir facturé deux fois un wagon de coton-poudre destiné à la poudrerie d’Angoulême.
Le fait fut reconnu exact par le ministre et ce fut à la suite de cette dénonciation que l’usine Cadiou fut écartée des adjudications.
(Voir page 3, l’intéressante découverte de la somnambule de Nancy.)
L’AFFAIRE CADIOU
Le cadavre de la victime a été découvert sur les indications d’une « voyante » de Nancy
Ce que dit Madame Camille la somnambule extra-lucide
UNE EXTRAORDINAIRE AVENTURE
Où est Mme Saimpy [Sainpy]?
Mme Camille était, hier encore, somnambule presque obscure. Elle prononçait des oracles sans écho ; elle attendait en une chambre modeste une clientèle confiante…
Demain, cette sibylle connaîtra la célébrité, la gloire ; elle donnera ses consultations par correspondance et, si elle est déjà obligée de fermer sa porte devant l’assaut incessant de ceux que préoccupe l’avenir, elle sera littéralement débordée par les résultats d’une extraordinaire publicité.
Car Mme Camille pour lui garder scrupuleusement le nom sous lequel elle « travaille » vient de se révéler d’une manière tout à fait surprenante cette affaire Cadiou qui passionne la Bretagne tout entière.
Quand les agences d’informations et les journaux annoncèrent que l’endroit où gisait, sous quelques centimètres de terre, le cadavre du directeur de la Grande Palud, avait été indiqué avec une exactitude absolue par une voyante, on accueillit cette nouvelle par un haussement d’épaules et des sourires ironiques.
On hasarda même cette version :
La famille de la malheureuse victime a été prévenue par quelque personne du pays ayant découvert les traces ou crime et, pour s’épargner les menus inconvénients de l’enquête judiciaire, on a inventé de toutes pièces cette extravagante intervention d’une somnambule. Mais celle-ci n’existe nulle part… Cherchez-la, messieurs et dames fouillez Pont-à-Mousson ; retournez Nancy de fond en comble… On vous paiera des guignes si vous trouvez la mystérieuse pythonisse. »
Elle existait pourtant !
Pendant toute la journée de vendredi une foule de reporters venus de Paris promena à travers les rues mussipontaines son désir ardent de connaître enfin la vérité.
Où donc habitait Mme Saimby [Sainpy], l’amie de la famille Cadiou, qui avait eu l’heureuse idée de consulter une des prophétesses auxquelles elle avait demandé, en diverses circonstances, le secret des choses futures ?
M. Marin, le distingué commissaire de police, se montrait assez ennuyé. Il ne savait rien. Il avait appris sans y attacher peut-être la moindre importance, que le parquet de Brest avait délivré une commission rogatoire pour entendre Mme Saimby [Sainpy] ; mais c’était probablement une affaire dont se préoccuperait M. Villon, son actif collègue, le chef de la brigade mobile :
Je ne suis chargé d’aucune recherche, se bornait à répéter M. Marin… J’ignore l’adresse de Mme Saimby [Sainpy] et je ne saurais, à plus forte raison, vous renseigner sur le rôle vrai ou faux qu’elle joué dans le drame de Landerneau. » Cette réponse ne satisfaisait guère les curiosités des reporters que leur flair, leur zèle tenace conduisirent alors dans tous les coins de Pont-à-Mousson où, à bout de souffle et d’illusions, ils finirent par dénicher le « fin tuyau ».
Mais c’est en vain, hélas ! qu’ils assiégèrent la maison jusqu’alors si tranquille de Mme Gendarme, rue Pasteur, où Mme Saimpy et non Saimby coulait en paix des heures que la lugubre affaire de la Grande Palud était venue assombrir. On avait beau la presser de questions, lui demander :
A quelle somnambule vous êtes-vous adressée ?
N’insistez point, messieurs ; j’ai promis de ne rien dire… Je ne dirai rien… »
Chez les cartomanciennes
Ce fut dans une autre direction que nous décidâmes d’orienter nos investigations. Bien nous en prit. Après une interminable et patiente série de visites chez les braves dames qui s’attribuent la puissance de déchirer les voiles épais de l’avenir, nos efforts ont été enfin couronnés de succès.
Nous savions que Mme Saimpy [Sainpy] avait un fils qui dirige à Nancy avec son associé, M. Paillouse, une épicerie en gros, dans le vaste immeuble portant le numéro 59 de la rue des Quatre-Eglises. Dans les magasins, les employés nous donnent ce renseignement :
Le patron voyage… Il fait une tournée dans la région. Il doit rentrer demain soir. S’agit-il d’une affaire urgente ? Nous exposons le but de notre démarche. Les employés ne manifestent aucun étonnement ; l’un d’eux semble avoir même à ce sujet reçu les confidences de M. Saimpy [Sainpy].
Je viens de parcourir l’« Est républicain », dit-il… Oui, la mère du patron est venue dernièrement à Nancy. M. Saimpy [Sainpy] m’en a parlé, en ajoutant qu’elle avait consulté une somnambule qui ha- bite dans le quartier… pas loin de notre maison, à ce que j’ai présumé… »
La rue des Quatre-Eglises, compte au-moins deux cartomanciennes ; on en cite d’autres rue des Ponts, rue de l’Equitation…
En avons-nous gravi des escaliers ! Ici nous surprenons Mme Alexandrine en tête-à-tête avec une jeune cliente qui attend du valet de cœur un sort meilleur, au cœur fidèle, une pluie d’or ; là nous troublons le dîner de Mme Elisabeth, qui, établie depuis peu de temps, exerce un métier qu’il est facile d’apprendre en une douzaine de leçons…
Nous avons posé à Mme Alexandrine cette question singulièrement troublante : Croyez-vous à la sentence des cartes ?
Je suis bien obligée d’y croire un peu, nous répond-elle… Tenez ! j’ai été témoin, moi qui vous parle, de faits, de coïncidences, de révélations, d’incidents très curieux…
Mme Alexandrine reçut la visite, certain jour, d’un pauvre homme, un douanier des environs de Bacarat, dont le fils avait subitement disparu :
Il est mort… Je ne le reverrai jamais… Ah ! mon enfant… Pour sûr on me l’a tué… J’ai consulté des somnambules ; elles me l’ont affirmé… Ah ! je voudrais tant que les cartes me rendent un peu d’espoir ! »
La peine de ce père toucha profondément Mme Alexandrine dont les doigts étalaient sur la table un jeu de tarots. Les horoscopes, maintenant, se multipliaient ; les choses lointaines du passé s’évoquaient ; une sorte d’obstination ramenait constamment vers les épisodes heureux le caprice des images dont Mme Alexandrine interprétait le sens mystérieux.
Bonne nouvelle, Monsieur… Votre fis est à Paris… On a eu tort de vous annoncer sa mort… Un personnage, très haut placé veille sur lui… Bientôt if vous sera rendu… »
Quatre ou cinq jours après, la tireuse de cartes lisait dans un journal qu’à la suite d’une fugue, le jeune fils de son client de passage avait été ramené par un inspecteur de la préfecture de police.
Je m’attendais à rencontrer chez les sibylles nancéiennes des attributs étranges, un chat ténébreux comme l’Erèbe, je ne sais combien d’oiseaux fabuleux…
Mais il n’y avait partout, en fait d’oiseaux fabuleux, que des canaris qui, réveillés en sursaut, fixaient l’intrus avec c’est le cas de le dire des yeux de serins !
La « petite sorcière »
Vers dix heures, nous heurtons au 24, rue de l’Equitation. C’est là qu’habite une « voyante » dont, à chacune de nos visites infructueuses, nous avons, pendant toute la soirée, entendu le panégyrique :
Elle reçoit du monde chic… Elle a des clients à ne savoir où les mettre… Ne terminez point votre tournée sans aller la voir…
La maison est occupée par une importante tonnellerie. Des ouvriers bavardent entre eux. Ils appellent :
Hé, mame Camille…
Voilà… Je descends.
La somnambule loge au deuxième étage. Venue depuis deux ans ; elle occupe un modeste appartement où deux fillettes aux tresses blondes mettent la grâce et la fraicheur de leur espiègle jeunesse.
L’interview a lieu au pied de l’escalier :
J’attendais presque la visite des journalistes. Des locataires, nos voisines m’ont appris la chose… Hein, est-ce assez extraordinaire Depuis vingt-quatre ans que je « travaille », je puis dire qu’il ne m’est jamais arrivé pareille aventure !
La voyante est radieuse. De taille bien prise, les yeux vifs et clairs, le front casqué d’une abondante chevelure, elle s’est à la hâte emmitouflée dans un ample fichu de laine noire.
Elle s’exprime avec volubilité :
Cette dame est venue samedi dernier, un peu avant quatre heures. Je me rappellerais difficilement sa physionomie, car la nuit venait. Je lui ai posé une question que je pose toujours afin de m’éviter les ennuis : « Venez-vous me consulter à propos d’un vol, lui demandai-je. Non, c’est au sujet de quelqu’un qui a disparu. De Nancy ? Non. C’est quelqu’un du dehors.
La consultation eut lieu. Quand Mme Camille eut secoué la torpeur du sommeil hypnotique, elle s’aperçut qu’elle avait les yeux pleins de larmes :
Vous m’avez fait pleurer, madame, dis-je alors à ma cliente incapable elle- même de maîtriser sa propre émotion… J’ai assisté à un crime… J’ai aperçu un homme qui en frappait un autre, qui trainait le corps vers un bois tout proche…
Oh ! c’est bien cela, c’est bien ce que vous m’avez révélé… Je vais télégraphier tout de suite… Mon Dieu ! si tout cela est vrai pourtant…
En lisant à son tour dans l’Est républicain les détails que nous avons publiés, les circonstances étranges dans lesquelles s’est produite la découverte du cadavre de M. Louis Cadiou, le talus où le corps était enfoui, sous une mince couche de terre, la trace des blessures, l’odieuse perpétration de l’assassinat, tous ces détails, en un mot, où se reproduisait fidèlement sa conversation de samedi dernier, Mme Camille n’eut plus de doutes :
J’ai répondu aux voisines qui m’interrogeaient « Oui, c’est de moi qu’il s’agit… »
La voyante justifie la réputation que ses confrères en occultisme daignent lui accorder. Elle a jadis intrigué les savants : elle a fourni un médium incomparable pour les travaux des docteurs Bernheim et Liébault, du professeur Liégeois :
Ils m’aimaient beaucoup nous avouera-t-elle avec une pointe de fierté. J’ai assisté au dernier congrès scientifique qui se tint à Nancy en 1880, si j’ai bonne mémoire. De huit heures à midi, le professeur Liégeois me plongea, dans le sommeil et fit pendant ce temps un cours qui a paru dans les revues psychiques ; il parla devant une assemblée de 390 médecins… »
Le docteur Liébault employait un mot familier ; il l’appelait « la petite sorcière ». Le nom lui resta et, bien des années plus tard, M. le docteur Friot l’apostrophait en plaisantant :
Je pars pour la pêche, lui disait-il. Est-ce que j’attraperai aujourd’hui beaucoup de poissons, ô ma petite sorcière ! »
On sait que la famille Cadiou a promis une prime de 2.000 francs à la personne qui indiquerait le lieu où le directeur de la Grande-Palud était caché :
J’ai des droits à la prime, revendique Mme Camille… Si on me l’offre, je l’accepterai avec gratitude…
Tu m’achèteras une belle robe, réclame l’aînée des fillettes.
Moi, un vélo, sollicite l’autre. Vous aurez tout ça, accorde d’avance la générosité maternelle.
En nous excusant de l’avoir importunée à l’heure où les honnêtes gens dorment tout simplement du sommeil des consciences pures, nous prenons congé de la somnambule que les rêves de fortune et de gloire vont certainement empêcher de dormir.
Achille LIEGEOIS
8 février 1914 – p. 1 et 3
La gloire des somnambules
L’impression à Nancy
NANCY, 7 février. Mme Cadiou a affirmé que le corps de son mari, assassiné près de Landerneau, avait été retrouvé grâce à une somnambule de Nancy. Un rédacteur de l’Est Républicain, M. Achille Liégeois, a pu connaitre, après de nombreuses recherches, quelle était cette somnambule et l’a interviewée. C’est Mme Camille, demeurant rue de l’Equitation.
Telle est la nouvelle qui circulait ce matin dans Nancy, par une matinée charmante, d’une joie printanière. Et elle était vivement commentée. En effet, rien n’intéresse plus le public que ces histoires de somnambules.
Au fond de chacun de nous persiste un invincible attrait du mystère.
Et la gloire » de Mme Camille rejaillit, non seulement sur ses collègues, assez nombreuses à Nancy, mais encore sur leurs clientes. Les petites ouvrières de Champigneulles ou de Frouard qui viennent consulter les cartomanciennes des rues discrètes sur leurs amoureux fugitifs ne sauraient plus être « blaguées ». L’histoire du malheureux Cadiou sera là pour répondre aux scepticismes.
Il est exact que Mme Camille a été considérée comme un « sujet » remarquable par le regretté docteur Liébeault et par le professeur Liégeois, deux des chefs de l’école hypnotique de Nancy, mais bien entendu, ni Liébeault, ni Liégeois ne sont jamais allés jusqu’à affirmer la toute puissance de la « double vue ».
Mme Camille peut cependant se réclamer d’illustres ancêtres qui ont proclamé des choses encore plus étonnantes que la découverte du corps de l’ingénieur de la Palud. Les hommes n’ont-ils pas pris comme témoin des destinées suprêmes la sibylle et à chaque enterrement on nous promet de ressusciter en chair et en os dans la vallée de Josaphat, sur la foi de cette antique personne. Teste David cum Sybilla.
Mme Camille trouve des soutiens passionnés. Ce matin, deux bourgeoises accompagnées de leurs bonnes se rendaient au marché et causaient de cette étonnante affaire dans le tramway du Bon- Coin. L’une déclarait à l’autre « Après tout, Mlle Lenormand a bien promis à Bonaparte, sous-lieutenant d’artillerie, qu’il serait un jour empereur » !
Et, au fond de toutes ces crédulités comme de toutes ces croyances, il y a la grande inquiétude des âmes. Chacun la manifeste comme il le peut, selon ses moyens, mais elle tourmente aussi bien un Pascal ou un Descartes qu’une grosse fruitière sur le retour d’âge.
LEON PIREYRE.
L’affaire Cadiou Les révélations de la somnambule
Mme Saimpy [Sainpy] questionnée par commission rogatoire
PONT-A-MOUSSON. Alors que certains Journaux de Paris, trop fidèles à leur première façon de juger les faits, persistent à tenir pour un mythe l’abracadabrante existence de la somnambule, tout le monde est ici fixé sur la réalité des faits brusquement versés dans les dossiers de la sanglante affaire Cadiou.
C’est presque aussi beau qu’un roman… répétaient ce matin les ménagères mussipontames dont les couarans se tenaient sur la place Duroc, en plein marché.
Presque aussi beau qu’un roman ! Le mot peint et résume admirablement la situation. On cingle en effet vers les horizons de l’Extravagance, eussent déclaré les précieuses de l’autre siècle.
Après des tâtonnements sans nombre, abandonnées, des suspicions qui s’évanouissent comme une brume à la clarté des alibis, des protestations d’innocence, des témoignages, voici que, tout à coup, l’occultisme entre en scène et que les magistrats sont obligés de s’incliner devant les sentences d’une somnambule extra-lucide.
Une dépêche officielle a été adressée vendredi soir, avant cinq heures – soyons précis – au parquet de Nancy ; mais sa transmission tardive est un peu la cause que M. Marin, commissaire de police à Pont-à-Mousson, n’a pu entendre ce matin Mme Anne Saimpy [Sainpy], veuve Gendarme.
Celle-ci s’est rendue seulement à l’invitation du jeune et actif magistrat, dans le courant de l’après-midi.
Mme Anne Saimpy [Sainpy] s’est bornée à préciser son identité. Elle est née à Metz, le 25 juin 1857. Restée veuve il y a quelques années, elle vit de ses rentes maintenant auprès de sa belle-mère, Mme Gendarme, dans une maison tranquille située au numéro 17 de la rue Fabvier. Elle est la belle-sœur de M. Richard, dont la sœur a épousé M. Louis Cadiou, qui a trouvé la mort le 30 décembre dernier dans les circonstances que tout le monde connaît.
Au cours de l’interrogatoire qu’elle a subi, Mme Saimpy [Sainpy]n’a pu dominer son intense émotion ; elle a rapporté, avec des sanglots dans la voix, les circonstances étranges de sa visite à la « voyante » de la rue de l’Equitation :
J’avais une foi aveugle, a-t-elle répété, dans la science de la devineresse, car elle m’avait précédemment rendu quelques petits services, en m’aidant de ses lumières dans la recherche d’un chien que j’aimais beaucoup et qu’on m’avait volé… » Quand elle s’aperçut que les enquêtes judiciaires traînaient en longueur et que le mystère s’épaississait autour du drame de la Grande Palue, la digne rentière se fit alors cette réflexion :
Il n’y a que « Camille » qui soit capable de nous fournir des renseignements. »
Nous avons essayé vainement de pénétrer dans la maison de la rue Fabvier, où Mme Sainpy, bouleversée profondément par les événements qui se précipitent depuis huit jours, se dérobe à l’insistance discrète des reporters, des agents et des proches amis. Les coups de sonnette retentissent dans la sonorité des corridors déserts et de l’escalier vide. Personne re répond. Le silence impose son inviolable consigne.
Naturellement les commentaires vont leur train. La « lucidité » des pythonisses a gagné du terrain dans les esprits. On ne jure que par la « double-vue » et par l’influence du dix-de-trèfle sur les destinées humaines.
Un agent de la police mussipontaine en arrivait à nous suggérer cette idée : Puisque les sciences occultes sont susceptibles de contribuer à la découverte de la vérité dans les affaires criminelles, pourquoi ne recourt-on pas à elles plus souvent ? Ainsi nous avons épuisé en pure perte de temps et d’argent tous les moyens de prouver la culpabilité d’un individu sur qui, il y a deux ou trois ans, essaient les plus lourdes présomptions… Avec une cartomancienne, on eût avancé en besogne plus vite qu’avec une meute de chiens policiers… »
C’est la première fois que l’on voit à justice procéder par commission rogatoire à des enquêtes où interviennent es somnambules et leur clientèle.
Mme Camille jouit d’une gloire incontestée. Elle a les honneurs du cinématographe ; elle comparaîtra en public dans les revues de fin d’année et cette célébrité ne sera pas inférieure à celle que lui valurent la sympathie des docteurs Liébault et Bernheim.
La sibylle se rend chaque soir chez sa marraine, tout près de la maison qu’elle habite, dans la même rue de l’Equitation et elle peut s’attendre à ce que les visites augmenteront dans une telle proportion que la nécessité d’un service d’ordre se fera sentir.
LUDOVIC CHAVE.
9 février 1914 – p. 2
L’assassinat de M. Cadiou
L’ingénieur Pierre est-il coupable ?
BREST, 8 février. – On sait que la principale charge relevée contre M. Pierre est celle d’avoir été vu, le 30 décembre, dans le bois où fut retrouvé le cadavre de M. Cadiou. Or, l’ingénieur continue à affirmer avec la plus vive énergie que c’était le 29. La date de cette promenade est d’une importance considérable. S’il est prouvé que c’est bien effectivement le 29 et non le 30 que M. Pierre accompagna le directeur de l’usine, on voit mal ce qu’on pourrait retenir contre lui.
Ce matin, un témoignage particulièrement important a été fourni par M. Caroff, qui exploite une minoterie voisine de la Grande Palud. Cette personne a en effet reçu ce jour-là MM. Cadiou et Pierre, qui venaient lui demander de leur céder un moulin dans lequel ils avaient projeté d’installer des ateliers spéciaux. M. Caroff est certain que c’est bien le 29 décembre qu’il reçut leur visite. En effet, il procédait ce jour-là à une expédition de farine et, grâce à ses livres, il a pu contrôler exactement ses souvenirs. Il est donc certain que M. Cadiou ne fut pas assassiné le 29, et, d’ailleurs, d’autre part, plusieurs ouvriers de l’usine se souviennent parfaitement de l’avoir vu le 30.
