À la veille de la Grande Guerre, la presse illustrée connaît son âge d’or. Portés par les progrès de la photographie, des titres comme L’Illustration et Le Miroir atteignent des sommets de popularité, diffusant respectivement à 250 000 et 400 000 exemplaires chaque semaine. L’affaire Cadiou (le « Mystère de Landerneau ») devient alors un laboratoire pour le reportage moderne.

Le Monde Illustré : L’immersion narrative
Doyen de la presse illustrée, ce titre conserve une approche « littéraire ». En avril 1914, il propose une couverture exhaustive de l’enquête. Alliant l’élégance du récit à la précision des clichés de terrain, la revue s’attarde sur les lieux de recherche et les témoins clés. Elle excelle à restituer l’atmosphère pesante de la Bretagne, transformant le fait divers en un véritable « roman policier » réel qui captive un lectorat avide de détails d’ambiance.

L’Illustration : La retenue documentaire
S’adressant à la haute bourgeoisie et aux élites, L’Illustration adopte un ton plus distant, presque clinique. Sa couverture de l’affaire est minimaliste : là où d’autres multiplient les angles, elle se limite à trois photographies de haute tenue. En refusant le sensationnalisme, elle privilégie la rigueur factuelle et l’avancée de l’instruction judiciaire, affirmant son statut de journal de référence et de conservation.

Le Miroir : Le pionnier du sensationnalisme visuel
Lancé en 1912 par Le Petit Parisien, Le Miroir bouleverse les codes en misant sur le « tout-image ». Ici, l’émotion prime sur l’analyse. Si en 1914, la revue se montre économe en publiant un portrait marquant du suspect Louis Pierre, elle déploie toute sa force lors du procès en 1919. En consacrant une pleine page aux clichés pris à l’intérieur de la salle d’assises, elle préfigure l’ère des tabloïds où l’impact visuel doit immédiatement supplanter le texte.