Le lendemain matin M. Cadiou et M. Pierre firent une promenade aux environs de la Grande-Palud. Tout au moins, le contremaître M. Bignard, le prétend. Il précise qu’il les vit partir à 11 heures 15, et qu’à 11 heures 50, M. Pierre revint seul. L’ingénieur aurait donc disposé seulement de trente-cinq minutes pour commettre son crime. Or, il faut noter que le cadavre a été recouvert à environ huit cents mètres de l’usine, soit ou total seize cents mètres pour l’aller et le retour, dont une partie, d’après le témoignage, fut faite à un pas de promenade.
De ces trente-cinq minutes, il faut encore déduire le temps qu’aurait dû mettre M. Pierre pour assaillir M. Cadiou, le tuer et l’enterrer. De plus, on peut admettre que M. Pierre, s’il est l’assassin, a dû changer de vêtements, car le coup si violent qui sectionna la carotide amena sûrement un épanchement de sang. A ce propos, il est encore à souligner qu’on n’a pas relevé la moindre trace de sang sur les vêtements que portait l’ingénieur.
M. Pierre aurait-il profité de la nuit pour aller enterrer le cadavre ? Sa domestique affirme que, rentré de l’usine le soir, il ne ressortit que le lendemain matin pour aller directement à son bureau.
Il est une autre charge qui pouvait être capitale et qui est désormais tombée. C’est celle de la pioche « tachée de sang et à laquelle adhéraient encore des cheveux ». Ainsi que nous l’avons dit, cet outil avait été transporté à Brest. M. le docteur Rousseau, médecin légiste, désigné comme expert, l’a examiné aujourd’hui. Il a conclu qu’on se trouvait en présence de tâches de rouille et que, de plus, c’étaient des poils de lapin et non des cheveux qui adhéraient au plat de l’outil. Le docteur Rousseau confirme donc ainsi formellement les déclarations produites dès le premier jour par l’accusé.
Cette principale pièce à conviction est donc tout simplement bonne à être renvoyée dans la remise de M. Pierre, d’où on l’avait tirée.
Déclaration de Mme Cadiou
BREST, 8 février. Mme Cadiou a été longuement interrogée par le juge d’instruction.
Posément, en évitant d’accuser le jeune ingénieur, Mme Cadiou expliqua, fort clairement, dans quelles conditions elle fut amenée à croire que son mari avait été assassiné.
Mon mari, a-t-elle dit, m’avait écrit le samedi 27 décembre qu’il viendrait passer à Paris les fêtes de janvier. Je l’attendais donc le 30 ou le 31. Il n’arriva pas. Inquiète, je lui télégraphiai à la Palud le 31, à 10 heures du matin. Aucune réponse ne me parvint. Dans l’après-midi, j’envoyai un autre télégramme, à M. Pierre cette fois, pour lui demander si mon mari avait quitté Landerneau. Le lendemain, je n’étais pas encore fixée. « Dès lors, j’eus le sentiment qu’un crime avait été commis. Aussi, dès le samedi, 3 janvier, je fis part de mes appréhensions à ma famille et au service de la sûreté. » Mme Cadiou croit-elle à la culpabilité de l’ingénieur ? Elle y incline, certes, mais elle se garde soigneusement d’être affirmative. Elle ne sait pas.
Mon mari, a-t-elle dit au juge, ne me tenait pas au courant de ses affaires ; pourtant il lui arriva de me confier les ennuis qu’il éprouvait, par le fait de son directeur technique ; ils ne s’accordaient pas et je crois savoir que M. Pierre menaça plusieurs fois mon mari.
« Au surplus, je sais que mon mari vivait à Landerneau dans une atmosphère d’hostilité ; il avait des jaloux, des ennemis, qui le combattaient sournoisement, mais implacablement ».
10 février 1914 – p. 3
L’AFFAIRE CADIOU
LANDERNEAU, 9 février. On a entendu un ancien ouvrier de l’usine de la Palud, qui avoir des révélations au sujet de l’assassinat de M. Cadiou.
Cet ouvrier a déclaré au commissaire que dans la matinée du 29 décembre, avait vu arriver dans la cour du moulin un inconnu d’allures suspectes que la bonne de l’ingénieur introduisit chez son maître.
La domestique interrogée à son tour, ce matin, par M. Paulin, commissaire adjoint, a déclaré à ce magistrat qu’elle n’avait vu personne se présenter ce jour-là chez M. Cadiou. Havas.
BREST, 9 février. Le juge d’instruction a entendu, cet après-midi, M. Legrand, le fondateur de l’usine de la Grande Palud, M. Pignard [Bignard], contremaître de l’usine, et M. Salies [Salliot], ancien comptable.
Ces témoins ont fourni des renseignements sur la fondation de la Société, la situation financière et les relations entre MM. Pierre et Cadiou.
L’ingénieur était lié avec le directeur par un contrat lui interdisant en cas de départ de l’usine de la Grande-Palud d’exercer sa profession de chimiste dans l’industrie du blanchiment de coton d’ici 25 ans, en France et à l’étranger parce que M. Pierre avait appris des procédés spéciaux à l’usine, cependant l’ingénieur s’était engagé dans une industrie similaire du voisinage.
11 février 1914 – p. 2 et 5
L’affaire Cadiou
Une nouvelle piste
BREST, 10 février. Le parquet suit une nouvelle piste dans l’affaire Cadiou. Un représentant de commerce, habitant Landerneau, a déclaré en effet que quelques jours après le crime une personne est venue lui rapporter 600 fr. qu’elle lui devait. Il soupçonne cette personne d’avoir assassiné l’industriel de la Grande-Palud.
BREST, 10 février. Mme Cadiou est repartie pour Paris. Elle ne sera de nouveau entendue à l’instruction que si les événements l’exigent.
Le juge d’instruction a envoyé ce matin plusieurs commissions rogatoires pour apporter quelque lumière sur plusieurs points restés obscurs. Il se pourrait que l’ingénieur Pierre fût relaxé très prochainement si les confrontations avec certaines personnes ne prouvent pas sa culpabilité. Havas.
BREST, 11 février.
L’instruction de l’affaire Cadiou, devant la fragilité des charges contre M. Pierre, semble s’orienter dans une autre voie.
Le médecin-légiste, M. Rousseau, qui a assisté à la découverte du cadavre n’a relevé aucune trace de lutte.
Faits-Divers
L’ASSASSINAT DE M. CADIOU. M. Bidard de la Noé, juge d’instruction à Brest, a entendu M. Legrand, ancien maire de Landerneau, qui fut propriétaire de l’usine de la Grand Palud, avant M. Cadiou, et qui était à la tête du comité de financiers qui vont construire une usine identique à Daoulas. Après M. Legrand, le juge a entendu M. Salliou [Salliot], qui fut comptable, il y a un an, à la Grand’Palud, et M. Bignard, comptable actuel [contre-maître].
On sait que le corps de M. Cadiou se trouvait dans un fossé, la tête à cinquante centimètres de profondeur et les pieds recouverts de dix centimètres de terre à peine. Une nouvelle version du crime dit que M. Cadiou fut amené là, soi-disant, pour examiner les sources, que déjà la fosse avait été préparée, que l’on creusa un peu en sa présence, qu’on lui dit de vérifier l’eau qui commençait à sourdre. C’est alors qu’on lui appliqua un coup sur la tête, en même temps qu’avec un instrument on lui tranchait la gorge, d’où la mare de sang trouvée exactement à l’endroit où reposait la tête. Qui fit le coup ? Toutes les suppositions sont permises.
Pour terminer, une nouvelle sensationnelle : M. Jean-Marie Cadiou, converti miraculeusement à l’hypnotisme dans les circonstances que l’on sait, a lu avec intérêt les divinations d’une seconde pythonisse, de Brest celle-là, publiées dans un journal local. Cette brave dame affirme que le portefeuille et les papiers volés à M. Louis Cadiou sont cachés non loin de la fosse où il fut enterré. Il est donc fort probable que le frère de l’industriel décédé procèdera dans les fourrés à de nouvelles investigations.
13 février 1914 – p. 2 et 5
L’affaire Cadiou
BREST, 12 février. Le juge d’instruction a entendu, aujourd’hui, cinq témoins, ouvriers de l’usine de la Grand’Palud, et des fermiers des environs, qui ont, à nouveau, affirmé avoir vu MM. Pierre et Cadiou, le 30 décembre, à onze heures du matin, quitter ensemble l’usine et se diriger vers le moulin.
Confronté avec les témoins, M. Pierre a maintenu la date du 29 décembre, mais il a déclaré pouvoir se tromper.
L’ASSASSINAT DE M. CADIOU. « Je jure que mon fils est innocent ! Il restera à la prison du Bouguen des mois s’il le faut, jusqu’à ce que l’assassin soit découvert, jusqu’à ce que son innocence éclate, entière ; mais il ne faut pas qu’il en sorte par la porte basse, qui laisserait son nom taché. » Telle est la fière déclaration m’a faite Mme Pierre, la mère du directeur technique de l’usine de la Grand Palud. Il faut d’ailleurs reconnaître qu’à mesure que se poursuit l’instruction, les charges déjà si fragiles relevées contre M. Pierre s’évanouissent les unes après les autres. Aussi l’enquête semble-t-elle s’orienter vers une autre voie.
A la suite d’une conférence qui a eu lieu entre le procureur de la République, le juge d’instruction et le médecin légiste, es vêtements de M. Cadiou vont être soumis à un nouvel examen. On a fait en effet la remarque que le jour où le corps fut découvert, les vêtements n’étaient point maculés de sang, alors que la gorge avait été presque entièrement sectionnée.
On semble d’autre part attacher une certaine importance à une déclaration faite bar un homme d’affaires de Landerneau qui avait au nombre de ses débiteurs un fermier habitant près de là Grand’Palud. Ce fermier, dont il connaissait la situation difficile, lui versé quelques jours après la disparition de M. Cadiou, 100 fr. sur une somme de 1600 fr. qu’il lui devait. Les inspecteurs de la sûreté contrôlent actuellement les déclarations faites par l’homme d’affaires.
14 février 1914 – p. 2
Drames et accidents
La nouvelle tournure de l’affaire Cadiou
PARIS, 13 février. Les perquisitions de M. Vallet, commissaire de police judiciaire, au domicile de Mme Cadiou, à Paris, n’a pas confirmé les racontars de certaines personnes tendant à faire passer pour désuni le ménage de l’usinier assassiné.
Chaque fois que l’industriel quittait Paris pour se rendre en Bretagne, afin d’y surveiller son importante usine, il adressait quotidiennement à sa femme des lettres affectueuses :
Mme Cadiou, dont chaque interview fait redoubler le chagrin, s’est prêtée de bonne grâce aux perquisitions du commissaire.
Quant à la mère de Mme Cadiou, Mme Richard, et à Mme Guillem [Guillemin], tante de M. Cadiou, qui étaient venues de Morlaix à Paris, pour essayer d’atténuer le désespoir de Mme Cadiou, M. Vallet les a entendues au sujet de la mystérieuse découverte du cadavre de l’usinier, de la somnambule de Nancy, qui a été consultée par une dame de leurs amies, habitant Pont-à-Mousson. Elles n’ont rien pu apprendre de nouveau à ce sujet puisqu’elles ne savent rien de l’intervention de la somnambule.
Un alibi de M. Pierre fourni par les dates
BREST, 13 février.
Les commissaires de la brigade mobile continuent leur enquête, pour établir si M. Cadiou a été réellement vu, comme l’affirment divers témoins, à Morlaix, les 31 décembre et 1er janvier, c’est-à-dire le lendemain et le surlendemain du jour de sa promenade vers le moulin avec l’ingénieur Pierre. De son côté, M. Mennissier [Mennessier] recherche les mobiles du crime et si des intérêts pécuniaires n’étaient pas liés à la disparition de l’usinier de la Grande-Pallue.
BREST, 13 février. Me Raynaud, secrétaire de Me Henri Robert, a pris aujourd’hui connaissance du dossier de l’ingénieur Pierre.
Demain, le juge d’instruction entendra les témoins qui déclarent avoir vu M. Cadiou le 31 décembre et le 1er janvier.
15 février 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
Déclarations importantes
BREST, 14 février. On annonce des déclarations importantes viennent d’être faites par le juge de paix de Quimper, ami intime de M. Cadiou.
Ce dernier, une quinzaine de jours avant sa disparition, aurait confié à son ami qu’il avait eu à lutter contre des amis personnels, mais, a-t-il ajouté, je ne crains plus rien car je possède contre eux des documents compromettants.
On se rappelle que le portefeuille n’a pas été retrouvé. Havas.
Un fou prétend être M. Cadiou
PARIS, 14 février. Un nommé Jean Legros, demeurant à Paris, s’est présenté ce matin dans le cabinet de M. Pacquart, secrétaire général du parquet, disant : Je possède la clé de l’affaire Cadiou je suis en mesure de fournir des renseignements qui peuvent vous seconder.
Invité à revenir cet après-midi, il s’est présenté vers trois heures. Interrogé, il dit : « Je suis Cadiou lui-même, je suis ressuscité. »
Jean Legron était atteint d’aliénation mentale.
Le magistrat l’a fait emmener par les gardes. Havas.
17 février 1914 – p. 2
Les morts tragiques qui gardent leur mystère
Le drame de la Grand-Palud
BREST, 16 février. Le procureur de la République et le juge d’instruction sont partis ce soir pour Morlaix, afin d’assister à l’autopsie du cadavre de M. Cadiou, qui sera faite dès la première heure à l’hôpital civil par le docteur Paul.
BREST, 16 février. M. Rouquier, chef de la brigade mobile de Rennes, est arrivé à Brest. Il a conféré avec le juge d’instruction et le procureur. Il repartira cet après-midi à Morlaix pour faire procéder à l’exhumation du cercueil de M. Cadiou, l’autopsie devant avoir lieu main matin dès la première heure.
De nouveaux témoins ont déclaré avoir vu M. Cadiou le 31 décembre à Morlaix. Parmi ces témoins, une dame employée dans une pâtisserie, affirme avoir servi, ce jour-là, des gâteaux à M. Cadiou.
Le juge d’instruction a envoyé des commissions rogatoires pour entendre ces témoins.
18 février 1914 – p. 2
Cadiou ne fut pas étranglé
A qui le revolver ?
BREST, 17 février.
M. Cadiou n’est pas mort étranglé. Les résultats définitifs de l’autopsie viennent d’être communiqués.
L’autopsie a démontré que M. Cadiou a été tué par une balle de revolver, tirée derrière la tête.
Le praticien a, en effet, retrouvé la balle logée dans le cou.
BREST, 17 février. La balle qui a tué M. Cadiou a été tirée du côté droit, derrière la tête. Le projectile a suivi un trajet oblique, tranchant l’artère carotide de droite.
Le praticien ne peut dire si la gorge fut tranchée avant la mort ou après. La lésion fut faite, énorme, affreuse, de 26 centimètres, peut-être pour dissimuler la trace du coup de feu.
BREST, 18 février. – Les membres du parquet ont perquisitionné à Landerneau au domicile de l’ingénieur Pierre.
Ils ont saisi une carabine de six millimètres et un revolver bull-dog.
Le crime paraît avoir été commis avec un autre revolver, appartenant au gardien de nuit de l’usine, M. Bassart [Bossard], qui, malade, a été absent de l’usine du 27 décembre au 5 janvier.
Il aurait remis son revolver à l’ingénieur Pierre, sur la demande de ce dernier, le 17 janvier.
BREST, 18 janvier. Ce matin, mercredi, une perquisition sera faite chez un ancien maire de Landerneau, soupçonné de posséder les papiers relatifs à l’assassinat de M. Cadiou.
19 février 1914 – p. 2
Le mystère Cadiou
La question du revolver
BREST. 18 février. La question des revolvers dans l’affaire Cadiou est nettement élucidée.
Il est nettement établi, on le sait que M. Cadiou a été tué avec un revolver de 6 millimètres tirant une balle à enveloppe de cuivre.
L’arme trouvée chez M. Pierre est celle que le gardien Bossard lui restitua le 17 janvier. Elle est du calibre de 8 millimètres et tire des balles en plomb.
Il est établi qu’en juin dernier, M. Pierre acheta chez un armurier de Landerneau un revolver du calibre de 6 millimètres et des balles à enveloppes de cuivre. Cette arme n’a pas été retrouvée au domicile de l’ingénieur.
Mme Camille a été entendue
BREST, 18 février. Le juge d’instruction a entendu, cet après-midi, un notaire de Brest, au sujet de l’usine de la Grande- Palud, et ensuite la somnambule de Nancy sur les indications de qui fut retrouvé le corps de M. Cadiou.
Les perquisitions
Les commissaires de la brigade mobile, chargés de l’affaire Cadiou, ont commencé l’examen complet des papiers trouvés au domicile du directeur de la Grande-Palud, au domicile de M. Cadiou, comme à celui de l’ancien maire de Landerneau, chez qui on a perquisitionné ce matin.
On aurait constaté que de nombreux documents furent brûlés quelques jours après la disparition de la victime.
La police recherche également la valise de M. Cadiou dans laquelle se trouveraient des papiers importants. Elle recherche aussi sa bicyclette. Havas.
LANDERNEAU, 18 février. On a opéré ce matin une perquisition chez un ancien maire de Landerneau. On aurait saisi divers documents se rapportant à l’usine de la Grande-Palud. Havas.
Retour en arrière
BREST, 18 février. – Dans l’espoir de mettre un peu de clarté dans cette obscure affaire, il apparaît utile d’en rappeler brièvement les premières phases :
Le même jour de la découverte du corps de M. Cadiou, M. Bidart [Bidard] de la Noë, juge d’instruction à Brest, mit en état d’arrestation M. Pierre, ingénieur à la Grande-Palud, que le frère de la victime accusait formellement, et dont les déclarations lui avaient paru contradictoires. Une perquisition opérée au domicile de M. Pierre avait amené la découverte d’un couteau recourbé qui aurait bien pu servir au crime ; on avait également saisi une pioche à laquelle adhéraient des cheveux et du sang ; mais il fut ensuite établi que c’étaient du sang et des poils de lapin. Cependant, parmi les papiers saisis, tant au domicile du jeune ingénieur qu’à celui de M. Cadiou, on trouva des lettres et des brouillons de lettres dans lesquelles M. Pierre dénonçait à l’administration militaire les agissements de M. Cadiou, qui d’après lui fraudait non seulement sur la qualité, mais sur la quantité des marchandises livrées par lui à l’armée.
Une enquête avait été ouverte à la suite des révélations de M. Pierre, et M. Cadiou avait été exclu pour l’avenir de toutes les adjudications militaires. Les amis de M. Cadiou ont retenu ce fait comme une charge très sérieuse contre le directeur technique de la Grande-Palud et croient pouvoir prouver que le jeune ingénieur voulait obliger M. Cadiou à se défaire de son usine afin de la racheter à vil prix.
Cependant les charges relevées contre M. Pierre semblaient s’évanouir les unes après les autres. La politique s’emparait peu à peu de cette affaire et l’on s’étonnait que le jeune ingénieur ne fût pas déjà remis en liberté ; on accusait même un homme politique d’être intervenu pour le faire maintenir en prison. Enfin, ému de certains faits qui paraissaient contredire les résultats de l’autopsie pratiquée par le docteur Rousseau, le procureur de la République de Brest pria le parquet de la Seine de désigner un médecin légiste de haute compétence pour opérer une contre-autopsie.
On sait que le docteur Paul a établi que M. Cadiou a été tué par une balle de revolver tirée du côté droit derrière la tête, et qui après avoir tranché l’artère carotide droite, s’était logée dans la partie gauche du cou où le praticien l’a retrouvée. Le projectile, que l’on n’avait pu découvrir au cours de la première autopsie, est une bal- le de revolver du calibre de six millimètres. Il résulte de l’examen du capuchon de M. Cadiou que le coup a été tiré à bout portant.
La police et les inspecteurs de la Sûreté, aussitôt mobilisés, opérèrent de nouvelles perquisitions au domicile de M. Pierre et à celui de M. Cadiou : il s’agissait de retrouver l’arme qui avait servi au crime.
Un revolver avait déjà été saisi chez M. Pierre ; mais il n’est pas du calibre de la balle retrouvée dans le cou de M. Cadiou. L’arme qui a servi à tuer M. Cadiou serait-elle le revolver de six millimètres qui avait été confié au veilleur de nuit Bossard, cet ancien soldat colonial qui avait déjà signalé à la justice une visite que M. Pierre avait reçue le 27 décembre au matin ? M. Bossard a donc été entendu à nouveau. Il a déclaré, que le 27 décembre, ayant dû prendre un congé pour cause de maladie, il laissa le revolver sous le traversin de son lit. A son retour, le 7 janvier, il le retrouva à sa place. Le 17, il déchargea l’arme sur un tas de charbon. « Le soir même, a-t-il ajouté, M. Pierre me réclama le revolver et m’ordonna de lui remettre également les cartouches, qui restaient à ma disposition, ainsi que les douilles vides. Je m’exécutai avec empressement, heureux de me défaire d’une arme dont la présence dans ma chambre me faisait peur. J’avais en effet la crainte que M. Pierre ne s’en servit contre moi. » Le contremaître Brignard [Bignard] confirme en partie les déclarations de M. Bossard ; il ajoute que ce dernier lui remit une note constatant qu’il s’était bien dessaisi de l’arme, mais cette note, M. Bignard croit l’avoir déchirée.
Où renaitrait le scandale des poudres
PARIS, 19 février. Les journaux du matin disent qu’il ne serait pas impossible qu’à propos de l’affaire Cadiou, l’on vit renaître le scandale des poudres. Le « Petit Parisien » déclare que l’ingénieur Pierre aurait de graves révélations à faire. Havas.
20 février 1914 – p. 2
L’affaire Cadiou tourne mal pour l’ingénieur
BREST, 19 février.
L’ingénieur Pierre, interrogé par le juge d’instruction, a connu avoir eu en sa possession un revolver de 6 millimètres et des balles blindées correspondant au modèle de l’arme qui a dû servir à tuer M. Cadiou. M. Pierre dit avoir vendu cette arme en février ou mars 1913 à un voyageur de commerce dont il ne connait pas le nom.
BREST, 20 février.
Voici des détails sur l’interrogatoire de M. Pierre au sujet des deux revolvers de 6 et de 8 mm. qu’il eut en sa possession.
M. Pierre, qu’assistait Me Feillard, reconnut tout d’abord l’exactitude de la déposition de Bossard en ce qui concerne le revolver de 8 mm. qui devait servir an veilleur de nuit de la Grande-Palud. M. Bidard de la Noë en arriva ensuite au revolver de 6 mm.
D. – En dehors de ce revolver de 8 millimètres, n’en avez-vous pas eu un autre
R. – Oui. J’en ai eu un autre que j’avais acheté en 1912 chez M. Marie, armurier à Landerneau.
Il convient de faire remarquer que M. Marie place cet achat en mai ou juillet 1913 : sa comptabilité ne porte pas mention de cette vente. Cela est profondément regrettable, en raison des discussions ne vont pas manquer de s’élever au sujet de la date de cette acquisition.
M. Pierre continue en ces termes : « J’ai payé cette arme 27 francs, avec une boîte de cartouches. Je l’ai achetée avant qu’on enlevât de mon jardin une tourelle peinte en blanc qui est maintenant chez M. Botcazou, architecte-paysagiste à Landerneau. Je me souviens ce détail parce que lorsque j’ai tiré pour la première fois avec ce revolver, je me suis abrité derrière cette tourelle, par crainte des ricochets. »
Le juge d’instruction présenta alors M. Pierre un revolver identique à cet que lui avait vendu M. Marie. L’ingénieur reconnut qu’il était en tous points semblable à l’arme qu’il avait en sa possession. Et l’interrogatoire reprit. »
« D. Qu’avez-vous fait de votre revolver de 6 millimètres ?
R. Je l’ai cédé à un voyageur commerce en février ou en mars 1913 c’est-à-dire avant que l’on tentât de cambrioler le coffre-fort de la Grande-Palud. Si je me suis défait de cette arme, c’est parce que le cran de sûreté n’en était pas sûr. Je n’ai jamais eu deux revolvers à la fois.
D. Combien avez-vous vendu ce revolver ?
R. Je l’ai vendu 15 francs, avec d balles qui me restaient.
D. Comment s’appelle le voyageur qui vous l’acheta ?
R. Je ne sais pas son nom, je ne lui ai pas demandé, pas plus que je ne me suis inquiété de savoir quelle maison il représentait. Il m’a dit vendre de l’huile, du savon et peut-être du café ; je lui ai répondu que ces articles ne m’intéressaient pas. Au moment où il est arrivé je me trouvais au moulin, dans mon jardin, en train de tirer avec le revolver sur un journal fixé à deux bâtons plantés en terre.
D. Savez-vous au moins de quelle contrée était ce voyageur ?
R. Je ne le sais pas, car je n’ai pas lié autrement conversation avec lui. Il m’a paru un peu plus petit que moi et plus jeune ; il pouvait avoir vingt-huit ans, portait un pardessus sombre et un canne. Je ne me souviens pas comment était sa coiffure.
D. Quelqu’un se trouvait-il à ce moment avec vous ?
R. Non. J’étais seul dans mon jardin. »
L’interrogatoire prit fin sur ces mots. Si M. Pierre dit vrai, on le saura sans nul doute prochainement, car le voyageur de commerce dont il parle ne peut manquer de se faire connaître d’ici quelques jours ; mais cet espoir apparaît comme bien vague.
Avant l’ingénieur de la Grande-Palud, M. Bidard de la Noë avait entendu, de neuf heures à onze heures un quart, l’ouvrier Bossard, qui ne lui apprit rien que nos lecteurs ne connaissent déjà. Un expert parisien, M. Kohn [Kohn-Abrest], commis pour examiner les viscères de M. Cadiou.
BREST, 20 février. Hier après-midi, tandis qu’on interrogeait l’ingénieur Pierre, le bruit se répandit en ville qu’il s’était suicidé.
Il n’en est rien.
L’ingénieur, très abattu, a quitté le palais de justice vers 8 heures du soir.
Pierre avait acheté deux revolvers
BREST, 20 février. MM. Mennissier [Mennessier] et Paulin, commissaires spéciaux, viennent d’établir, par une enquête faite à Landerneau, que M. Pierre a acheté deux revolvers à la même époque, en donna pour l’un le nom de M. Bignard, contremaître d’usine.
Les points de comparaison invoqués par l’ingénieur au sujet de l’achat du revolver de 6 m/m ont été reconnus inexacts.
Toute l’attention de la police spéciale est maintenant portée sur le mobile de crime et sur la possibilité d’une complicité.
Havas.
22 février 1914 – p. 2
L’assassinat de M. Cadiou
La somnambule est muette
BREST, 21 février. M. Bidard de la Noë a tenté aujourd’hui d’élucider le plus mystérieux des incidents de l’affaire Cadiou : la consultation de la somnambule de Nancy, Mme Camille, grâce à laquelle fut découvert le cadavre du directeur de la Grande-Palud. Il a entendu aussi Mme Saimpy [Sainpy], de Pont-à-Mousson, belle-mère du frère de Mme Cadiou, et la pythonisse, Mme Simon, veuve Hoffmann, dit Mme Camille. Elles n’ont point varié dans leurs déclarations.
Dans les paroles que prononça la pythonisse et que Mme Sainpy nota scrupuleusement, il est des indications d’une précision telle qu’elles ne pouvaient manquer d’étonner le parquet de Brest.
M. Cadiou a bien été assassiné, disait Mme Hoffman en un moment où il ne se trouvait pas un journal en France pour soutenir l’hypothèse du crime. Ceci était déjà remarquable. Voyons la suite.
Le meurtrier est grand, châtain ; il a de trente à trente-cinq ans. C’était bien le signalement de M. Pierre.
Voici maintenant comment M. Cadiou a été tué d’un gros coup sur la tête, à droite. C’était exact ; la balle pénétra dans la nuque de ce côté-là. Restait un point : où est le cadavre ?
Il est inutile de chercher le corps de M. Cadiou dans l’eau, répondait la somnambule ; il ne s’y trouve pas. Il est à droite du moulin, au pied d’un talus, près d’un petit bois ou d’un bouquet d’arbres. Peu de terre le recouvre.
Admirable, en vérité ! Que l’on arrive de Brest ou de Landerneau, l’endroit à M. Cadiou est enterré est à droite du moulin, le bouquet d’arbres existe et quelques centimètres de terre à peine recouvraient le corps.
Pour terminer la consultation, une prophétie qui ne tarda pas à se réaliser :
Il sera découvert et l’assassin pris. Le juge d’instruction, pendant quatre heures, vient de chercher à percer le secret de cette surprenante divination. Mme Sainpy, fervente de l’occultisme, lui a tout d’abord exposé dans quelles conditions elle décida de recourir aux bons offices de Mme Hoffmann, comment elle fit prendre par Mme Richard, chez Mme Cadiou, une paire de gants ayant appartenu au disparu, et comment la voyante, ayant été endormie par sa marraine, elle recueillit les stupéfiantes révélations que l’on sait.
Mme Hoffmann, qui était venue de Nancy avec son beau-frère, s’est retranchée derrière le secret professionnel si l’on peut s’exprimer ainsi.
A l’état de veille, aucun souvenir du sommeil hypnotique ne subsiste, a-t-elle dit. J’ai tout oublié.
Il a été impossible de tirer d’elle autre chose.
On affirme ici que les renseignements fournis par la voyante ont été suggérés par une femme qui connaissait toutes les phases du drame et qui, pour libérer conscience, aurait usé de ce subterfuge.
Le revolver de Pierre
Le voyageur se fait connaître
RENNES, 22 février. L’« Ouest- Éclair » publie aujourd’hui la note suivante :
Jeudi dernier, 19 février, arrivait à Dinan, venant de Guingamp, un voyageur de commerce, Léon-Paul Thévenot, qui descendit dans un hôtel, où il s’inscrivit comme étant originaire du département de l’Ariège.
« Aujourd’hui, à la table d’hôte, il se reconnut comme étant le voyageur auquel M. Pierre avait montré le revolver.
« Il a ajouté qu’il avait tiré avec ce revolver plusieurs balles dans le jardin du moulin, à une date qu’il place entre le 1er et le 5 janvier.
« Par contre, il a affirmé qu’il n’avait pas acheté le revolver.
« M. Thévenot a écrit au juge d’instruction de Brest pour lui demander à être entendu par commission rogatoire.
On aurait cambriolé le dossier
BREST, 22 février. Le bruit a couru que certains documents du dossier de l’affaire Cadiou avaient disparu du cabinet du juge d’instruction et que toutes les serrures des portes du parquet allaient être changées.
Il est exact que l’on va poser huit nouvelles serrures, mais le juge a affirmé qu’aucun papier n’avait disparu.
24 février 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
SAINT-MALO, 23 février. Le voyageur Thévenot vient d’être interrogé par le commissaire spécial de la police mobile. Il a déclaré être allé chez M. Pierre le dimanche 29 juin ou le 6 juillet 1913 avec deux dames.
M. Pierre tira des coups de revolver dans son jardin. M. Thévenot ne se servit pas de l’arme et ne peut voir le revolver que M. Pierre ne lui proposa pas d’acheter.
Havas.
25 février 1914 – p. 2, 3 et 5
Où les allemands apparaissent dans l’affaire Cadiou
LILLE, 25 février. On signale, sous toutes réserves, un bruit répandu par des Brestois de passage dans notre ville et suivant lequel à la fin de l’année écoulée, époque de la disparition de M. Cadiou, six Allemands s’étaient rendus à Landerneau pour négocier la vente de l’usine de coton-poudre de la Grande-Palud. Ils s’adressèrent à M. Cadiou, mais l’affaire ne réussit pas.
Les six étrangers s’en allèrent et presque aussitôt l’industriel disparaissait.
Les six Allemands, au lieu de se rendre directement dans leur pays, passèrent par Calais, d’où, l’on s’en souvient, des lettres signées « Cadiou » furent envoyées au parquet de Brest. L’une était timbrée de Calais, l’autre portait le cachet d’une commune voisine.
Quelques jours après, les voyageurs étrangers s’embarquaient à Calais pour l’Angleterre, d’où, par une nouvelle traversée, ils regagnaient la Belgique, Anvers, Ostende et enfin l’Allemagne. Havas
Mme Camille est mystifiée
Un bon métier qui rapporte plus de 200 francs par jour
L’extra-lucidité des somnambules est soumise à de cruelles épreuves. La pythonisse de la rue de l’Equitation clame les imprécations de Camille. La chute la plus profonde, a dit Hugo, pend au sommet le plus haut. Mme Hoffmann, qui dérobait avec soin sa modeste personnalité par égard pour la mémoire d’un haut « fonctionnaire », abandonne le faîte où l’ont hissée une affaire sensationnelle, une réclame foraine et les films cinématographiques.
Le « Matin » s’est avisé d’une consultation qui ruine lamentablement cette gloire éphémère. L’aventure date d’hier. Un reporter du journal parisien s’approcha du trépied mué en fauteuil Voltaire d’où jaillissent les oracles. Sa curiosité frémissait d’impatience. Il s’agissait de découvrir les traces, sinon la retraite d’une personne qui disparut dans le plus troublant mystère le financier Rochette.
En possession d’un autographe et d’un portrait glissés dans une enveloppe, Mme Camille indiqua à notre confrère que la personne qui l’intéressait si fort avait le caractère emporté :
Oui, caractère emporté… mais pas méchante du tout… Je vous vois avec elle, Il y a quelques mois… Elle vous menace de partir… Elle part… Un simple coup de tête… Pourtant, elle vous reviendra bientôt… Elle a une robe rose et une ombrelle bleue… »
Deux minutes après, Mme Camille, réveillée par la fraiche caresse d’un éventail, tendait aussitôt la main :
C’est 5 francs, conclut-elle. »
La voyante mystifiée – comme un simple pourboire se tirera d’affaire. Elle alléguera que, par ce temps de carnaval, son flair magnétique avait éventé une supercherie, qu’au lieu de tomber dans le piège, comme on le raconte, c’est elle, au contraire, qui s’est gentiment payé la tête de son visiteur en ayant l’air de croire qu’il l’interrogeait sur la fugue d’une petite amie :
Je ne lui ai pris que cent sous… De quoi se plaint-il donc ?… Le grand jeu coûte plus cher… Pour un louis, je lui aurais précisé l’endroit où l’escroc Rochette coule en paix des jours tissés d’or et de soie. »
Car les somnambules ont divers tarifs. Mme Camille demandait trois francs avant le crime de Landerneau. Elle exige maintenant la thune. Il semble bien qu’arrivée à l’extra-lucidité dont elle se pare avec orgueil, elle ne puisse dépasser l’apogée dont elle a franchi si vite les glorieux degrés et c’est pourquoi les outrages à sa célébrité provoqueront à bref délai une baisse sensible des prix.
Attendez quelques jours, ô vous benoîtes gens qui croquâtes en vain le marmot aux dernières séances, on vous débitera l’avenir sur le pied de douze à quinze sous la séance et ce sera tout de suite votre tour.
Veuve d’un honorable garde de navigation à Malzéville, Mme Hoffmann a eu tort de quitter l’asile obscur où se succédaient en long pèlerinage les ambitions déçues, les amours inconsolables, les ardents espoirs et les farouches appétits de fortune.
Le cadavre de M. Cadiou lui a porté bonheur. Trop peu de temps, hélas Les phénomènes que le professeur Bernheim venait de maltraiter assez rudement n’ont pas inspiré plus de confiance ni de respect à la justice. Savants et magistrats se sont écartés du superstitieux cortège qui pressait rue de l’Equitation et la confrontation de Mme Sainby [Sainpy] avec Mme Camille acheva d’ébranler une réputation dont le « Matin » disperse et raille les débris. On sait les résultats de cette confrontation.
Mme Sainpy soutenait qu’en assistant par la pensée au crime de la Grande Palud, à l’enfouissement de la victime, à ces tragiques scènes d’horreur, la sorcière avait pleuré d’émotion. De son côté, Mme Camille protestait, jurait ses grands dieux qu’à son réveil elle avait les yeux secs et qu’elle ignorait ses propres révélations.
Je vous ai répété aussitôt ce que vous m’avez dit… insista gravement la cliente mussipontaine.
En aucune façon… A mon réveil, vous m’avez donné trois francs et vous êtes partie.
Quel besoin éprouva la voyante de revenir à Landerneau, sur les déclarations que nous recueillîmes à Nancy, lors de l’interview que nous lui fîmes subir ? La première version lui parut-elle compromettante ?
En présence de plusieurs témoins, des locataires de sa maison, Mme Camille nous avait relaté ce soir-là avec force détails impressionnants, comment elle avait appris l’assassinat de M. Cadiou à l’issue de la consultation de Mme Sainpy. Aucun démenti n’est venu rectifier un seul mot du récit que nous avons publié dans l’Est Républicain. Mais la « petite sorcière » tient moins sans doute au prestige de ses facultés divinatoires qu’à une tranquillité où les juges bretons apportaient quelque trouble par leurs enquêtes.
Qu’on me laisse la paix… J’ai hâte de rentrer chez moi… Songez qu’en restant à Landerneau je perds deux cents francs par jour… »
La constante préoccupation de la somnambule semble être la question d’argent.
Avant de poser devant l’objectif cinématographique, elle débattait âprement le cachet. C’était pour elle une excellente publicité, soit ! Mais Gaumont allait vendre ce film des sommes folles dont elle ré- clamait sa part ; elle doubla presque son prix-courant elle fut débordée par un courrier qui l’obligea à employer des réponses-circulaires pour annoncer à ses clients lointains qu’elle leur distribuerait ses oracles à raison de dix francs pièce (joindre le mandat s. v. p.).
La reproduction de son portrait nous valut l’intervention d’un photographe dont la pythonisse aurait bien dû annoncer les prétentions… mais l’extra-lucidité ne saurait tout prévoir.
A la place de Mme veuve Hoffmann, dite Camille, à la place des cartomanciennes, somnambules, marchandes de pronostics, chiromanciennes, je me méfierais car il n’est jamais bon, mesdames, que la justice examine de trop près les métiers clandestins qui rapportent deux cents francs par jour.
Nul n’est longtemps prophète en son pays. Sans tarots, marc de café, tables tournantes, occultisme ni magie, j’accente même sur ce propos de dire infailliblement La bonne aventure aux sorcières lorraines.
ACHILLE LIEGEOIS.
AUTOUR DE L’AFFAIRE CADIOU.
Le service de la Sûreté recherche l’auteur d’une lettre anonyme qui fut remise au docteur Paul, à Morlaix, le matin même de la contre-autopsie du corps de M. Cadiou. L’adresse était ainsi libellée : « M. le docteur Paul, en mission à Morlaix. » Le timbre de départ apposé à Quimper portait la date du 15 février. L’auteur de la lettre disait la déception qu’avaient causée les résultats de la première autopsie et donnait des explications techniques sur la façon dont il fallait opérer ; finalement il indiquait que l’on trouverait la trace du crime dans la nuque.
On sait que le docteur Paul a retrouvé dans le cou de M. Cadiou la balle que le docteur Rousseau, auteur de la première autopsie, n’avait pas aperçue.
Le docteur Paul a déclaré au sujet de cette lettre mystérieuse ;
« Lorsque je suis arrivé en Bretagne pour y accomplir la mission dont j’étais chargé, mon confrère brestois, le docteur Rousseau, me remit une lettre qui était arrivée à mon nom, à Morlaix. Avant de la décacheter, je fis la remarque que la lettre portait le cachet postal de Quimper, indiquant qu’elle avait été mise à la boite dans cette ville la veille ou l’avant-veille. La lettre n’était pas signée. Je jetai rapidement les yeux sur les premières lignes. Je vis qu’elles contenaient une série d’allégations des plus désobligeantes à l’égard du docteur Rousseau.
Je m’empressai de la donner à mon confrère brestois à qui je dis :
Mon cher confrère, voici une lettre qui me semble vous concerner et je ne puis mieux faire que de vous la remettre.
Le docteur Rousseau la parcourut rapidement et la remit aussitôt à l’avocat général qui devait assister à la contre-autopsie. La missive donnait-elle des détails précis sur la façon dont M. Cadiou avait été assassiné ?… Je ne saurais le dire. En tout cas, je ne pense pas que son contenu puisse être bien sensationnel, car le docteur Rousseau, à la suite des résultats de l’opération à laquelle je procédai, n’aurait pas manqué d’en faire part aux magistrats présents, et il n’en a rien fait. »
Les membres de la famille Pierre offrent une prime de 500 francs au voyageur de commerce qui, de passage à Landerneau, a acheté un revolver Hammerless de 6 millimètres à M. Pierre, ingénieur de l’usine de La Grand’Palud.
Cette vente, affirment les membres de la famille Pierre, eut lieu en mars 1913, dans le jardin du moulin.
27 février 1914 – p. 2
Le revolver qui tua M. Cadiou
Pierre contredit par l’armurier
BREST, 26 février.
Le juge d’instruction a entendu l’armurier Maire [Marie] de Landerneau, chez qui l’ingénieur Pierre avait acheté son revolver.
L’armurier a déclaré que le revolver avait été payé comptant 38 francs par l’ingénieur, vers la fin de juin 1913.
La fille de l’armurier, Julienne Maire [Marie], a affirmé de son côté que, lorsque l’ingénieur vint au magasin, elle était encore en deuil de sa mère, mais que ce deuil touchait à sa fin.
Ce point, qui précise ses souvenirs, tend à contredire l’affirmation de l’ingénieur soutenant avoir acheté son revolver en décembre 1912 et l’avoir revendu à un voyageur de commerce inconnu en mars 1913.
1er mars 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 28 février. Le juge d’instruction a entendu M. Huet-Kerbriant, avocat et le docteur Broug [Prouff], de Morlaix, ami de M. Cadiou qui ont déclaré que le 11 janvier, le contremaître de l’usine, M. Pignard [Bignard] leur a dit, que dans la matinée du 30 décembre, M. Cadiou eut une altercation avec l’ingénieur Pierre et que, depuis cette date, il n’avait plus revu son directeur.
M. Pignard [Bignard], interrogé, affirme que cette altercation remonte à plusieurs mois. Les témoins de Morlaix, persistent dans leurs déclarations. — Havas.
BREST, 28 février. Après la confrontation, il a été établi que l’altercation entre MM. Cadiou et Pierre a bien eu lieu vers la fin de septembre, quatre mois avant la mort du directeur.
M. Cadiou avait été à Paris et avait appris que M. Pierre avait écrit à l’inspecteur général des poudres et salpêtres pour dénoncer ses malfaçons.
M. Cadiou en rentrant à l’usine, par un train du matin rencontra d’abord dans la cour le contremaître Pignard [Bignard], à qui il ne cacha pas sa colère et lui dit que M. Pierre ne resterait plus longtemps à l’usine.
Il vit ensuite l’ingénieur et eut avec lui une vive discussion.
HM. Pierre reconnaît les faits. Havas.
4 mars 1914 – p. 2
Le mystère Cadiou
Ceux qui l’ont vu vivant après la date du crime
PARIS, 4 mars. Le « Matin » publie des dépêches de Brest et de Morlaix, d’après lesquelles plusieurs témoins ont affirmé que Cadiou se trouvait à Morlaix Le 31 décembre 1913.
L’un d’eux a affirmé même l’avoir vu dans cette ville le 1er janvier.
Le « Matin » ajoute que ces déclarations mettent en échec l’enquête judiciaire. L’instruction croyait, en effet, avoir établi que Cadiou avait disparu le 30 décembre. Havas.
7 mars 1914 – p. 2
L’assassinat de M. Cadiou
L’auteur de la lettre au docteur Paul, dénonçant le coup de feu, ne serait-il pas l’assassin ?
BREST, 6 mars. – M. Sébille, contrôleur général des recherches judiciaires, est arrivé ce matin à Brest. Il a eu une longue entrevue avec le sous-préfet.
M. Sébille vient se rendre compte des recherches effectuées par la police spéciale et la brigade mobile au sujet de l’affaire Cadiou, et pour savoir s’il est nécessaire de faire appel à la sûreté générale de Paris.
BREST, 6 mars. Le juge d’instruction a commencé aujourd’hui le dépouillement des papiers saisis à l’usine de la Grande-Pallud, et au domicile de l’ingénieur Pierre.
Celui-ci assistait à la levée des scellés. La police et la brigade mobile seraient sur les traces de la personne mystérieuse qui a adressé une lettre anonyme au docteur Paul, avant la contre-autopsie, lettre indiquant au médecin de chercher dans la nuque du cadavre de M. Cadiou.
On se rappelle que le docteur Paul, qui pratiqua la première autopsie, avait conclu que Cadiou avait été étranglé, puis que l’assassin lui avait presque tranché le cou d’un coup de couteau. Or, sur les indications de la lettre anonyme en question, on ordonna une seconde autopsie, et celle-ci établit que M. Cadiou avait été tue d’un coup de revolver et que son assassin lui avait ensuite tranché le cou pour faire disparaître les traces de la balle, qui fut retrouvée, en effet, dans la nuque.
Qui a bien pu connaître ainsi ce détail du crime ? Il n’y a guère que l’assassin lui-même ou qu’un complice. Or, comme la lettre anonyme n’a pas été envoyée par Pierre, déjà sous les verrous, cette divulgation est bien faite pour l’innocenter.
En réalité, deux lettres ont été écrites et par la même main. L’adresse de la première était ainsi libellée : « A M. le docteur Paul, en mission à Morlaix ». La seconde intéressait M. Briset [Brisset], commissaire de la brigade mobile. Le texte en était le même.
On avait pensé, sans doute, qu’au cas où l’une s’égarerait, la seconde parviendrait sûrement à destination. Les intéressés purent se convaincre que l’auteur était un homme instruit et intelligent, qui paraissait même avoir des connaissances médicales assez étendues. Il affirmait que l’on devait trouver, une balle à chemise de cuivre dans la mâchoire de Cadiou et, ainsi qu’on le sait, il avait raison.
La mise en liberté de l’ingénieur Pierre est repoussée
BREST, 6 mars. M. Bridard [Bidard] de la Noë, juge d’instruction, a rejeté la demande de mise en liberté provisoire de l’ingénieur Pierre, formulée pour la seconde fois par son avocat.
L’ordonnance du juge d’instruction porte qu’il ne pouvait faire droit aux conclusions de l’avocat, vu que les papiers saisis chez l’ingénieur n’ont pas encore été examinés et que le rapport sur la contre- autopsie du corps de la victime n’est pas encore parvenu au parquet.
8 mars 1914 – p. 2
Le mystère indéchiffrable ou l’assassinat de M. Cadiou
BREST, 7 mars. Le juge d’instruction a fait appeler, ce matin, M. Nicolas, juge au tribunal de commerce, qui affirmait ces jours derniers, avoir salué M. Cadiou, dans la soirée du 31 décembre, à 8 heures.
M. Nicolas maintient formellement ses déclarations et a donné au juge son point de repère.
Si cela est vrai, que M. Cadiou était à Morlaix, le 31 décembre, toutes les recherches effectuées sont restées infructueuses et l’on se demande où M. Cadiou a passé la nuit du 30 au 31 décembre. Havas. BREST, 7 mars. Mme Zattome [Zaccone], tante de M. Cadiou, entendue par le juge d’instruction, a confirmé que chaque fois que son neveu venait à Morlaix, il ne manquait pas de lui faire une visite. Or, elle a vu M. Cadiou pour la dernière fois le 25 décembre.
Elle est donc persuadée qu’il n’est pas venu à Morlaix le 31 décembre. Havas
Un qui sait peut-être beaucoup
BREST, 8 mars. Me Feillard, avocat de M. Pierre, a eu communication d’une lettre que vient de recevoir l’ingénieur. Cette lettre est signée « Bourlier » [Boulier], facteur-receveur des postes à Blincourt (Oise).
Le signataire regrette que le secret professionnel lui interdise de proclamer l’innocence de Pierre et, en même temps, d’empêcher une erreur judiciaire dans l’affaire Cadiou. Havas.
9 mars 1914 – p. 2
L’habitude du succès
La somnambule de Nancy veut retrouver tous les disparus
AMIENS, 8 mars. L’enquête relative à la mystérieuse disparition de M. Achille Boulet, cet ancien directeur de tissage de Candas, paraissant de nouveau sommeiller, le gendre du disparu, M. Alfred Leroy, est allé consulter à Nancy Mme Camille, la voyante que l’affaire Cadiou a rendue célèbre. Il avait emporté un gilet du disparu et, après les passes magnétiques de rigueur, la pythonisse a répondu :
-Votre beau-père est disparu depuis trois ans et il est mort dans une forêt où il a été retrouvé cinq mois après, à 20 kilomètres de votre pays. Le vieillard partit, la nuit, dans un accès de fièvre et voyagea deux jours presque toujours sous bois. Au moment de son départ, il était en bras de chemise, vêtu d’un pantalon et coiffé d’une casquette noire. Votre beau-père portait sur lui un porte-monnaie et un couteau avec lequel il s’est peut-être détruit.
« Les personnes qui retrouvèrent son cadavre, ajouta la somnambule, allaient ramasser des noisettes ou quelque chose de semblable. Le corps, qui était en état de décomposition très avancée, ne put être identifié ; mais, rassurez-vous, on saura d’ici peu l’endroit où il est mort, car ses vêtements ont été conservés dans une mairie. »
La pythonisse ajouta ce détail :
Pour gagner la forêt où il est mort, votre beau-père dut gravir une forte côte. M. Leroy a payé 5 francs cette consultation, dont il m’a confié le résultat. Il espère fermement qu’elle permettra de découvrir bientôt la vérité, en attendant que le médecin légiste ait donné son avis sur le crâne retrouvé au cimetière de Candas.
10 mars 1914 – p. 2
Le frère du mort accuse l’ingénieur Pierre
Emouvante confrontation
BREST, 9 mars. Une confrontation émouvante a eu lieu entre Pierre, qui avait été extrait de la prison, et M. Jean-Marie Cadiou, frère de la victime. Pierre a écouté avec le plus grand calme la lecture des dépositions faites par Jean-Marie les 20 décembre et 4 février, dépositions concernant le rôle de Pierre à l’usine et les faits de la découverte du cadavre. Puis Jean-Marie Cadiou s’est fait accusateur véhément. Il a reproché à Pierre son rôle indigne à l’usine, ses accusation fausses contre le directeur de la Grand’Palud, ses trahisons d’employé dénonciateur de son patron.
Je pourrais dire beaucoup de choses, a riposté Pierre.
Eh bien, pourquoi ne les dites-vous point, crie Jean-Marie Cadiou. Nous ne demandons que cela ; nous ne cherchons que la vérité. Si vous vous taisez, c’est parce que vous espérez nous salir encore par des réticences. Vous mentez comme vous avez toujours menti. Quand on s’est conduit comme vous le faisiez avec vos trahisons, on est capable de tout. Je vous forcerai à avouer. Le jour où je vous apporterai une preuve éclatante, je m’attends encore à ce que vous mentiez.
Pierre a laissé passer ces accusations avec un grand calme, mais il a blêmi terriblement. Était-ce d’indignation ou de peur ? Quand il a réintégré sa geôle, il était encore d’une pâleur cadavérique.
Ceux qui ont vu Cadiou après le 30 décembre
MORLAIX, 9 mars. – Un nouveau témoignage, et venant de gens qui paraissent sûrs d’eux, va être donné au juge d’instruction sur la présence de M. Cadiou, le 1er janvier, dans la région de Morlaix.
C’est un commis à l’hospice civil de Morlaix, M. Le Gall, qui apportera cet important élément à l’affaire. Je l’ai vu ce matin, et il est formel. Voici ce qu’il m’a raconté :
Le 1er janvier, à 7 h. 5 du soir, M. Le Gall et son fils, qui est étudiant en médecine, se rendaient à la gare de Saint-Pol-de-Léon, avec un négociant de cette localité, M. Graff. Ils devaient prendre le train de 7 h. 13 pour Morlaix.
En arrivant sur le quai, ils aperçurent M. Cadiou ; l’usinier de la Grande-Palud souhaita le bonjour à M. Le Gall, qui lui répondit. Le fils du commis ne connaissait pas M. Cadiou, il demanda à son père :
Quel est ce monsieur ?
C’est un ancien avoué de Morlaix, répondit M. Le Gall.
D’autre part, M. Graff témoignera qu’il a vu l’usinier saluer M. Le Gall. Il a même remarqué que M. Cadiou tenait sa bicyclette à deux mains et que l’avant en était placé dans la direction de Roscoff.
Comme on demandait à M. Le Gall pourquoi il n’avait rien dit de tout cela jusqu’à présent, il a répondu laconiquement : J’attendais mon heure.
11 mars 1914 – p. 2
LE MYSTÈRE CADIOU
Encore un témoin qui s’était trompé
BREST, 10 mars. Devant le juge d’instruction, M. Bonnefoy, fermier à la Grande-Palud, dont la maison est située à proximité de l’usine Cadiou, et qui avait déclaré avoir, le 30 décembre, jour fixé par le parquet pour l’assassinat de Cadiou, aperçu ce dernier, et son ingénieur Pierre, se dirigeant ensemble, vers onze heures, du côté du moulin, est revenu aujourd’hui sur cette importante déclaration.
Il a reconnu, en effet, qu’il n’avait pu voir MM. Pierre et Cadiou le 30 décembre, à 11 heures du matin – l’assassinat aurait eu lieu entre 11 heures et 11 h. ½ – car, ce jour-là, il était parti de chez lui à 9 heures du matin avec son beau-frère pour Landerneau, où il allait assister à une réunion de la commission de remonte italienne.
S’il a vu M. Cadiou, c’est non pas le 30 décembre, mais le 31, et cela, non pas à 11 heures, mais à 9 heures du matin.
A ce moment, M. Cadiou rentrait à l’usine.
Le 31 également, mais à 11 heures du matin, il a aperçu deux personnes vêtues de pèlerines, et se dirigeant vers le moulin.
Il a eu l’impression que ce pouvaient être M. Cadiou et M. Pierre, mais il ne peut l’affirmer.
Depuis plusieurs jours, d’ailleurs, Mme Bonnefoy disait que son mari n’avait pas pu voir M. Cadiou avec M. Pierre le 30 décembre, à onze heures du matin, puisqu’il était parti ce jour-là vers huit heures pour Landerneau, où il conduisait un cheval qu’il voulait vendre à la commission de remonte italienne ; il ne rentra d’ailleurs à la maison qu’à cinq heures du soir. « J’ai dit à mon mari qu’il se trompait, affirme Mme Bonnefoy, ma sœur et toute la famille le lui ont dit, mais il n’ose plus se rendre auprès du juge d’instruction pour le prévenir qu’il a fait erreur ».
Le récit du facteur qui a vu Cadiou le 4 janvier
BREST, 10 mars. Le facteur Boulier a fait le récit suivant à un journaliste : Je me trouvais, le 4 janvier dernier, vers une heure de l’après-midi, dans la salle des Pas-Perdus de la gare Saint-Lazare, à Paris. Je venais de prendre, au guichet des lignes de Normandie, un billet pour Dieppe ; ce ticket était destiné à mon jeune fils que je reconduisais au collège de cette ville.
Comme il restait à peine une demi-heure avant le départ du train, je pris la résolution de déjeuner avec mon enfant au buffet même de la gare. Nous nous dirigions du côté où il est installé lorsque, au bout du grand escalier d’accès, je vis venir vers moi quelqu’un que je connais très bien.
Je me portai à sa rencontre, mais il ne m’avait point aperçu. Il allait, la main tendue, vers un monsieur petit, brun, âgé d’une quarantaine d’années, vêtu d’un pardessus sombre et coiffé d’un chapeau melon, qu’il salua de ces mots que j’entendis très distinctement :
Bonjour, mon cher Cadiou !
Je passai, sans prêter autrement attention à ces paroles. Ce n’est que plus tard, lorsque je lus les articles concernant la disparition de l’industriel, qu’elles me revinrent en mémoire. Je me souvins alors que l’interlocuteur de M. Cadiou m’avait, à l’occasion de mon service à Blincourt, entretenu de ses relations avec celui-ci et de l’usine de la Grande-Palud. Au fur et à mesure que les jours passaient, je m’étonnai de son silence. J’attendis néanmoins jusqu’à ce que ma conscience se révoltât. Voilà pourquoi je n’ai pas parlé plus tôt. On se demande aussi pour quelle raison je n’ai pas encore fait connaître le nom du personnage grand, châtain, barbu – le signalement complet de l’assassin de M. Cadiou fourni par la somnambule de Nancy – que j’aperçus en conversation avec le directeur de la Grande-Palud et pour quelle raison je me retranche derrière le secret professionnel.
Tout simplement parce que, par déférences pour mes chefs et aussi eu égard à cette circonstance que c’est dans l’exercice de mes fonctions que j’ai connu ce monsieur, je ne veux le nommer qu’à mon directeur ou au juge d’instruction de Brest, s’il leur plaît de m’entendre. »
Sur ce dernier point, les désirs de M. Boulier seront bientôt exaucés. Allons-nous vers le coup de théâtre le plus sensationnel qui se soit produit au cours de cette extraordinaire et tragique aventure ?
Des menaces
MORLAIX, 10 mars. M. Cabon, facteur surveillant des P. T. T., qui, depuis le premier jour de la disparition de M. Cadiou, a toujours affirmé avoir vu le directeur de l’usine de la Grande-Palud à Morlaix le 1er janvier, vient de recevoir de Nantes une lettre de menaces signée Bernard, dans laquelle on lui reproche de s’être laissé acheter par l’avocat de Pierre. On le prévient en outre qu’il y a une justice immanente avec laquelle il aura à compter.
On retrouve à présent le voyageur au revolver
PARIS, 11 mars. De Rennes au « Ma- l’acheteur serait un nommé Meslay, qui « On annonce, d’après l’« Ouest- Éclair », que le mystérieux voyageur à qui l’ingénieur Pierre aurait vendu son revolver serait maintenant connu. Les policiers seraient désormais convaincus que l’inculpé aurait effectivement, comme il le prétend, fait cette vente, et ils sont convaincus que l’acheteur serait un nommé Meslay, qui voyage pour une maison de la Mayenne. « Meslay avait pour ami un armurier de Janzé (Ille-et-Vilaine), qui exerce maintenant sa profession à Guingamp, M. Simon.
« En février 1912 ou 1913, Simon ne peut préciser Meslay vint le trouver et il lui montra un revolver qu’il venait, dit-il, d’acheter aux environs de Landerneau à un individu qu’il ne connaissait pas. « Meslay lui demanda s’il avait fait une bonne affaire.
« Il ajouta que le revolver lui avait été vendu parce que son possesseur trouvait la détente un peu dure.
« Meslay voyagerait maintenant en Amérique du Sud. » Havas.
12 mars 1914 – p. 2
LE MYSTÈRE CADIOU
Encore un témoin qui s’était trompé
BREST, 10 mars. Devant le juge d’instruction, M. Bonnefoy, fermier à la Grande-Palud, dont la maison est située à proximité de l’usine Cadiou, et qui avait déclaré avoir, le 30 décembre, jour fixé par le parquet pour l’assassinat de Cadiou, aperçu ce dernier et son ingénieur Pierre, se dirigeant ensemble, vers onze d heures, du côté du moulin, est revenu aujourd’hui sur cette importante déclaration.
Il a reconnu, en effet, qu’il n’avait pu voir MM. Pierre et Cadiou le 30 décembre, à 11 heures du matin l’assassinat aurait eu lieu entre 11 heures et 11 h.1/2 car, ce jour-là, il était parti de chez lui à 9 heures du matin avec son beau-frère pour Landerneau, où il allait assister à une réunion de la commission de remonte italienne.
S’il a vu M. Cadiou, c’est non pas le 30 décembre, mais le 31, et cela, non pas à 11 heures, mais à 9 heures du matin. A ce moment, M. Cadiou rentrait à l’usine.
Le 31 également, mais à 11 heures du matin, il a aperçu deux personnes vêtues de pèlerines, et se dirigeant vers le moulin.
Il a eu l’impression que ce pouvaient être M. Cadiou et M. Pierre, mais il ne peut l’affirmer.
Depuis plusieurs jours, d’ailleurs, Mme Bonnefoy disait que son mari n’avait pas pu voir M. Cadiou avec M. Pierre le 30 décembre, a onze heures du matin, puisqu’il était parti ce jour-là vers huit heures pour Landerneau, où il conduisait un cheval qu’il voulait vendre à la commission de remonte italienne ; il ne rentra d’ailleurs à la maison qu’à cinq heures du soir. « J’ai dit à mon mari qu’il se trompait, affirme Mme Bonnefoy ; ma sœur et toute la famille le lui ont dit, mais il n’ose plus se rendre auprès du juge d’instruction pour le prévenir qu’il a fait erreur ».
Le récit du facteur qui a vu Cadiou le 4 janvier
BREST, 10 mars. Le facteur Boulier a fait le récit suivant à un journaliste :
Je me trouvais, le 4 janvier dernier, vers une heure de l’après-midi, dans la salle des Pas-Perdus de la gare Saint-Lazare, à Paris. Je venais de prendre, au guichet 8 des lignes de Normandie, un billet pour Dieppe ; ce ticket était destiné à mon jeune fils que je reconduisais au collège de cette ville.
Comme il restait à peine une demi-heure avant le départ du train, je pris la résolution de déjeuner avec mon enfant au buffet même de la gare. Nous nous dirigions du côté où il est installé lorsque, au bout du grand escalier d’accès, je vis venir vers moi quelqu’un que je connais très bien.
Je me portai à sa rencontre, mais il ne m’avait point aperçu. Il allait, la main tendue, vers un monsieur petit, brun, âgé d’une quarantaine d’années, vêtu d’un par-dessus sombre et coiffé d’un chapeau melon, qu’il salua de ces mots que j’entendis très distinctement :
Bonjour, mon cher Cadiou !
Je passai, sans prêter autrement attention à ces paroles. Ce n’est que plus tard, lorsque je lus les articles concernant la disparition de l’industriel, qu’elles me revinrent en mémoire. Je me souvins alors que l’interlocuteur de M. Cadiou m’avait, à l’occasion de mon service a Blincourt, entretenu de ses relations avec celui-ci et de l’usine de la Grande-Palud. Au fur et à mesure que les jours passaient, je m’étonnai de son silence. J’attendis néanmoins jusqu’à ce que ma conscience se révoltât. Voilà pourquoi je n’ai pas parlé plus tôt. On se demande aussi pour quelle raison je n’ai pas encore fait connaître le nom du le personnage grand, châtain, barbu signalement complet de l’assassin de M. Cadiou fourni par la somnambule de Nancy que j’aperçus en conversation avec le directeur de la Grande-Palud et pour quelle raison je me retranche derrière le secret professionnel.
Tout simplement parce que, par déférence pour mes chefs et aussi eu égard à cette q circonstance que c’est dans l’exercice de mes fonctions que j’ai connu ce monsieur, je ne veux le nommer qu’à mon directeur F ou au juge d’instruction de Brest, s’il leur plait de m’entendre. »
Sur ce dernier point, les désirs de M. Boulier seront bientôt exaucés. Allons-nous vers le coup de théâtre le plus sensationnel qui se soit produit au cours de cette extra- ordinaire et tragique aventure ?
Des menaces
MORLAIX, 10 mars. M. Cabon, facteur surveillant des P. T. T., qui, depuis le premier jour de la disparition de M. Cadiou, a toujours affirmé avoir vu le directeur de l’usine de la Grande-Palud à Morlaix le 1er janvier, vient de recevoir de Nantes une lettre de menaces signée Bernard, dans laquelle on lui reproche de s’être laissé acheter par l’avocat de Pierre. On le prévient en outre qu’il y a une justice immanente avec laquelle il aura à compter.
On retrouve à présent le voyageur au revolver
PARIS, 11 mars. De Rennes au « Matin » :
« On annonce, d’après l’« Ouest- Éclair »>, que le mystérieux voyageur à qui l’ingénieur Pierre aurait vendu son revolver serait maintenant connu. Les policiers raient désormais convaincus que l’inculpé aurait effectivement, comme il le prétend, fait cette vente, et ils sont convaincus que l’acheteur serait un nommé Meslay, qui voyage pour une maison de la Mayenne. « Meslay avait pour ami un armurier de Janzé (Ille-et-Vilaine), qui exerce maintenant sa profession à Guingamp, M. Simon.
« En février 1912 ou 1913, peut préciser Meslay vint le trouver et il lui montra un revolver qu’il venait, dit-il, d’acheter aux environs de Landerneau à un individu qu’il ne connaissait pas. « Meslay lui demanda s’il avait fait une bonne affaire.
« Il ajouta que le revolver lui avait été vendu parce que son possesseur trouvait la détente un peu dure.
« Meslay voyagerait maintenant en Amérique du Sud. » – Havas.
15 mars 1914 – p. 5
Faits-Divers
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU.
On a enfin des précisions sur les dénonciations que Pierre porta contre son patron au ministère de la guerre.
Pierre écrivit trois lettres à M. Barral, inspecteur général des poudres et salpêtres. Dans la première, il émettait le désir d’entrer dans ce service et donnait comme références qu’il était « élève de l’Allemand Greiss et par conséquent connaissait à fond le traitement des linters ». Il faisait, en terminant, une légère allusion au wagon de poudre livré à l’administration militaire et payé deux fois.
M. Barral répondit en demandant des précisions. Le 16 juin, Pierre fournissait de nouveaux renseignements et enfin, le 22, expliquait l’affaire en détail. Il ajoutait qu’à la Grand’Palud la main-d’œuvre était insuffisante pour assurer le triage parfait du coton et terminait en accusant un employé de la poudrerie d’Angoulême d’être de connivence avec Cadiou.
Il y a divergence de vues entre le parquet de Brest qui reste convaincu que Cadiou fut tué le 30 décembre et la brigade mobile qui suit de plus en plus la « piste de Morlaix ». Du reste, petit à petit, les témoins qui affirmaient avoir vu ensemble, dans la matinée du 30 décembre, l’ingénieur Pierre et son patron, reviennent sur leurs déclarations. On se souvient que déjà le fermier Bonnefoy s’était rétracté. Or, aujourd’hui, le jeune pâtre Pierre Boulhen [Boulben] affirme qu’on a mal interprété ses paroles. Interrogé par un journaliste, voici ce qu’il a dit :
« J’ai vu M. Cadiou entre 8 heures et 9 heures du matin ; il venait par la route de Landerneau pour se rendre à l’usine d’où je ne l’ai pas vu ressortir. Il n’était pas accompagné de l’ingénieur Pierre. » Quant à Mme Quemeneur, la débitante de la Grand’Palud, elle jure maintenant qu’elle n’a jamais déclaré avoir rencontré Pierre et M. Cadiou le 30 décembre. Elle a bien aperçu M. Cadiou vers neuf heures du matin, mais il était seul et elle ne l’a plus revu.
On se souvient qu’il y a quelques semaines une jeune dactylographe Quimper, Mlle Hélène Guzenec, fut trouvée noyée dans la rivière de Morlaix. Certains voulurent voir une corrélation entre cette mort et la disparition de M. Cadiou. Le cadavre avait été transporté à Brest à fin d’autopsie et l’enquête avait conclu à un suicide. Aujourd’hui, à Morlaix surtout, on réclame à cor et à cri une seconde autopsie ; il est probable qu’elle va être ordonnée par le parquet.
16 mars 1914 – p. 2
QUI N’A PAS VU M. Cadiou après sa mort ?
On l’a vu à Paris le 5 janvier
BREST, 16 mars. On annonce qu’un sénateur du Finistère aurait déclaré à un ancien fonctionnaire qu’un de ses amis aurait rencontré M. Cadiou à Paris, le 5 janvier.
18 mars 1914 – p. 5
Faits-Divers
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU. – Le sénateur Fortin déclare qu’il ne pourra donner, avant deux ou trois jours, le nom de la personne qui aurait va Cadiou le 4 ou le 5 janvier, à Paris, « Je veux, dit-il, avant de parler, m’assurer que je n’ai pas été induit en erreur. »
D’après Me Feillard, avocat de l’ingénieur Pierre, l’homme barbu que le facteur Boulier affirme avoir vu, le 4 janvier, aborder M. Cadiou à la gare Saint-Lazare, serait un Allemand, nommé Hagen Chaze [Hazen-Chase], qui passe habituellement l’été au Touquet. M. Hagen Chaza [Hazen-Chase], qui était en relations d’affaires avec M. Cadiou, serait venu à la Palud en automobile au mois de janvier dernier.
24 mars 1914 – p. 5
Faits-Divers
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU. Des témoins avaient déclaré au cours de l’instruction avoir aperçu M. Cadiou à Paris dans les premiers jours de janvier. Il apparait aujourd’hui que la piste de M. Cadiou à Paris doit être définitivement abandonnée ; en effet, M. Roudaut, pharmacien à Lesneven, ami de M. Fortin, sénateur, confirme qu’il n’a pas vu M. Cadiou à Paris le 4 ou le 5 janvier, comme le bruit s’en était répandu.
29 mars 1914 – p. 4
L’AFFAIRE CADIOU. Les commissaires de la brigade mobile ont reçu un important témoignage, celui de M. Lemeur, entrepreneur à Landerneau, qui, dans la nuit du 27 au 28 janvier, a vu une automobile passer devant sa maison vers une heure du matin. La voiture venait de la direction de Morlaix et suivait la route de Brest, qui passe devant l’usine de la Grande-Palud ; elle repassa à toute vitesse à 5 heures, se dirigeant vers Morlaix.
Le 27 janvier étant jour de foire à Commana, on peut rapprocher les déclarations de M. Lemeur de celles de Mme Lequerré, débitante à Guipavas, qui affirme que deux fermiers de cette commune, revenant de la foire de Commana, lui ont dit avoir rencontré, vers 2 heures du matin, une automobile arrêtée sur la route, juste en face de l’endroit du bois où le cadavre de M. Cadiou a été trouvé enfoui.
L’hypothèse de l’assassinat de M. Cadiou loin de Landerneau et de son transport dans une automobile près du moulin, devient de moins en moins invraisemblable, si l’on se rappelle que le cadavre, quand il a été retrouvé dans le bois, le 5 février, ne paraissait être enterré que depuis quelques jours.
On annonce que la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Rennes a rejeté la demande de mise en liberté provisoire introduite par l’ingénieur Pierre.
4 avril 1914 – p. 3
M. PIERRE
La question du revolver
BREST, 3 avril. Le juge d’instruction a interrogé l’ingénieur Pierre. Il lui a montré un échantillon du revolver, et lui a demandé s’il ressemblait à celui qu’il avait acheté à Landerneau et revendu à un voyageur de commerce.
L’inculpé, avec un grand calme, a reconnu la similitude du modèle.
Interrogé ensuite sur le costume qu’il portait le 30 décembre, et qui, dit-on, n’aurait pas été retrouvé, M. Pierre a déclaré ne pas s’en rappeler, parce qu’il se servait à l’usine de nombreux vêtements usagés.
Cinq costumes, qui ne portent aucune trace de sang, ont été saisis à son domicile.
Mardi prochain, Mme Cadiou et Pierre seront confrontés dans le cabinet du juge d’instruction.
Le juge d’instruction à entendu également, hier après-midi, M. Le Bolloch, liquidateur de l’usine de la Grande-Pallud, et, Julia Zéan [Juzeau], ancienne bonne de l’ingénieur Pierre. Havas.
5 avril 1914 – p. 2
ON REVIENT au mystère Cadiou
BREST, 4 avril. Les commissaires de la brigade mobile qui s’occupent de l’affaire Cadiou ont commencé leur enquête sur le passage à Landerneau de l’automobile marchant à une vive allure, dans la nuit du 27 au 28 janvier.
M. Lemeur, entrepreneur à Landerneau, précise que cette même nuit, où une lumière avait été remarquée à la Grand-Pallud, une voiture passa à 1 h. 35 du matin et est revenue environ une heure après.
Cette déclaration a été confirmée par deux autres témoins. Havas.
BREST, 4 avril. Le facteur Boulier a reçu une lettre d’un sieur Édouard Roche, se disant voyageur de commerce à Calais, et qui raconte que, dans les premiers jours de janvier, M. Cadiou avait pris le paquebot à Boulogne pour l’Angleterre.
Le facteur a remis cette lettre au juge d’instruction. Mais on estime qu’il ne peut s’agir que d’une plaisanterie, le cadavre de Cadiou ayant été reconnu par sa famille et par une quinzaine d’ouvriers de son usine.
PARIS, 5 avril. Le correspondant du « Petit Parisien » à Calais, a interviewé M. Roche, au sujet de la lettre que le facteur Boulier a remise au juge d’instruction et qui lui est attribuée.
M. Roche a paru abasourdi aux questions du correspondant. Il ignore tout de l’affaire Cadiou.
7 avril 1914 – p. 5
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU.
Mme Cadiou est arrivée à Brest. Elle sera confrontée mardi avec l’ingénieur Pierre.
Le procureur de la République de Brest avait été, dès le début de l’instruction, mis, par le frère de M. Cadiou en possession de deux lettres écrites par l’ingénieur Pierre au directeur de l’usine de la Grande-Palud. Ces lettres traitent des questions techniques et l’une d’elles fait observer à M. Cadiou la non-réception d’une somme de deux mille francs qui aurait dû arriver la veille pour effectuer le payement des ouvriers de l’usine.
Tout l’intérêt de ces lettres réside dans leurs dates : elles ont été écrites les 30 et 31 décembre 1913. L’accusation voit là une charge contre l’ingénieur Pierre, qui en écrivant ces lettres, aurait voulu se créer un alibi. En effet, si comme Pierre l’affirme, il a quitté son directeur à l’usine de la Grande-Palud après la journée du 29 décembre, pensant qu’il rentrait à Paris, il ne pouvait s’attendre à recevoir le lendemain le chèque de 2,000 francs réclamé. Dans sa lettre du 31 décembre, M. Pierre dit à M. Cadiou que s’il n’a toujours reçu aucun argent, cela tient sans doute à un déraillement sur la ligne de Brest.
C’est Mme veuve Cadiou qui a reçu ces deux lettres, et dans la matinée du 1er janvier, elle signalait à la Sûreté générale la disparition de son infortuné mari.
Si l’accusation voit dans ces lettres de graves présomptions à l’égard de Pierre, la défense, les considérant comme sincères, y trouve au contraire la preuve de son innocence.
8 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 7 avril. – Mme Cadiou a été entendue ce matin par le juge d’instruction. Elle a maintenu ses accusations contre l’ingénieur Pierre., Pour élucider certains points, Mme Cadiou et M. Pierre sont confrontés cet après-midi.
9 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 8 avril. Avant d’envoyer à l’expert armurier la balle qui a tué M. Cadiou et le revolver qui l’a tiré, le juge d’instruction a entendu ce matin, sous la foi du serment, l’armurier Marie, de Landerneau, et lui a présenté un échantillon. L’armurier a déclaré que c’était bien une arme du même modèle qui fut vendue à l’ingénieur Pierre.
L’inculpé l’a également reconnu. Havas.
10 avril 1914 – p. 2
La mort de M. Cadiou garde son Secret
Et les avocats se battent
BREST, 10 avril. En réponse au reproche du manque de correction envers Mme Cadiou que lui faisait Me Vichot, avoué de cette dernière, Me Feillard, défenseur de M. Pierre, a adressé à Me Vichot une lettre jugée par ce dernier offensante.
L’avoué de Mme Cadiou a envoyé ses témoins à Me Feillard, qui a constitués aussi les siens.
12 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 11 avril. Le juge d’instruction a interrogé Mme Léost, domestique de M. Cadiou.
Cette servante déclare que le matin du 30 décembre M. Cadiou lui annonça son prochain départ pour Paris et lui donna des étrennes.
Quand elle revint le lendemain, comme d’habitude, pour faire le ménage, elle constata que son maître n’avait pas couché chez lui.
Elle en conclut qu’il était parti la veille pour Paris.
13 avril 1914 – p. 5
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU.
Le juge d’instruction a interrogé l’ingénieur Pierre sur ses antécédents.
L’ingénieur a rappelé qu’il est né en 1862 à Branville (Eure), où ses parents dirigent une exploitation agricole ; il a été reçu en 1904 à l’École centrale et il a obtenu son diplôme. Employé d’abord dans un établissement de Courbevoie, il fut appelé par M. Cadiou en mars 1909 à l’usine de la Grand’Palud où il a succédé à l’ingénieur allemand Greiss, qui lui a appris les procédés de blanchiment des cotons. Ses appointements étaient de 300 francs par mois, plus 1 fr. 50 pour cent sur les bénéfices.
Son contrat avec M. Cadiou devait expirer en février 1915, avec cette stipulation que pendant quinze ans Pierre ne pourrait être employé dans une usine de blanchiment de cotons. En décembre dernier, un accord intervint entre Pierre et son patron, aux termes duquel l’ingénieur pouvait quitter la Grand Palud en juillet prochain.
Nous avons signalé qu’un échange de témoins avait eu lieu entre Me Vichot et Me Feillard. Cet incident vient d’être réglé par un procès-verbal des témoins des deux parties. Ce procès-verbal dit qu’« aucun des incidents survenus pendant la confrontation de l’ingénieur Pierre et de Mme Cadiou ne peut être retenu, que la plainte déposée par M. Feillard, contre Me Vichot à la chambre des avoués doit être retirée et qu’en conséquence il n’y a pas lieu à la rencontre demandée par M. Vichot. »
16 avril 1914 – p. 2
L’affaire Cadiou
Ceux qui virent l’industriel après le 30 décembre
BREST, 15 avril. Le juge d’instruction a entendu M. Cabon, facteur télégraphiste à Morlaix, qui a déclaré avoir rencontré le directeur de l’usine de la Grande-Palud le 1er janvier, vers 9 heures du matin, quai du Viaduc.
Le facteur lui aurait dit : « Bonjour Monsieur Cadiou !». Ce dernier a répondu : « Bonjour Cabon ! »
L’adjudant des sapeurs-pompiers de Morlaix, M. Caramoin [Caramour], a également affirmé au juge d’instruction qu’il avait vu l’ingénieur Cadiou, le 1er janvier, vers 9 heures du matin, il portait un complet cycliste, le vêtement dont son cadavre était recouvert lorsqu’il fut découvert. Havas
Cadiou se serait suicidé
BREST, 15 avril. On annonce qu’un habitant de Landerneau possède et se dispose à les produire, des lettres émanant de M. Cadiou qui laissent supposer que le directeur de la « Grande-Pallud » s’est suicidé et seraient de nature à établir l’innocence de l’ingénieur Pierre.
Havas.
17 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
RESTE TENEBREUSE
DAOULAS, 16 avril. Les commissaires de la brigade mobile qui s’occupent de l’affaire Cadiou vont procéder à une enquête à Landerneau et Daoulas, au sujet des lettres dont l’existence a été révélée hier par l’entrepreneur Desrue, lettres qui, disait-on, doivent faire éclater la vérité sur ce drame.
Ils suivent une piste et espèrent arriver aujourd’hui à un résultat. Havas.
BREST, 16 avril. L’enquête de la brigade mobile relative aux lettres qui devaient dévoiler le mystère de la Grande-Palue, a démontré que ces lettres ne contiennent aucun renseignement susceptible d’éclairer la justice.
Ce sont simplement des lettres d’affaires adressées par Mme Cadiou à l’ancien directeur de l’usine.
19 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 18 avril. – Le juge d’instruction a entendu cet après-midi, M. Badet, avocat, qui a certifié que dans le courant de septembre, M. Cadiou est venu le consulter, au sujet des dénonciations dont il était l’objet au ministère de la guerre.
Le directeur de la Grand-Pallud lui a montré un volumineux dossier, contenant les pièces qui devaient prouver son innocence, mais l’avocat n’en a pas pris connaissance, le dossier n’étant pas entièrement constitué.
On sait que ces documents ont disparu et n’ont pas été retrouvés. Havas.
21 avril 1914 – p. 5
Faits-Divers
LE MYSTÈRE CADIOU.
M. Bidard de la Noë, juge d’instruction à Brest, a entendu M. Vacheront, maire de la Forest, qui a fait une déposition fort importante. On sait que c’est dans le bois de M. Vacheront que, le 4 février, fut retrouvé le cadavre M. Cadiou. Il était donc intéressant, au haut point, de connaître l’opinion du propriétaire de ce bois.
Le maire de la Forest a déclaré, tout d’abord, qu’il connaissait depuis longtemps l’ingénieur Pierre et qu’il avait toujours avec celui-ci les meilleures relations de voisinage.
– M. Pierre, a-t-il dit, était très serviable. Plusieurs fois il vint chez moi, sur ma demande, pour réparer des machines agricoles.
– Sur la question du séjour prolongé du cadavre dans son bois, M. Vacheront a déclaré ce qui suit :
– Mon Jardinier, M. Maubian, me sert de piqueur pendant la saison de chasse. Or, le 1er février, c’est-à-dire trois jours avant la découverte du cadavre, il passa à l’endroit même où il devait être enfoui. II marqua que le sol avait été fouillé par un sangler dont la présence étant signalée puis plusieurs jours sur mes domaines. Mon piqueur nivela le terrain et revint le demain afin de se rendre compte si le sanglier était revenu dans la nuit et avait nouveau labouré le terrain au même point ; mais il ne fit aucune constatation intéressante. Le sanglier avait disparu. Il aurait été vu à Plougastel où, quelques jours après il était tué dans la rivière par les riverains.
J’ai chassé presque tous les jours, soit seul, soit avec des amis dans le bois, précisa M. Vacheront, et, à aucun moment, dans le cours du mois de janvier, mes chiens ne m’ont indiqué quelque chose d’anormal, et pourtant je me suis arrêté souvent avec eux à moins de dix mètres de la passe.
M. Vacheront, en qualité de maire, assista aux constatations légales, le 4 février, quelques instants après la découverte du cadavre. Après qu’il eut été dévêtu, il entendit, soit le procureur, soit le juge d’instruction, demander où était la coiffure de Cadiou. Pierre déclara alors qu’elle était, peut-être, dans le manteau, où on la retrouvait bientôt. Pierre alla lui-même rechercher la casquette et revint en déclarant à qui voulait l’entendre qu’il y avait des traces de sang à l’intérieur, sur la partie arrière.
Personne, au dire de M. Vacheront, ne prêta attention à cette déclaration, qui lui semblait pourtant de la plus haute importance.
M. Vacheront a vu ensuite l’ingénieur laver, « sur l’ordre des magistrats », la casquette de Cadiou. Pierre n’accomplit d’ailleurs pas cette besogne seul. Un journalier nommé Haran, l’aida.
M. Vacheront termina sa déposition en affirmant qu’à maintes reprises, ce jour-là, Pierre exprima le désir « qu’il fût constaté que le capuchon de la pèlerine était troué à la nuque ». Personne ne se préoccupa de vérifier ce fait.
Telles furent les déclarations du maire de la Forest qui, pour être tardives, n’en présentent pas moins un très vif intérêt puisqu’elles établissent qu’au moment de la découverte du cadavre et de la première autopsie l’ingénieur était loin d’avoir l’attitude d’un coupable.
24 avril 1914 – p. 2
LES FUMISTES dans l’affaire Cadiou
BREST, 23 avril. Des commissaires spéciaux se sont rendus cette nuit à la Grande-Palud, où ils ont arrêté le veilleur de nuit Brossart [Bossard], dont les déclarations avaient amené l’incarcération de l’ingénieur Pierre.
L’ancien veilleur de nuit de la Grand’Palud, Jacques Bossard, s’est présenté, en effet, hier, au cabinet du juge d’instruction et lui a fait les déclarations suivantes :
« Le 31 décembre, me promenant dans les bois de la Grand’Palud, j’ai aperçu sur la neige des traces de pas qui m’ont conduit à l’endroit où M. Cadiou devait être dé terré le 4 février suivant. A cet endroit, j’ai remarqué alors que la terre avait été fraîchement remuée ; la neige ne la recouvrait pas et des feuilles mortes avaient été semées sur le sol.
« Je n’attachai pas d’importance à ces remarques. Le 17 janvier suivant, me promenant à nouveau dans le bois, je revins au même endroit, attiré cette fois par une odeur nauséabonde.
« Jugez de ma stupeur lorsque j’aperçus des cheveux qui émergeaient de la terre. Épouvanté je m’enfuis,
« Le lendemain, 18 janvier, je revins encore. Cette fois, une tête sortait du sol. Je reconnus le visage de mon ancien patron, Plein de terreur, craignant d’être compromis dans cette effroyable affaire, je pris la fuite et je gardai pour moi l’horrible secret. Aujourd’hui, bien décidé à libérer ma conscience, je suis venu vous trouver et faire ma déclaration.
BREST, 23 avril. Les commissaires spéciaux Ménessier [Ménnessier] et Paulin, ont opéré une perquisition à la chaumière où habite Bossard et chez sa mère, à Saint-Divy.
L’ancien gardien de l’usine avait consacré de longs mémoires au drame de la Grand-Pallud et y avait noté ses réflexions.
Tous ces papiers ont été saisis et le juge d’instruction doit interroger Bossard cet après-midi.
BREST, 23 avril. Bossard attend dans une cellule du palais de justice, sa comparution devant le juge d’instruction.
Il a déclaré regretter ses révélations d’hier, qui lui ont valu son arrestation aujourd’hui.
L’ancien gardien de l’usine a toujours dit qu’il connaissait beaucoup de choses sur les mystères de la Grand-Pallud. Depuis le commencement de l’enquête, il a fait maintes déclarations, mais ceux qui le connaissent, déclarent que Bossard aime à se mettre en avant.
Bossard, nie énergiquement qu’il a participé à l’assassinat de M. Cadiou, mais le juge d’instruction estime que Bossard peut apporter des éclaircissements dans cette affaire. – Havas.
BREST, 23 avril. C’est sous l’inculpation de complicité à l’assassinat de M. Cadiou, que l’ouvrier Bossard a été arrêté. Havas.
BREST, 23 avril. Le veilleur de nuit Bonart [Bossard] a subi ce soir un long interrogatoire.
Il a rétracté, devant le juge d’instruction, plusieurs des déclarations qu’il avait faites la veille, alors qu’il n’était pas inculpé.
L’ancien veilleur de nuit a été maintenu en état d’arrestation, sous l’inculpation de complicité d’assassinat et de recel de cadavre, Bonard [Bossard] avant dit que, le 17 janvier dernier, il avait aperçu la tête de Cadiou dans le fossé et qu’il l’avait recouverte de terre. Havas.
25 avril 1914 – p. 2
L’affaire Cadiou
Bossard a tout inventé
BREST, 24 avril. – Le juge d’instruction a entendu ce matin, l’inspecteur de police Semez [Lemez], qui le 11 janvier rechercha le cadavre de M. Cadiou, en compagnie de Bossard, qui avait été désigné par le contremaître de l’usine pour accompagner l’inspecteur.
Il ressort de ses déclarations, que l’ingénieur Pierre lui avait conseillé de diriger les investigations du côté de l’étang, mais il préféra chercher aux alentours du moulin, et à deux reprises, l’inspecteur Semez [Lemez] remarqua que Bossard essayait de l’entrainer dans la direction indiquée par l’ingénieur. Havas.
BREST, 24 avril. Au cours des recherches, l’inspecteur s’aperçut que Bossard ne le suivait plus, il l’appela et, ne recevant pas de réponse, il se mit à sa recherche, il le trouva caché dans un fourré, il paraissait extrêmement troublé.
Une confrontation a eu lieu dans le cabinet du juge d’instruction, entre l’inspecteur Lemez et Bossard.
Ce dernier finit par reconnaître les paroles prononcées par lui, le 12 mars, devant l’inspecteur.
Ce jour-là, l’inspecteur et Bossard cherchaient près de l’endroit où le cadavre était enfoui l’arme du crime, Bossard ayant déclaré qu’il pourrait retrouver le revolver, et les recherches demeurant infructueuses, l’inspecteur lui demanda s’il se moquait de la justice.
« Je sais tout de l’affaire Cadiou, lui déclara Bossard, je pourrais dire la date de l’assassinat. Je sais que M. Pierre est coupable, mais si j’en disais davantage, je serais considéré comme son complice. »> Aujourd’hui, Bossard affirme ne rien connaître de cette affaire. En parlant ainsi, dit-il, à l’inspecteur Lemez, j’avais simplement voulu rire. Havas.
BREST, 25 avril. Le juge d’instruction, M. Bidard de la Noé, a fait subir, hier soir, à Bossard, un nouvel interrogatoire qui s’est prolongé pendant quatre heures. Le veilleur de nuit a rétracté toutes ses déclarations antérieures.
On croit que Bossard obéit à une sorte d’hallucination.
Le juge l’a toutefois maintenu en état d’arrestation, en attendant d’être fixé sur la provenance de certains objets saisis à son domicile. Havas.
27 avril 1914 – p. 5
L’AFFAIRE CADIOU ET LA SOMNAMBULE.
M. Richard, agent mécanicien des postes et télégraphes Vesoul, beau-frère de Cadiou, a affirmé que sa belle-mère, Mme Saimpy [Sainpy], qui habite Pont-à-Mousson, s’est rendue chez la somnambule de son propre mouvement. Il a affirmé également que la somnambule n’avait été mise au courant de l’affaire par aucune autre personne, et qu’avant d’être consultée, elle ne connaissait pas plus la famille Cadiou que l’endroit du crime, encore moins l’emplacement de l’usine de la Grande-Palud
D’autre part, M. Richard est persuadé que son beau-frère Cadiou ne se trouvait pas, le 27 décembre, à Morlaix ni à Saint-Pol-de-Léon. A son avis, si M. Cadiou avait séjourné, à cette date, à Morlaix et à Saint-Pol-de-Léon, il en aurait profité pour rendre visite à Mme Zaccone, avec laquelle il était lié d’amitié. Il a invoqué à ce sujet une conversation qui aurait eu lieu à Brest, entre sa sœur, Mme Cadiou, et la femme de l’avoué de celle-ci, relativement à une communication téléphonique, conversation qui semblerait indiquer la non-présence de M. Cadiou.
M. Richard est absolument convaincu comme la famille Cadiou, de la culpabilité de Pierre.
28 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 27 avril. – Le juge d’instruction a reçu ce matin le rapport du laboratoire toxicologique sur les viscères du cadavre de M. Cadiou.
L’expertise conclut que la mort ne peut être attribuée à un empoisonnement. Havas
29 avril 1914 – p. 2
La mystérieuse affaire Cadiou
BREST, 28 avril.
M. Bidard de la Noé a continué ce matin l’instruction de l’affaire Cadiou pour fixer un point intéressant de l’enquête.
Il avait été dit que le cadavre de M Cadiou avait dû être enfoui le 1er février.
A cette date, un sanglier avait labouré à l’endroit où la fosse avait été creusée, il aurait donc dû déterrer le cadavre.
Le juge d’instruction a entendu M. Maubian, piqueur du propriétaire des bois de la Grande-Pallud. Ce témoin a déclaré qu’il avait vu le 1er février des traces de pas de sanglier, près du ruisseau, à un mètre de l’endroit où a été découvert le cadavre du directeur, la fosse n’était pas labourée et ne présentait rien d’anormal. Des feuilles mortes recouvraient l’endroit où a été découvert M. Cadiou. Havas.
Les vêtements du mort
PARIS, 27 avril.
Le parquet de la Seine a reçu du parquet de Brest un paquet contenant des vêtements se rapportant à l’instruction de l’affaire Cadiou.
Le paquet en question a été porté au greffe, qui le transmettra aux services intéressés.
Ce paquet, qui contient du linge et des vêtements, doit être soumis à une analyse chimique. Havas.
30 avril 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 29 avril. Le parquet a reçu ce matin de nouveaux renseignements au sujet de l’affaire Cadiou et de l’emploi du temps de certaines personnes, le 30 décembre, jour où l’accusation fixe l’assassinat.
M. Bidard de la Noé, juge d’instruction, a pris immédiatement le train pour Landerneau, pour contrôler ces renseignements sur les lieux mêmes de la Grande- Pallud. Havas.
1er mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 30 avril. Mme Emery [Hémery] qui a déclaré avoir rencontré M. Cadiou et M. Pierre, dans le bois de la Grand’Palud, au cours de l’après-midi du 30 décembre, va être confrontée avec l’ingénieur. Havas.
2 mai 1914 – p. 2
L’embrouillamini de Landerneau
Les preuves insaisissables
PARIS, 1er mai. En vertu d’une commission rogatoire, M. Vallette, commissaire aux délégations judiciaires, a présenté ce matin, à Mme Cadiou, à son domicile à Paris, divers objets trouvés chez Bossard, le jour de son arrestation et qu’on croyait avoir appartenu à l’industriel de la Grand’Palud, Mme Cadiou n’a reconnu aucun de ces objets.
BREST, 1er mai. L’expertise du laboratoire de toxicologie n’ayant donné aucun résultat, et la plupart des charges contre M Pierre étant détruites, par de nombreux témoignages, Me Feuillard, avocat de l’ingénieur, va formuler une nouvelle demande de mise en liberté provisoire en faveur de son client.
D’autre part, Mme Cadiou n’ayant pas reconnu comme ayant appartenu à son mari les divers objets saisis chez le veilleur de nuit Bossard, il est probable que ce dernier sera aussi remis prochainement en liberté.
6 mai 1914 – p. 2 et 5
Pierre et Bossard
Le veilleur de nuit est remis en liberté, et l’ingénieur reste en prison
BREST, 5 mai. Dès la nouvelle de la mise en liberté de Bossard, plusieurs ouvriers, qui travaillaient avec l’ancien veilleur de nuit à bord du « Gorbea-Mendi », ont adressé à Me Feillard, avocat de l’ingénieur Pierre, des lettres dans lesquelles ils affirment que Bossard, dans les premiers jours de son arrivée à bord du navire en réparations, leur montra, quelque temps après la découverte du cadavre de M. Cadiou, quatre billets de cent francs et acheta une bicyclette d’une valeur de 160 fr.
Le juge d’instruction va convoquer ces ouvriers pour les confronter avec Bossard.
Pierre a été ensuite confronté avec M. Cloarec au sujet d’une lettre dans laquelle l’ingénieur avait mis en cause le député de Morlaix. L’inculpé a déclaré que, s’il avait prononcé le nom de M. Cloarec, c’est uniquement parce qu’il le savait très lié avec l’usinier de la Grand’Palud.
Le facteur Grall, entendu à son tour, a déclaré qu’il avait remis le soir du 1er janvier, un télégramme à M. Pierre.
M. Marcou, surveillant à l’usine, vit, le lendemain, ce télégramme plié sur le bureau de l’ingénieur.
C’était la dépêche de Mme Cadiou demandant des nouvelles de son mari.
M. Marcou fut chargé d’envoyer la réponse de M. Pierre : « Suis sans nouvelles depuis le 29. »
Il est convaincu de l’innocence de Pierre.
Pierre, interrogé sur l’emploi journée du 31 décembre, où un encaisseur se présenta chez lui sans le trouver, donne cette simple explication :
« Ma servante Julia étant à Brest, j’ai déjeuné seul.
« Vers une heure, je suis allé me promener au-delà de la ferme de la Grande-Palud, le long de la mer. »
Au cours de sa déposition, M. Cloarec, député, a affirmé que sa maison était habitée par sa servante le 1er janvier et que M. Cadiou n’y a pas passé la nuit, contrairement à ses affirmations. Havas.
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU. – M. Bidart [Bidard] de la Noë, juge d’instruction à Brest, a entendu, hier, M. Prigent garçon de recettes à Landerneau, qui se présenta pour un encaissement, le 31 décembre, et ne trouva personne, ni à la Grand Palud, ni au domicile de Pierre. Ce dernier sera interrogé sur l’emploi de son temps.
D’autre part, le parquet vient d’être avisé officieusement qu’à la suite des démarches faites par le procureur de la République, un décret va paraître prochainement, nommant un juge suppléant à l’instruction. De cette façon, M. Bidart [Bidard] de la Noë va pouvoir se consacrer entièrement à l’affaire Cadiou.
8 mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
Toujours les témoignages contradictoires
BREST, 7 mai. Contrairement aux dires de l’ouvrier Kervistein [Kervetin], qui a déclaré avoir vu Cadiou et Pierre ensemble le 30 décembre, un autre ouvrier de la Grand’-Pallud, nommé Morvan affirme que, jour-là, le directeur et l’ingénieur ne sont pas montés ensemble aux autoclaves.
« Je travaillais dit Morvan dans le grand atelier où elles se trouvent ; j’ai bien vu M. Cadiou sortir le 30, vers neuf heures et demie. Peu de temps après M. Pierre est arrivé et est resté quelques instants à son bureau. A différentes reprises, dans le courant du mois, MM. Pierre et Cadiou sont montés ensemble aux autoclaves. Je ne puis préciser les dates, mais, certainement, ce n’étaient ni le 29, ni le 30 ». Morvan va être entendu par le juge d’instruction. Havas.
BREST, 7 mai. L’ingénieur Pierre continue à affirmer qu’il n’a pas visité les autoclaves avec M. Cadiou entre les 17 et 27.
Ils sont montés plusieurs fois ensemble à l’atelier. Il croit se rappeler que la dernière fois était le samedi 27, jour où on a nettoyé le coton des autoclaves, tandis que M. Cadiou examinait les livres de compte.
9 mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 8 mai. Le juge d’instruction a entendu ce matin M. Jean Cadiou, au sujet de propos qu’aurait tenus le contremaitre Bignard, qu’il alla chercher à l’usine, dès qu’il eut retrouvé le cadavre de son frère, le 4 février.
M. Cadiou demandant à Bignard de rester près du cadavre, tandis qu’il irait avertir la gendarmerie de Landerneau, le contremaître lui aurait répondu spontanément : « Ne me laissez pas seul ici, car Pierre pourrait me tuer aussi ».
Aujourd’hui, dans le cabinet du juge d’instruction, M. Bignard déclara que ses paroles ont été mal interprétées.
Je n’avais pas peur, dit-il, de M. Pierre ; j’avais peur que quelqu’un caché dans le bois, ne me fit un mauvais coup. Havas.
10 mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 9 mai. Le juge d’instruction a entendu ce matin M. Laurent, mécanicien à bord du « Gordéa-Mendi », en présence de Bossard.
Bossard, qui travaillait avec lui, parla de l’affaire Cadiou en ces termes : On croit qu’il est en fuite, pour moi il est assassiné.
Il y a quinze jours, je suis allé dans le bois de la Grand’Pallud, avec l’inspecteur Lemez, pour rechercher le corps de M. Cadiou. Dans un chemin creux, j’ai senti une odeur de cadavre, je n’ai rien dit. Si j’étais méchant pour l’ingénieur Pierre, comme il l’a été pour moi ». Bossard n’acheva pas sa phrase.
Ces propos auraient été tenus quelques jours avant que M. Jean Cadiou ne retrouve le corps de son père [frère].
M. Laurent certifie qu’il ne se trompe pas de date, car c’était le premier jour qu’il travaillait sur le « Gorbéa-Mendi ». Bossard affirme qu’il a prononcé ces paroles bien après le 29 janvier.
Havas.
BREST, 9 mai. Les deux ouvriers du « Gorbéa-Mendi », le navire sur lequel a travaillé Bossard, ont été confrontés avec l’ancien veilleur de nuit. M. Manach a confirmé que dès le lendemain de son arrivée à bord, Bossard a parlé de son intention de partir pour le Canada.
Sur sa remarque que les frais de voyage étaient élevés, il lui répondit qu’il avait de l’argent et lui montra quatre billets de cent francs dans son porte-monnaie, Bossard a déclaré en riant que c’étaient des billets de loterie.
Le témoin Lavalette a certifié ces propos de Bossard, tenus à lui et à d’autres ouvriers que « un seul mot suffirait pour faire mettre l’ingénieur Pierre en liberté ». Havas.
BREST, 9 mai. On a retrouvé parmi les papiers saisis chez Bossard quelques billets de loterie renfermés dans un porte- monnaie.
Ce sont ces billets qu’il avait montrés par plaisanterie.
13 mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 12 mai. – M. Bidard de la Noë a entendu à nouveau ce matin, les anciens ouvriers de l’usine de la Grande Palud, Morvan, Caveloc et Louarec.
Tous les trois ont affirmé avoir vu l’ingénieur Pierre et M. Cadiou ensemble dans la journée du 29, mais le 30 ils ont vu M. Cadiou arriver seul à l’usine et repartir vers huit heures dans une direction inconnue.
BREST, 12 mai. Pour ne pas prolonger l’instruction de l’affaire Cadiou, M. Sillard [Feillard] a renoncé à demander la mise en liberté provisoire de l’ingénieur Pierre, d’autant plus que l’instruction pouvant être close à la fin du mois, son client pourra comparaître à la session des assises du mois de juillet.
L’ingénieur conserve un grand calme il déclare qu’il est persuadé que le jury reconnaîtra son innocence. Havas.
17 mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
Le rapport de l’armurier
BREST, 16 mai. On vient d’apprendre à Brest que l’expert armurier de Saint-Étienne ne serait pas certain que la balle qui tua M. Cadiou ait été tirée par le revolver soumis à son expertise.
Le juge d’instruction a convoqué cet après-midi M. Nicolas, juge au tribunal de commerce de Brest, qui prétend avoir rencontré Cadiou le soir du 31 décembre à Morlaix. On croit qu’un non-lieu interviendra prochainement en faveur de viendra Pierre.
Une assignation de M. Cloarec
BREST, 17 mai. Un premier incident judiciaire vient de se produire dans cette affaire. Se jugeant diffamé par deux journaux de Morlaix et par son adversaire malheureux à la députation, M. Cloarec a assigné en 50.000 francs de dommages-intérêts devant le tribunal correctionnel de Morlaix les propriétaires des journaux et M. Larher.
Le plaignant estime que le rôle qui lui a été attribué dans l’affaire Cadiou porte atteinte à sa considération et lui cause un préjudice.
18 mai 1914 – p. 2
Le revolver de M. Pierre ne peut pas être celui qui tua M. Cadiou
SAINT-ETIENNE, 18 mai. – L’armurier Grivollat [Grivolat], auquel a été soumise la balle trouvée dans la nuque de Cadiou et le revolver de l’ingénieur Pierre, a exprimé à un journaliste qui l’interviewait, sa stupéfaction de ce que le juge d’instruction lui ait soumis une telle balle et un tel revolver, parce que, a-t-il déclaré, « il saute aux yeux qu’une pareille balle n’a jamais pu entrer dans un pareil revolver, ni en sortir ».
Donc, sans connaître, les conclusions officielles de l’expert Grivollat [Grivolat], qui ne sont pas encore déposées on connaît sa conclusion certaine, à savoir que ce n’est pas le revolver de l’ingénieur Pierre qui a tué M. Cadiou.
19 mai 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 18 mai. Me Faillard [Feillard], avocat de l’ingénieur Pierre, ayant eu connaissance du bruit suivant lequel Grivollas [Grivolat], expert-armurier à Saint-Étienne, aurait déclaré que la balle qui a tué M. Cadiou n’était pas du calibre du revolver qui a été soumis à son expertise, il a adressé à M. Grivollas [Grivolat] le télégramme suivant :
« Au nom de la liberté humaine, je vous supplie de télégraphier vos conclusions au juge d’instruction. » Havas.
SAINT-ETIENNE, 18 mai. L’armurier Grivollat [Grivolat], auquel a été soumise la balle trouvée dans la nuque de M. Cadiou, n’a pas encore établi son rapport et déclare opposer un démenti formel aux conclusions qui pourraient lui être attribuées.
BREST, 18 mai. Le juge d’instruction a refusé à l’avocat de Pierre communication du dossier, à cause qu’il avait été remis à l’avocat et à l’avoué de Mme Cadiou. En signe de protestation, l’avocat de Pierre a déclaré qu’il n’assisterait pas au prochain interrogatoire de son client.
21 mai 1914 – p. 2
L’INTERMINABLE AFFAIRE
BREST, 20 mai. – M. Bidard de la Noë, juge d’instruction, a envoyé, ce soir, une commission rogatoire sur laquelle on garde le secret, pour éclaircir un point très important de l’affaire Cadiou.
L’interrogatoire reprendra samedi. – Havas.
23 mai 1914 – p. 2
LES VÊTEMENTS DE CADIOU ET LES VÊTEMENTS DE PIERRE
PARIS, 23 mai. Le « Journal » annonce que M. Roty, juge d’instruction, a reçu, hier, le rapport du directeur du laboratoire de toxicologie, à propos de l’affaire Cadiou.
Ce document fort volumineux contient plus de 50 pages.
Les vêtements de Cadiou examinés minutieusement portent des taches sanglantes.
Par contre, ceux de l’inculpé Pierre ne portent aucune trace de sang, non plus que son couteau.
Enfin, les taches suspectes relevées sur la pioche de Pierre sont dues simplement à la rouille. Havas.
26 mai 1914 – p. 2
Pierre est libre
Il espère bien que la vérité éclatera
BREST, 25 mai.
Le juge d’instruction a repris ce matin l’interrogatoire de l’ingénieur Pierre.
L’inculpe a été appelé à fournir des explications sur des dénonciations contre son directeur ; il a énergiquement protesté, disant que la matière première employée à l’usine était de mauvaise qualité et que voulant dégager sa responsabilité il avait maintes fois prévenu M. Cadiou. Celui-ci n’avait tenu aucun compte de ses observations. C’est alors qu’il écrivit au général Barral, puis à un journal, car il ne voulait à aucun prix être accusé de complicité.
D’autre part, l’ingénieur affirme qu’il a toujours été en bons termes avec son directeur, ce qui est prouvé, ajoute-t-il, par une lettre, à lui écrite en novembre 1912, par M. Cadiou ainsi conçue :
« Mon cher Pierre,
« Veuillez réduire la main d’œuvre. Bien à vous.
CADIOU. »
L’ingénieur Pierre sera remis en liberté provisoire, ce soir, vers six heures, après cent dix jours de détention.
BREST, 25 mai,
L’ingénieur Pierre a quitté le cabinet du juge d’instruction à 7 heures du soir, après un long interrogatoire sur l’emploi de son temps le 30 décembre.
Il a été ensuite reconduit à la prison pour la levée de l’écrou.
L’ingénieur a franchi la porte de la prison à sept heures et demie.
Il a embrassé longuement sa mère, qui attendait en automobile pour emmener son fils à Landerneau.
M. Pierre, en quittant la prison, a fait les déclarations suivantes :
Déclarations de M. Pierre
« Je remercie la Presse, qui, par ses investigations minutieuses a empêché plusieurs erreurs de témoignage et m’a fait enfin rendre à la liberté après quatre mois de détention.
« Maintenant, je vais attendre, près des miens, à Landerneau, la fin de mon cauchemar.
« Avec mon dévoué défenseur, je vais chercher par tous les moyens en mon pouvoir la lumière, avec l’espoir que la vérité éclatera un jour.
« On a dit, si crime il y a, que ce crime était un crime intellectuel. Allons donc !… « Mais je ne veux pas porter mes soupçons sur personne sans avoir des preuves certaines. »
Il est ovationné
BREST, 26 mai. L’ingénieur Pierre et sa mère sont arrivés à 9 heures du soir à Landerneau. Les habitants leur ont fait une ovation. Havas.
27 mai 1914 – p. 2
M. PIERRE
Nouvel interrogatoire
Nouvelle protestation
BREST, 26 mai. L’ingénieur Pierre a subi, de trois à sept heures du soir, un nouvel interrogatoire.
Le juge a développé une fois de plus la thèse d’accusateur, suivant laquelle M. Cadiou aurait été tué dans le bois de la Grande-Pallue, d’un coup de revolver ; aurait eu ensuite la gorge tranchée et… aurait été enterré par Pierre, au cours d’une discussion relative au contrat qui liait ce dernier à l’usine, et l’empêchait d’entrer dans l’usine voisine de Daoulas.
L’ingénieur a protesté avec véhémence contre cette accusation.
« C’est une abomination, est-il écrié.
Je suis allé une seule fois dans le bois avec M. Cadiou, au mois d’octobre. Je n’ai jamais levé la main sur personne. J’ai le cœur trop sensible pour commettre un tel forfait ».
Bossard devient muet
BREST, 26 mai.
Le juge d’instruction a fait subir ce matin un nouvel interrogatoire à Bossard.
Celui-ci était assisté de son défenseur, Me Olivier Henry. L’alibi de l’ancien veilleur de nuit, relatif à la journée du 30 décembre, a été reconnu exact. Bossard est toujours en liberté provisoire, sous l’inculpation de complicité dans l’assassinat de M. Cadiou.
Depuis son arrestation, opérée dès le lendemain de ses premières révélations, Bossard se refuse à donner de nouvelles indications au magistrat. – Havas.
29 mai 1914 – p. 2
NOUVELLE PISTE
DANS LE MYSTÈRE CADIOU
ANGOULÊME, 28 mai.
A la suite de propos compromettant qui auraient été tenus par des personnes qui furent en relations d’affaires avec M. Cadiou, une enquête vient de s’ouvrir à Angoulême.
On croit savoir qu’on cherche à établir notamment s’il est exact que Cadiou, qui venait quelquefois à Angoulême y serait venu à la fin de décembre.
On chercherait à savoir s’il est exact qu’un chauffeur d’automobile aurait chargé, à cette époque, dans les environs de la poudrerie d’Angoulême, un étranger qu’il aurait transporté de nuit en Bretagne. Havas.
30 mai 1914 – p. 2 et 4
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 29 mai. – M. Bidart [Bidard] de la Noë, juge d’instruction, vient d’être appelé à Paris, afin de fournir au ministre de la justice les explications qui lui sont nécessaires pour répondre à l’interpellation de M. Paul Meunier sur l’affaire Cadiou.
LE MYSTÈRE DE LANDERNEAU.
Le rapport de M. Koun Abrest [Kohn-Abrest], directeur du laboratoire de toxicologie, est arrivé à Brest, ainsi que les caisses contenant les vêtements de Pierre, de Cadiou, la pioche, le couteau et le rasoir qui avaient été saisis. L’expert n’a pas trouvé de traces de sang sur les vêtements de Cadiou, ce qui n’indique bien que celui-ci fut tué alors qu’il portait les vêtements avec lesquels il fut enterré.
L’opération judiciaire avec prise de photographies qui devait être faite demain à la Grand-Palud, a été remise à plus tard. Au cours d’un de ses derniers interrogatoires, l’ingénieur Pierre avait mis en cause un employé du Moulin blanc, disant que Cadiou lui avait remis 200 francs pour augmenter fictivement de 400 kilos le poids a un wagon de coton poudre livré à l’administration militaire. Cet employé, M. Danielou, magasinier à la poudrerie du Moulin-Blanc, chargé de la réception des balles de coton, proteste avec une extrême énergie et se propose de demander une enquête au ministère.
4 juin 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 3 juin. Dans son rapport, l’expert chargé d’examiner la balle qui tua M. Cadiou, dit qu’elle est du même modèle et du même calibre que les balles vendues à l’ingénieur Pierre par un armurier.
5 juin 1914 – p. 5
LE REVOLVER QUI TUA CADIOU.
On sait que M. Grivollat [Grivolat], conservateur des musées de Saint-Étienne, et expert nommé par le juge d’instruction de Brest pour expertiser la balle qui tua M. Cadiou, vient de déposer ses conclusions.
En résumé, et pour conclure, a déclaré, dans une interview, l’honorable expert, il s’agissait pour moi de démontrer :
1° Que la balle meurtrière de M. Cadiou est bien réellement une balle vélo dog de la Cartoucherie française
2° Que cette balle est en tous points conforme à celle vendue par l’armurier Marie à l’ingénieur Pierre ;
3° Que cette balle ne peut être confondue avec d’autres projectiles de fabrication analogue, et encore moins avec des balles de pistolets automatiques Webley, Browning, Sterp, etc., du calibre de 6 millimètres 35 ;
4° Que le crime a été commis à l’aide d’un revolver vélo-dog et non au moyen d’un autre genre de revolver ou pistolet ;
5° Que, d’après la déclaration du fabriquant de Bouyxtet, il résulte que ses vélo-dog sont le plus ordinairement à quatre rayures et que la concordance des quatre rayures relevées sur la balle du crime pourrait parfaitement provenir d’un vélo-dog de la fabrication de cet armurier, attendu que la plupart des autres fabricants rayent leurs vélo-dogs à cinq et à six rayures ;
6° Que la particularité signalée à l’extrémité du dé de blindage de la balle Cadiou concorde parfaitement aussi avec la même particularité relevée sur quelques-unes des balles fournies à l’instruction par l’armurier Marie, et que cet armurier a certifiées conformes à celles vendues par lui à l’inculpé Pierre, en mai 1913.
11 juin 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 10 juin. – L’instruction de l’affaire Cadiou ne sera reprise que la semaine prochaine. Les assises du Finistère étant fixées au 6 juillet, l’ingénieur Pierre ne pourra donc comparaître qu’à la session d’octobre, à moins que d’ici là, il ne bénéficie d’un non-lieu. Havas.
13 juin 1914 – p. 3
UN PARTISAN DU SUICIDE CADIOU
BREST, 12 juin. – Me Feuillard [Feillard], avocat de l’ingénieur Pierre, a reçu une longue lettre signée de Legoff, ancien ouvrier à Landerneau, dans laquelle celui-ci dit que M. Cadiou s’est suicidé avec un revolver acheté à Morlaix, place Thiers. Le voyage de Saint-Pol eut lieu et Legoff vit M. Cadiou à Hanvec. A son retour de Saint-Pol, M. Cadiou se suicida le 2. L’enterrement du corps eut lieu dans la nuit du 5 au 6 avec l’aide de deux ouvriers de l’usine ennemis de l’ingénieur Pierre, qui furent payés grassement et qui l’accusèrent ensuite.
La lettre est signée Legoff, ouvrier d’usine, poste restante, à Rouen, auparavant à Landerneau, rue de Brest.
16 juin 1914 – p. 5
LA GRANDE-PALUD EN VENTE. De grandes affiches viennent d’être apposées dans les principales localités du Finistère, annonçant, pour le 6 juillet, la mise en vente de l’usine de la Grande-Palud désormais célèbre.
C’est à la requête de la famille Cadiou que Me Vichot, avoué à Brest, fait procéder à cette vente.
Les bâtiments de l’usine et l’ancien moulin que l’ingénieur Pierre habitait sont mis à prix pour la somme de 200.000 francs.
La villa de Keranster est également mise en vente au prix de 15.000 francs. On sait que ce cottage, où la famille Cadiou passait l’été, se trouve à Morlaix au lieu dit « le Bas de la rivière ».
20 juin 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
TOULOUSE, 19 juin. Sur commission rogatoire de M. Bidart [Bidard] de la Noë, juge d’instruction à Brest, M. Vincent, commissaire aux délégations judiciaires, a interrogé M. Bonnefoux, ancien directeur de la poudrerie d’Angoulême, actuellement directeur à la poudrerie de Toulouse.
M. Bonnefoux a confirmé ce qui a été révélé à l’instruction, relativement aux lettres anonymes, attribuées à l’ingénieur Pierre.
M. Bonnefoux a reconnu que M. Cadiou lui avait fait payer deux fois une somme de 4.000 francs, prix de wagons de coton, mais que le directeur de la Grande Palud lui avait remboursé l’indu, lorsqu’il le lui avait réclamé.
M. Bonnefoux a ajouté qu’il considérait M. Cadiou comme un excellent homme, mais qu’il ne connaissait pas ingénieur Pierre et qu’il ignorait la nature des relations qui existaient entre M. Cadiou et l’ingénieur. – Havas.
25 juin 1914 – p. 5
LE MYSTÈRE CADIOU, M. Bidard de la Noë a entendu la déposition de l’abbé Fertile, vicaire à Crozon. L’intervention de cet ecclésiastique, qui n’avait pas encore paru à l’instruction, est motivée par ce fait que Bossard, désirant établir un alibi pour la journée du 30 décembre, avait déclaré au magistrat avoir voyagé ce jour-là de Brest à La Forest, en chemin de fer avec un prêtre qui avait lié conversation avec lui et lui avait montré des images.
L’abbé Fertile ayant lu cette déposition dans les journaux a tenu à confirmer, devant M. Bidard de la Noë, ce que lui avait dit l’ancien veilleur de la Grande-Palud.
L’intervention du prêtre est importante en ceci qu’elle prouve que, dans la matinée du 30 décembre, à l’heure même où, d’après le parquet, le crime a été commis, Bossard était à Brest, où il prit le train à 1 heure 42 de l’après-midi, pour rentrer à la Grande-Palud.
Le juge d’instruction a reçu également la déposition de M. Bonnefoy, conseiller municipal à Landerneau, frère du fermier Bonnefoy, de la Grande-Palud. Ce témoin prétend avoir aperçu Cadiou à 10 heures et demie du matin sur l’un des quais de l’Elorn, à Landerneau, au moment où fonctionnait la remonte italienne. En rapprochant les dates on a constaté que cette remonte avait opéré à Landerneau le 20 décembre. Il en résulterait donc que Cadiou aurait été aperçu vivant à Landerneau à l’heure, où, d’après l’accusation, il se faisait assassiner par Pierre dans le bois de la Grande-Palud.
29 juin 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 28 juin. Le juge d’instruction a donné lecture à l’ingénieur Pierre, en présence de son avocat, des rapports des experts Paul, Kohn-Abrest et Grivolat. M. Pierre a fait quelques observations sans importance. Il continue à protester de son innocence.
Au cours de l’instruction, l’ingénieur Pierre avait déclaré que l’ancien secrétaire du laboratoire des poudres, M. Henry, renseignait Cadiou sur les prix minima des adjudications. Une commission rogatoire avait alors été lancée à l’effet d’interroger M. Henry, mis à la retraite le 15 décembre 1913 ; mais, le 6 mai dernier, celui-ci se suicidait en se précipitant sous un train en gare d’Ivry.
L’enquête judiciaire vient d’établir que l’armurier Marie, de Landerneau, a acheté en 1909 et 1912 cinq revolvers hammerless, système automatique, de quatre et cinq rayures. Un de ces revolvers aurait été vendu à M. Pierre, un autre a été versé à l’instruction, le troisième a été vendu à un courrier de Plougastel.
On va rechercher les détenteurs des deux autres armes.
1er juillet 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 30 juin.
L’instruction de l’affaire Cadiou étant close, M. Guillemin [Guilmard], procureur de la République, a commencé l’étude de son volumineux dossier, en vue de son réquisitoire définitif.
M. Bidart [Bidard] de la Noé compte rendre son ordonnance vers le 10 juillet.
Havas.
9 juillet 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 8 juillet. Le procureur de la République a transmis aujourd’hui à M. Bidart [Bidard] de la Noë, juge d’instruction, sen réquisitoire définitif au sujet de l’affaire Cadiou, et ses conclusions tendant à renvoyer l’ingénieur Pierre devant la cour d’assises du Finistère.
10 juillet 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 10 juillet. M. Bidart [Bidard] de la Noë, juge d’instruction, a terminé hier son ordonnance qui renvoie l’ingénieur Pierre, sous l’accusation d’assassinat de Cadiou, devant la chambre des mises en accusation.
14 juillet 1914 – p. 5
L’AFFAIRE CADIOU. M. Bidart [Bidard] de La Noë a rendu une ordonnance qui clôt définitivement l’instruction de l’affaire Cadiou.
L’ingénieur Pierre est renvoyé devant la chambre des mises en accusation de la cour d’appel de Rennes.
Quant à l’ouvrier Bossard, qui fut incarcéré pendant huit jours sous l’inculpation de complicité dans l’assassinat de M. Cadiou et de recel de cadavre, il bénéficie d’un non-lieu.
20 juillet 1914 – p. 2
ENCORE LE MYSTÈRE CADIOU
BREST, 20 juillet. Le gérant et le directeur d’un journal local, ainsi que Bossard, l’ancien veilleur de nuit de l’usine Cadiou, ont été convoqués par le procureur de la République, qui les a impliqués dans les poursuites collectives au sujet de la publication in-extenso du réquisitoire du procureur général et de l’ordre du juge d’instruction renvoyant l’ingénieur Pierre devant la Chambre des mises en accusation. – Havas.
1er aout 1914 – p. 3
LE MYSTÈRE DE LA GRAND’PALUD. – La chambre des mises en accusation près la cour d’appel de Rennes a renvoyé l’ingénieur Pierre devant la cour d’assises du Finistère, sous l’inculpation d’assassinat de M. Cadiou, directeur de l’usine de la Grand’Palud.
24 octobre 1914 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
Mobilisé, l’ingénieur Pierre sera jugé après la guerre
Le rôle des assises du Finistère, pour la quatrième session de 1914, vient d’être publié. Le nom de l’ingénieur Pierre ne figure pas sur la liste des accusés, et pour cause.
Celui que la justice considère comme l’auteur de l’assassinat de M. Cadiou est, en effet, mobilisé. Il avait été, on le sait, remis en liberté.
11 avril 1919 – p. 1
LE MYSTÈRE de la Grande-Palud
Les tribulations d’une somnambule
Les affaires qu’on croyait submergées, englouties depuis des années remontent soudain à fleur d’actualité ; c’est ainsi que le mystère Cadiou s’en va comme une épave au fil des incidents quotidiens par lesquels est défrayée la chronique et qu’on voit reparaître les personnalités mêlées au drame qui fit tant de bruit dans Landerneau !
Pour découvrir le cadavre de Cadiou, pour répandre quelque lumière sur les enquêtes autour de la Grande-Palud, il ne fallut rien moins, en février 1914, que l’intervention des sibylles dont l’extra-lucidité sonde les reins et les consciences, déchire les voiles de l’avenir, abolit les distances.
Nous possédions à Nancy une somnambule, Mme Hoffmann, veuve d’un garde-pêche de Malzéville, qui, sous le pseudonyme de Camille, rendait ses oracles, moyennant cinq francs le grand jeu coûtant plus cher – dans une maison de la rue de l’Équitation.
On pourrait dire de Mme Camille ce que disait un touriste des Italiens, à propos du Vésuve :
Les malheureux ! Ils avaient un volcan… et ils l’ont laissé s’éteindre… »
Nancy a laissé partir Mme Camille pendant la guerre. Notre pythonisse locale transféra à Troyes ses trépieds en même temps que le 20e corps y installait bureaux ; mais il n’est pas défendu d’espérer que nous reverrons tôt ou tard le médium que les docteurs Bernheim et Liébault honoraient d’une confiance particulière.
Le docteur Liébault l’appelait même « sa petite sorcière ». Le prestige de ses facultés divinatrices attirait vers ses consultations tant de gens crédules qu’un beau jour Mme Sainpy accourut exprès de de Pont-à-Mousson pour lui poser cette question troublante :
Où diable a-t-on caché le cadavre de Louis Cadiou ?
Plongée dans le sommeil hypnotique, la somnambule assista par la pensée aux scènes capables d’assurer gloire et fortune aux films les plus sensationnels. Rien n’y manquait. L’assassinat, l’enfouissement de la victime sous l’herbe d’un talus, soumettaient à une si terrible épreuve la sensibilité de Mme Camille que les larmes, oui, des larmes véritables jaillissaient de ses yeux.
Mme Sainpy en avait réellement pour son argent., Elle informa la justice. Des magistrats se penchèrent sur les révélations qu’un public superstitieux commentait avec passion.
La célébrité de Mme Camille dura peu. Une mystification précipita sa chute. Certain rédacteur du Matin pénétra un jour dans l’antre hospitalier de la sibylle et là, sans nul respect, procéda à, un interrogatoire :
Pouvez-vous me dire ce qu’est devenue la personne dont j’ai dans cette enveloppe le portrait et une lettre écrite de sa propre main ?…
Notre confrère fut aussitôt renseigné : La personne à qui vous portez tant d’intérêt est d’un caractère emporté… Je vous vois avec elle… Elle vous menace de partir… Vous la suppliez… Elle ne veut rien entendre… Elle part… Tranquillisez- vous… C’est une simple fugue… Elle vous reviendra… Elle porte une robe rose et une ombrelle bleue… »
Le portrait et l’autographe glissés sous l’enveloppe étaient ceux du financier Rochette qui jouissait, dans un genre différent, d’un renom pour le moins égal à celui de la veuve Hoffmann !
Nonobstant ce coup de Jarnac, la devineresse doubla son prix-courant ; un volumineux courrier affluait de tous les patelins de France et de Navarre ; le cachet des consultations par correspondance se payait d’avance :
Mon métier rapporte deux cents francs par jour… proclamait la marchande de bonne aventure. »
Occultisme et magie, tarots, marc de café, tables tournantes ont, si j’ose m’exprimer ainsi, de beaux jours sur la planche ; l’évocation du crime de la Grande Palud leur restituera une clientèle que l’on avait plutôt l’habitude de rencontrer sous les poiriers.
ACHILLE LIEGEOIS.
10 octobre 1919 – p. 1
L’AFFAIRE CADIOU aux assises du Finistère
QUIMPER, 9 octobre L’ouverture des assises du Finistère aura lieu à Quimper, le lundi 27 octobre. Une seule affaire sera jugée, celle de l’ingénieur Louis-Désiré Pierre, accusé du meurtre commis à la Grand-Palud, près de Landernau, sur M. Louis Cadiou.
Quatre-vingt-dix-huit témoins sont cités. L’affaire prendra environ une semaine.
M. Cazenavette, procureur de la République, soutiendra l’accusation. La défense de l’ingénieur Pierre est confiée à Me Henri-Robert, ancien bâtonnier du barreau de Paris.
La veuve de M. Louis Cadiou se porte partie civile.
27 octobre 1919 – p. 1
UNE HISTOIRE D’AVANT-GUERRE
L’AFFAIRE CADIOU
BREST, 26 octobre. L’ingénieur Pierre, accusé d’avoir assassiné M. Cadiou le 30 décembre 1913 comparaîtra, aujourd’hui lundi, devant la cour d’assises du Finistère.
Six audiences sont prévues. Il n’y a pas moins de 98 témoins cités.
Rappelons sommairement les faits : M. Cadiou, ancien avoué à Morlaix, était propriétaire de l’usine de la Grand Palud, à trois kilomètres de Landerneau. Cette usine avait été organisée, en 1907, pour le traitement et le blanchiment des cotons employés à la fabrication des poudres de guerre.
Dans la matinée du 30 décembre, on l’avait vu sortir de l’usine en compagnie de M. Pierre, son ingénieur. Tous deux, au dire de nombreuses personnes, se seraient dirigés vers le bois du Moulin de la Grand-Palud, à quelque cent mètres de l’usine. Trois quarts d’heure environ après leur départ, M. Pierre revenait pour repartir bientôt déjeuner. Mais personne ne revit plus M. Cadiou.
M. Cadiou ne reparaissant pas, les suppositions les plus contradictoires se firent jour.
M. Jean-Marie Cadiou, son frère, prétendait qu’il avait été assassiné. La plupart des amis et des parents du défunt partageaient cette opinion.
M. Pierre soutenait, au contraire, qu’il avait dû se suicider ou fuir en Allemagne.
Si crime il y avait, le cadavre, en tout cas, restait introuvable. Mai, une somnambule ayant fait de curieuses déclarations, le frère de la victime reprit ses recherches abandonnées et, le 4 février 1914, il retrouvait le cadavre de la victime près d’un petit bois.
On conclut d’abord à la mort par strangulation. Mais une nouvelle autopsie fut bientôt ordonnée et confiée au docteur Paul, qui trouva dans la nuque une petite plaie arrondie de 4 millimètres de diamètre, qui était l’orifice d’une balle de revolver.
Les charges contre l’accusé
Les charges contre M. Pierre sont les suivantes :
C’est avec Pierre que M. Cadiou a été vu pour la dernière fois et à l’entrée du bois où son cadavre a été découvert.
Lorsque fut extraite la balle qui a tué M. Cadiou, on fit des recherches chez les armuriers du pays et on apprit que Pierre avait acheté à Landerneau, en mai 1913, un revolver du calibre de 6 millimètres, système Velo Dog, avec une boîte de vingt- cinq cartouches de la Cartoucherie française.
Interrogé par le juge d’instruction sur ce qu’était devenu ce revolver, Pierre a inexactement renseigné le magistrat. Il a dit l’avoir acheté en 1912 et revendu en mars 1913 à un voyageur de commerce qu’il ne connaissait pas. On n’a pas retrouvé ce voyageur, et il paraît prouvé que Pierre ne s’est pas dessaisi de ce revolver. L’ingénieur Pierre s’est présenté au palais de justice de Quimper mercredi après-midi. Sur sa demande, il a été écroué. Il manifeste une entière confiance sur l’issue de son procès.
28 octobre 1919 – p. 2
L’AFFAIRE CADIOU
QUIMPER, 28 octobre. L’ingénieur Pierre, inculpé de l’assassinat de M. Cadiou, a comparu lundi devant la cour d’assises, en présence d’une foule énorme, maintenue par un important service d’ordre qui avait été renforcé par des éléments du 117e d’infanterie.
Dès son arrivée au palais, l’ingénieur Pierre, très calme, s’est entretenu avec son défenseur, Me Henri Robert.
On prévoit que les débats dureront de huit à neuf jours.
29 octobre 1919 – p. 1
L’affaire Cadiou
QUIMPER, 27 octobre. La deuxième séance a eu lieu mardi. Cent sept témoins ont été convoqués, mais on entendra environ cent vingt-cinq dépositions la défense et le ministère public ayant des témoins communs.
Dans la salle on remarquait la présence de Mme Cadiou et d’un de ses fils.
Un témoin nouveau que vient de faire citer la défense apporte une version inattendue. M. Gabriel Tonnard aurait vu tuer la victime par six individus qui le chloroformèrent lui-même et glissèrent dans ses poches vingt mille francs en billets de banque. Il retrouva, dit-il cette somme en présence des sœurs de Cadiou, qui lui demandèrent le silence. On pense que ce récit romanesque est l’œuvre d’un fou.
Il est probable que le verdict sera rendu dans la nuit de vendredi.
30 octobre 1919 – p. 1
L’AFFAIRE CADIOU
Le jury semble bien disposé pour Pierre
QUIMPER, 29 octobre. La troisième séance de l’affaire Cadiou a été consacrée à l’audition de nouveaux témoins, dont M. Le Coz, commissaire de la brigade mobile à Rennes, qui eut à recueillir de nombreux témoignages. M. Le Coz fut également chargé de savoir dans quelles circonstances l’ingénieur Pierre se débarrassa de son revolver.
Me Henri Robert demande au témoin s’il a toujours pu enquêter librement. A cette question, M. Le Coz répond que le 9 février 1914 il reçut du parquet de Brest l’ordre de ne rien faire sans instruction. La défense fait alors remarquer que le magistrat n’agissait plus avec indépendance.
D’autres témoins ont vu Pierre et Cadiou le 30 décembre, jour présumé du crime.
Puis on entend la voyante de Nancy, qui indiqua le lieu où fut retrouvé le corps de Cadiou. Mais la somnambule déclare n’être lucide qu’après avoir été endormie. Elle ne se rappelle pas d’ailleurs des faits en raison de leur éloignement. Cinq années sont, en effet, passées là-dessus.
Le maréchal des logis Farot dépose que l’ingénieur Pierre n’éprouva aucune impression lorsqu’il vit le cadavre de Cadiou.
Mme Pierre, à titre de renseignement, vient dire qu’elle n’a jamais douté de l’innocence de son mari.
Enfin, M. Le Gall dit qu’il a causé à Cadiou plusieurs fois le 1er janvier 1914. L’ensemble de ces dépositions a favorablement impressionné le jury.
31 octobre 1919 – p. 1
L’AFFAIRE CADIOU
On continue
QUIMPER, 30 octobre. L’audition des témoins. On entend Mme Saimpy [Sainpy], de Nancy, qui mit la famille Cadiou en rapports avec la somnambule cette dernière, la veuve Hoffmann, Camille Simon, interrogée à l’audience affirme ne plus se souvenir des declarations qu’elle fit, parce qu’elle était endormie.
« Endormons-la, propose sans rire Me Henri-Robert.
Impossible, répond le président, je n’ai aucun pouvoir hypnotique ! »
Le président, à la somnambule « Vous n’êtes lucide qu’à l’état de sommeil ?
R. Oui
D. Qui vous a endormie ?
R. Ma marraine, âgée de 82 ans ; elle est morte depuis…
On entend ensuite le cocher Tonnard, qui a déjà déposé, et M. Rigollat [Grivolat], expert, qui croit que la balle qui a tué Cadiou a très bien pu être tirée par le revolver de Pierre.
Le chef de la brigade mobile de Rennes, qui a eu à rassembler de nombreux témoignages sur l’inculpé, dit qu’ils lui sont entièrement favorables.
Après l’audition de M. Brisset, tous les témoins ont été entendus.
Me Floch, avocat de la partie civile, commence sa plaidoirie. Elle est basée sur ce fait que Cadiou a disparu le 30 décembre, et que seul l’ingénieur Pierre avait intérêt à le faire disparaître.
1er novembre 1919 – p. 1
L’affaire Cadiou
L’INGENIEUR PIERRE ACQUITTÉ
QUIMPER, 31 octobre. Après une courte suspension d’audience, la parole est donnée à M. Cazenavette, procureur général, qui débute par l’éloge du caractère du juge, M. Bidard de la Noë, et de la sincérité de ses procédés.
Il passe ensuite en revue tous les faits de l’accusation, que nous connaissons déjà, et conclut en demandant une sévère con- damnation.
Me Henri Robert prend alors la parole. Pendant une heure il défend l’ingénieur Pierre avec son éloquence habituelle. Il demande pour l’accusé un verdict d’acquittement.
Une dernière fois, Pierre jure qu’il est innocent.
Le jury, après avoir délibéré pendant vingt minutes, a rapporté un verdict négatif.
L’ingénieur Pierre est donc acquitté.
Le verdict est accueilli dans la salle par des applaudissements, tandis que Pierre embrasse sa femme.
Il déclare qui n’avait jamais douté d la justice.
6 septembre 1921 – p. 2
Une somnambule intervient
Pendant que les fins limiers de la quinzième brigade mobile vont sonder les abris sou- terrains du Bois-le-Prêtre, explorer les fourrés, ne laisser nulle place où leur flair ne passe et repasse, une somnambule opèrera tranquillement sa rentrée en scène.
Mme Camille, dont les révélations firent dé- couvrir en 1914 le cadavre de M. Cadiou au fond de la Bretagne, s’apprête à répandre sur ses obscurs blasphémateurs les torrents d’une extraordinaire lumière.
La police déclare :
Toute version d’une fugue doit être écartée… Jamais Hillembrand et Peltier n’ont eu la pensée de tirer ensemble une joyeuse bordée… Par contre, il est certain que le jeune garagiste de Viterne a péri dans un guet-apens où son compagnon l’avait attiré… »
Mme Camille, consultée par Mme Hillembrand, mère de la victime, s’est recueillie et sa voix prophétique laissa tomber ces mots : Ayez confiance, madame… Votre fils n’est pas mort… Je le vois… On le soigne, on le panse dans une maison à moitié démolie par la guerre… Oui, je le vois… Il vous sera bientôt rendu… Il vit. Ayez donc confiance… »
Entre les investigations de la police et la consultation d’une pythonisse, un doute peut se glisser, la perplexité est permise et l’on comprend très bien quelles angoisses troublent l’âme endeuillée d’une pauvre mère.
On se rappelle peut-être le rôle héroï-comique joué par Mme Camille dans l’affaire Cadiou et les interviews auxquelles elle se prêta avec une complaisance aimable dont elle eut quelque peu à souffrir. Elle eut tort de prendre au sérieux ses oracles ; elle commit l’imprudence d’ouvrir sa porte aux fantaisies d’un reporter plein d’humour dont elle fut la dupe amère et mal résignée.
N’importe Mme Camille goûta les fruits d’une éclatante et brève popularité fruits qui, sous la baguette d’un facétieux gé- nie, laissent dans la bouche le goût du sable. Elle admira son portrait dans les journaux elle se complut devant son image qu’animait la manivelle du cinématographe ; elle profita de l’aubaine pour relever légèrement ses tarifs ; il lui eût fallu un secrétaire pour dé- pouiller une volumineuse correspondance, dont les affranchissements internationaux auraient comblé de joie les philatélistes !
Nos commissaires n’ont dans la cartomancie, la chiromancie et autres talents en scie qu’une foi incapable de soulever les montagnes. Ce n’est pas nous qui les en blâmerons…
Mais, du moment que les somnambules se ‘mêlera de l’affaire, nous sommes prêts à pro- clamer la supériorité du marc de café si Mme Camille ou quelque autre devineresse extra-lucide guide les pas inquiets de Thémis dans les sentiers de la vérité. A. L.
26 juin 1923 – p. 6
ÉTRANGE DISPARITION
Malgré le silence absolu de la sœur de M. Quemeneur, conseiller général du Finistère, qui a disparu depuis un mois, il n’est question, à Brest, à Morlaix et Landerneau que de cette affaire qui rappelle, par certains côtés, celle de l’industriel Cadiou.
On croit, en effet, ici, que M. Pierre Quemeneur, dont la vie privée était irréprochable, a été victime d’un guet-apens.
Interviewé, le beau-frère du disparu, notaire à Pont-l’Abbé, n’a voulu donner aucun renseignement. Mais de Morlaix, on a appris que le conseiller général, qui devait rencontrer à Paris un courtier américain et était porteur de 10.000 francs, avait quitté le pays dans l’automobile de M. Sezenec [Seznec], avec qui il était en relations d’affaires. Arrêtés à Dreux par un accident de moteur, M. Sezenec [Seznec] retourna à Morlaix, tandis que M. Quemeneur gagnait la capitale en chemin de fer. Que fil-il à Paris ? On l’ignore.
L’enquête aurait simplement révélé jusqu’à présent qu’un individu, disant s’appeler Que- meneur, s’est présenté dans un bureau de poste de Paris pour toucher un chèque de 80.000 francs, adressé au conseiller général par son beau-frère. Le chèque n’était pas encore arrivé et aucune somme ne fut par conséquent versée.
Le dernier télégramme parvenu à Mlle Quemeneur est daté du Havre et est conçu en ces termes : « Tout va bien. – Pierre. » Or, les recherches faites au bureau de poste du Havre ont révélé que la dépêche n’avait pas été écrite par M. Quemeneur.
18 octobre 1926 – p. 3
Une cause célèbre
Pendant les premiers mois de 1914 l’opinion publique se passionna pour la ténébreuse affaire Cadiou qui eut d’autant plus de retentissement dans notre région que ce fut sur les indications d’une somnambule de Nancy qu’on retrouva enterré près de Brest, le cadavre de l’industriel de la Grande- Palud.
Malgré une longue instruction judiciaire et de sensationnels débats devant la cour d’assises, la mort de M. Cadiou est restée enveloppée de mystères. Par qui fut-il tué et à quels mobiles avait pu obéir son meurtrier ?
« L’Est Illustré » public cette semaine un long et dramatique récit qui présente cette cause célèbre sous un aspect nouveau.
« L’Est Illustré » est en vente chez tous les dépositaires de journaux. Le numéro : 0 fr. 50.
